E-learning des grandes écoles : à la recherche du bon dosage

Fabienne Guimont
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E-learning des grandes écoles : à la recherche du bon dosage
Il y a encore cinq ans, la question était de savoir quelle plateforme de e-learning choisir. Aujourd’hui, les usages pédagogiques auxquels on les destine commencent doucement à prendre le relais. Quelle place le e-learning a-t-il prise dans les programmes et la vie des grandes écoles de commerce et celles d’ingénieurs alors que les cours en face à face sont toujours très valorisés. Chaque école élabore son dosage entre cours à distance et en « présentiel ». Voici le deuxième volet de notre série sur le e-learning dans les grandes écoles.

Autant d’utilisations du e-learning que d’écoles ? C’est un peu le résumé qu’on pourrait tirer des expériences relatées par les établissements. Supinfo figure parmi les écoles qui a intégré le plus massivement cette technologie au cœur de sa pédagogie. Depuis la rentrée 2009, les étudiants de ses cinq années d’études sont formés en « blended learning ». Entendez que tout leur emploi du temps est programmé entre sessions de cours à distance – en autoapprentissage - et sessions en présentiel classique.

« Tous les enseignements ont été séquencés. Les enseignements théoriques dispensés préalablement en magistral pour introduire les sujets se font désormais en ligne. Cela permet d’avoir plus d’interactions en cours avec l’enseignant. La plateforme accueille les cours, les plannings et sert au suivi de l’étudiant avec des évaluations en fin de session on line », détaille Marc Pybourdin, responsable e-learning de l’école d’informatique privée. Résultat : les cours en présentiel ont été allégés de 15 %.

Avec deux personnes dédiées, l’objectif est maintenant de mettre en ligne des vidéos de tous les cours, communs à ses cinq campus. Premier bilan un mois et demi après la mise en place du nouveau dispositif : «Cette pédagogie a été choisie pour mettre l’étudiant au centre, comme acteur de sa formation. Les réactions des étudiants sont variées : certains sont suffisamment autonomes, d’autres ont besoin d’être davantage guidés. Il faut réapprendre à apprendre », note le responsable.

E-learning : un dosage gradué

Le responsable e-learning de l’école des mines de Douai , Mathieu Vermeulen, a tiré d’autres enseignements pour l’organisation des cours, six ans après le lancement de ses premières ressources numériques.

« Les étudiants de première année de l’école d’ingénieur sont très scolaires et veulent aller en cours, en TD, rester dans le système scolaire. En deuxième année, on a fait sauter les amphis. En électromagnétisme ou en mécanique des fluides par exemple, les cours théoriques sont à distance avec des activités pédagogiques (équations commentées pas à pas, QCM) dans des créneaux libres. Les enseignants répondent aux questions des étudiants dans les horaires ouvrés. Les TD restent en présentiel classique. En cinquième année, les élèves sont plus matures, ils savent vers quel métier ils vont et sont en stage pendant six mois. Les cours sont en e-learning complet avec des forums. Mais il n’est pas question de passer au 100 % en e-learning».

En revanche, l’évaluation pédagogique qu’il dresse est similaire à celui de son homologue de Supinfo. « Les bons élèves motivés vont plus vite et approfondissent davantage avec des supports médiatisés. Ils font un cours d’une heure en une demie heure. En revanche, ceux qui traînent en temps normal traînent encore plus et ils doivent rattraper leur retard pendant les TD ».

A l’EISTI , hors quelques masters professionnels avec des extensions de cours sur Moodle, la plupart des étudiants n’utilisent la plateforme maison que pour les échanges de devoirs avec les profs et quelques cours. « Il n’y a pas d’exercices en ligne, de quiz ou d’autoformation mais des énoncés de TD et un système de collecte des devoirs, obligatoire. Il n’y a plus de devoirs remis de la main à la main, on n’imprime plus de poly sauf exception », indique Valéry Frémaux, responsable e-learning de l’école à Cergy.

Un complément au face-à-face

Certaines écoles de commerce intègrent davantage le e-learning à leur pédagogie. Grenoble école de management met à disposition de ses étudiants une version en ligne de ses cours en présentiel, assortis de quiz et d’exercices. « Le e-learning reste toujours un complément au face-à-face. Rien n’est en totalité en ligne pour les étudiants grenoblois », tempère Marc Humbert, responsable du département e-leraning et de la mission d’innovations pédagogiques de GEM .

Autres ressources en ligne : des contenus de formation « packagés » dans ses plateformes (ENI, Crossknowledge). « Les ressources multimédia en finance, comptabilité nous intéressent pour des publics à l’étranger avec des versions en anglais. Ces ressources sont aussi utilisées pour des remises à niveau d’étudiants entrant en parallèle en deuxième année ou d’étudiants en alternance qui sont en stage. Au départ, ce sont des formations ciblant les entreprises pour de la formation just-in-time. Dans cette surabondance de ressources, il faut guider les étudiants pour éviter qu’ils ne se noient », reconnaît Marc Humbert qui regrette aussi que « le travail collaboratif est en revanche difficile à faire fonctionner ».

Des expérimentations qui servent d’exemples

A l’EDHEC aussi les cours des profs de l’école côtoient ceux de l’éditeur Action on line pour des mises à niveau en comptabilité générale et ceux de Blackboard, mais leur utilisation reste marginale. «A notre niveau, les contenus ne correspondent pas à nos objectifs », constate Bernard Curzi, responsable du département e-learning sur le campus de Nice.

En revanche, les ressources en ligne d’abord testées pour son MBA se sont diffusées ensuite à toutes les promotions de l’école, de la première à la troisième année et à celles de l’ESPEME. « Tout le monde s’y est mis et cela nous évitait de dispenser des cours à rabâcher. Plus nous montons en gamme dans le programme, plus il y a de cours en ligne. Pour le PhD en finance, la totalité des cours sont enregistrés et sont en ligne. Les forums de discussion marchent surtout à la veille des examens. Les matières les plus en pointe en e-learning chez nous sont la finance, la comptabilité, le marketing et l’informatique ».

L’école vise aussi des publics très spécifiques avec son dispositif e-learning. A la rentrée 2011, l’ESPEME (son école à bac+4) s’ouvrira à des sportifs de haut niveau pour qu’ils puissent étudier en e-learning la totalité du programme avec un tuteur pédagogique. De quoi leur permettre de suivre leurs compétitions. L’école compte faire coup double et mettre ensuite ces contenus pédagogiques très travaillés à la disposition des autres étudiants pour leurs révisions.

Du côté de l’ESCEM , les plateformes Moodle ouvertes répondent davantage à des besoins ciblés qu’à un support au programme de la grande école : suivi d’étudiants dans le cadre de la validation des acquis, de l’apprentissage, tutorat pour l’insertion professionnelle, portfolio électronique de niveau en langues, MBA en ligne (voir encadré). L’école a sous le coude depuis l’automne une plateforme Moodle avec des contenus de cours et des outils d’échanges entre professeurs et étudiants, mais elle a décidé de ne l’ouvrir qu’en cas de pandémie grippale.


Le e-learning investit des niches : formation continue et étudiants internationaux

Le e-learning à forte dose reste une denrée rare dans les grandes écoles. Deux créneaux restent des terres privilégiées en la matière : la formation continue pour répondre à des demandes d’entreprises ou de collectivités et les campus off-shore des écoles.

Pour son Executive MBA on line rassemblant des étudiants chinois, finlandais, français.., l’ESCEM a panaché présentiel et cours en ligne. « Il faut être vigilant et ne pas substituer tout le présentiel en e-learning car on perdrait la dimension contacts essentielle entre les inscrits au MBA. En revanche pour cette population de professionnels très mobiles, qui a des contraintes professionnelles serrées, le e-learning est avantageux. Notamment lorsqu’ils ne sont pas sur les mêmes fuseaux horaires. La formation ouverte et à distance permet de séquencer beaucoup le travail en amont, de faire acquérir des connaissances pour permettre de consacrer le présentiel à la discussion », explique Christian Maupetit, responsable du comité de réflexion de la FOAD à l’ESCEM et directeur de ce MBA.

Depuis 2002, l’école des mines de Douai a aussi trouvé dans une formation d’ingénieurs en continue à distance un outil très adapté pour réduire de deux à un an le temps passé hors de l’entreprise. Les stagiaires suivent en ligne des cours, des TD synchronisés de 20 à 22 heures puis passent un an dans l’école et enfin six mois en stage dans leur entreprise.

Autre terrain de prédilection du e-learning : les formations dispensées par les écoles à l’étranger. « Sur nos campus à l’étranger, nos profs se déplacent sur des périodes bloquées, mais il est difficile d’avoir une présence constante sur place. Le e-learning est une solution avec 5 à 10 modules de FOAD complète. Cela reste expérimental », explique Marc Humbert, le responsable e-learning de l’école grenobloise.
Même démarche pour l’EDHEC qui va s’appuyer sur le e-learning pour l’ouverture de son campus de Singapour en 2010. La formation à distance lui a également permis de lancer en septembre 2008 son PhD en finance en inscrivant 22 étudiants supplémentaires à l’étranger. «Les responsables du PhD disent qu’ils n’auraient pas pu le lancer si tôt sans la possibilité de l’ouvrir à distance car le diplôme n’aurait pas été rentable », affirme Bernard Curzi, son responsable e-learning.


Fabienne Guimont | Publié le