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Droits d’inscription des étudiants étrangers : la fronde des universités continue

Florence Pagneux
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Rassemblement contre l'augmentation des frais d'inscription pour les étudiants hors Union européenne.
Déjà mobilisés en décembre 2018 à Paris, les syndicats étudiants défileront le 24 janvier 2019 aux côtés des syndicats lycéens, opposés à la réforme du lycée. // ©  Bruno Arbesu/REA
Alors que cinq personnalités ont été chargées par Frédérique Vidal d’une concertation sur l’accueil des étudiants étrangers, l'opposition à la hausse des frais d’inscription pour les étudiants extra-communautaires grandit au sein des établissements. Leur rapport est attendu pour mi-février 2019.

"Le cadre de cette concertation est beaucoup trop restreint", réagit Christine Gangloff-Ziegler, présidente de l’université de Haute-Alsace et vice-présidente de la CPU (Conférence des présidents d’université).

Lors du conseil d’administration du 10 janvier 2019, la CPU a réitèré sa demande de suspension de l’augmentation des droits d’inscription pour les étudiants extra-communautaires, "faute de consultation préalable".

En réaction à la polémique suscitée par cette mesure clé de la stratégie "Bienvenue en France", présentée le 19 novembre 2018 par le Premier ministre Édouard Philippe pour renforcer l’attractivité de l'enseignement supérieur français à l'étranger, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal, a demandé à cinq personnalités de conduire une concertation sur le sujet.

Julien Blanchet, vice-président du Conseil économique, social et environnemental et ancien président de la Fage (2012–2014), Philippe Gillet, professeur à l’EPFL (École polytechnique fédérale de Lausanne) et ancien directeur de cabinet de Valérie Pécresse de 2007 à 2010, Minh-Ha Pham, vice-présidente des relations internationales de Paris Sciences et Lettres, Christophe Strassel, conseiller maître à la Cour des comptes et ancien directeur de cabinet de Thierry Mandon de 2014 à 2017, et Pierre-Paul Zalio, président de l’École normale supérieure Paris-Saclay ont ainsi jusqu’à mi-février pour rendre leurs conclusions.

Dans la lettre de mission, la ministre leur demande de vérifier si les établissements d’enseignement supérieur français "disposent des marges de manœuvre nécessaires, en particulier sur le plan réglementaire" pour mettre en œuvre cette stratégie d’attractivité. L’augmentation annoncée du nombre de bourses (15.000 contre 7.000 actuellement délivrées par le ministère des Affaires étrangères) est notamment évoquée.

Les frais différenciés maintenus

Néanmoins, Frédérique Vidal exclut de revenir sur la décision d’augmenter les frais d’inscription pour les étudiants extra-communautaires. La ministre précise en effet que "la mise en place de ces frais, annoncée par le Premier ministre, n’a pas vocation à être remise en cause dans son principe comme dans son calendrier".

En effet, "c’est elle qui donnera les moyens d’une amélioration durable des conditions d’accueil des étudiants internationaux". Et d’ajouter : "il importe en revanche que toutes les dispositions utiles aient été prévues, afin d’assurer son entrée en vigueur dans de bonnes conditions."

Si, dès novembre 2018, le président de l’université de Nantes, Olivier Laboux, également vice-président de la CPU, s’insurgeait contre cette mesure "ni juste", "ni pertinente", ces derniers jours, plusieurs présidents d’université sont montés publiquement au créneau pour annoncer qu’ils ne la mettraient pas en œuvre en septembre 2019 (Clermont-Ferrand, Aix-Marseille, Rennes 2, Lyon 2…).

Nous avons reçu beaucoup de mails de futurs étudiants très inquiets. Il fallait leur rappeler qu’ils sont les bienvenus chez nous.
(M. Bernard)

"Nous utiliserons tous les moyens à notre disposition pour ne pas l’appliquer aux nouveaux étudiants", annonce Matthias Bernard, président de l’université Clermont-Auvergne, qui accueille 5.000 étudiants étrangers (dont 4.000 extra-communautaires) parmi les 35.000 étudiants de l'établissement.

Une manière de rassurer les potentiels candidats intéressés par des études dans son université : "Les responsables de formation et des relations internationales ont reçu beaucoup de mails de futurs étudiants très inquiets. Il fallait leur rappeler qu’ils sont les bienvenus chez nous."

Le levier de l'exonération des frais pour 10 % des effectifs

Même position à Aix-Marseille, (78.000, étudiants dont 7.743 non issus de l’Union européenne), où le conseil d’administration estime qu’en l’absence d’une "large" concertation, "les conditions de mise en œuvre de ce nouveau dispositif ne sont pas réunies".

Dans ce contexte, si l’augmentation générale des droits d’inscription entre en vigueur, l’établissement annonce utiliser "toutes les possibilités réglementaires qui lui seront offertes pour permettre aux étudiants internationaux extra-communautaires concernés de bénéficier du maintien du régime tarifaire actuellement appliqué."

L’université fait référence à la possibilité d’exonérer de frais d’inscription un étudiant (hors boursier), dans une limite de 10 % des effectifs de l’établissement. Une dérogation prévue par le Code de l’éducation, à laquelle Frédérique Vidal fait explicitement référence dans sa lettre de mission.

Elle demande en effet aux rapporteurs "de vérifier si le plafond réglementaire actuel limitant à 10 % le nombre d’étudiants éligibles aux exonérations de frais d’inscription (hors boursiers)" doit ou non évoluer.

Poursuivre les efforts d’attractivité

Pour le président de l’université Clermont-Auvergne, Matthias Bernard, "il serait bien plus simple de reporter cette mesure d’augmentation que de bricoler chacun de notre côté". Et de laisser du temps à la concertation afin d'aboutir à un consensus.

"Cette mesure est inopérante pour des raisons de méthode et de calendrier car le timing est beaucoup trop serré", poursuit-il. Sur le fond, une hausse indifférenciée des frais d’inscription, "quels que soient le pays d’origine et la filière d’accueil de l’étudiant", ne lui paraît pas non plus judicieuse.

"Le sujet de l’attractivité des universités est important et nous devons poursuivre les efforts engagés, reconnaît-il. Que ce soit développer les cours dispensés en anglais pour attirer davantage d’étudiants anglophones, ainsi que pour renforcer l’accompagnement, de l’accueil à l’aéroport en passant par les formalités administratives et l’octroi d’un logement. Mais on ne peut pas augmenter les frais d’inscription sans avoir développé a minima ces nouveaux services…"

Pour sortir du bras de fer engagé entre la ministre et la CPU, Christine Gangloff-Ziegler veut croire à une écoute "sans tabou" des personnes chargées de la concertation, "comme dans le Grand débat national". Jusqu’à déborder du cadre fixé par la rue Descartes ?

Les syndicats étudiants mobilisés
La Fage appelle à manifester le 22 janvier 2019, place de la Sorbonne, à Paris, pour demander le retrait de cette mesure. Elle souhaite également que les bourses des étudiants étrangers ne dépendent plus du ministère des Affaires étrangères mais du Crous, "comme pour les étudiants français".
De son côté, l’Unef participera le 24 janvier 2019 à la journée de mobilisation de plusieurs syndicats de l’éducation. "Les syndicats lycéens défileront contre la réforme du lycée et nous contre la hausse des frais d’inscription des étudiants étrangers", précise le syndicat.


Florence Pagneux | Publié le

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