Ecoles d'arts plastiques : la Cour des comptes appelle à "refonder le modèle"

Guillaume Mollaret
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Ecoles d'arts plastiques : la Cour des comptes appelle à "refonder le modèle"
// ©  DEEPOL by plainpicture/Aleksander Rubtsov
Les juges de la rue Cambon se sont intéressés aux modèles des écoles d'arts plastiques dans un rapport publié en janvier 2021. Ils pointent notamment la faible insertion des diplômés et demandent une meilleure diversité de recrutement ainsi qu'un rapprochement avec les universités.

Les rapports de la Cour des comptes sont rarement des satisfécits et celui consacré à l’enseignement supérieur dans les écoles d’arts plastiques (10 écoles nationales et 34 écoles territoriales pour 11.000 étudiants), publié en janvier 2021 n’échappe pas à cette constante.

Ainsi, les juges de la rue Cambon appellent-ils à "refonder le modèle de l’enseignement en arts plastiques". Rien de moins !

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Une hausse des subventions pour les écoles nationales

Dans son rapport, la Cour des comptes note que "la pluralité des acteurs ne facilite pas l’agrégation de l’effort financier public en faveur de l’enseignement supérieur en arts plastiques." Malgré tout, les crédits accordés aux écoles d’art nationales sous forme de subvention pour charge de service public et dotation en fonds propres sont en augmentation de 11% par rapport à 2012.

Pour les écoles territoriales, financées majoritairement par les municipalités et les intercommunalités, la situation est tout autre. Ces établissements ont, à l’inverse, été "confrontés à des financements (…) orientés à la baisse en euros constants qui ont pu fragiliser certains. La contrainte financière a même conduit à la fermeture de la Haute école d’art de Perpignan (en 2006, NDLR)", rappelle le rapport.

Un rapprochement improbable entre écoles d'art et université

Pointant l’absence des établissements français dans le haut des classements internationaux, à l’exception de l’Ecole nationale supérieure de création industrielle (ENSCI), la Cour appelle les établissements à "surmonter les craintes anciennes et toujours présentes d’une perte d’identité pour nouer de nouvelles formes d’alliances avec les autres établissements d’enseignement supérieur, et notamment les universités".

La pluralité des acteurs ne facilite pas l’agrégation de l’effort financier public en faveur de l’enseignement supérieur en arts plastiques.

"Le nouveau modèle, encore expérimental, des universités intégrées où chaque composante garde sa personnalité, mais développe des projets avec les autres, peut être celui d’un avenir en commun dans le respect de la richesse de chacun", estime la Cour dans son rapport.

Cependant, si le ministère de l’Enseignement supérieur le souhaite, son homologue de la Culture n’est absolument pas ouvert à ce que les universités approchent de trop près ses écoles. "Une dichotomie traditionnelle attribue aux écoles d’art la formation pratique et aux universités la formation critique. Ce partage des rôles entre les formations universitaires et celles des écoles d’art a cependant progressivement perdu de sa netteté", argumente, en contrepoint, la Cour des comptes.

Elle précise d'ailleurs que "du côté de l’université, l’émergence de disciplines, telles que le design et le vaste champ de l’imagerie numérique et de l’audiovisuel, a été à l’origine de nouvelles offres qui ont permis de renouveler les formations en arts plastiques en les axant plus directement sur le processus de création (…) au-delà d’une dimension d’analyse historique et critique toujours présente."

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Exercer une tutelle pédagogique

En outre, à la concurrence entre les établissements publics s’ajoute une concurrence avec les établissements privés, dont des fonds d’investissement sont "devenus souvent les premiers actionnaires". Une offre renouvelée qui chamboule le champ de l’enseignement des arts avec une orientation particulièrement marquée vers le design et le numérique et une sélection par l’argent.

La Cour des comptes alerte d'ailleurs les écoles publiques d’arts plastiques franciliennes et les invite à ouvrir davantage leur recrutement, puisqu’elles affichent "un taux de boursiers moyen de 25%, contre 38% pour les écoles implantées en régions."

Une dichotomie traditionnelle attribue aux écoles d’art la formation pratique et aux universités la formation critique.

Dans le même temps, la Cour des comptes regrette le fait que le ministère de la Culture, qui "exerce la tutelle pédagogique, ne fixe pas d’orientations stratégiques aux établissements" alors même que les coûts de la formation par étudiant de 18.000 euros dans les écoles publiques parisiennes (6.000 en région), sont qualifiés d’onéreux.

Un meilleur suivi de l'insertion professionnelle

Côté insertion professionnelle, les magistrats appellent aussi à un meilleur suivi. Seuls 58% des étudiants interrogés par l’enquête annuelle du ministère de la Culture affirment en effet exercer une profession dans le champ de leur diplôme.

62% des jeunes actifs issus de la filière arts plastiques perçoivent un revenu net annuel inférieur à 15.000 euros.

Ces difficultés d’insertion sont "trop souvent considérées comme de l’ordre d’une fatalité consubstantielle à ce secteur à laquelle on finit par se résigner", note les juges. Ils observent d'ailleurs que "62% des jeunes actifs issus de la filière arts plastiques perçoivent un revenu net annuel inférieur à 15.000 euros."

Une réalité qui n’entrave pas le succès des écoles supérieures d’arts plastiques publiques puisqu’elles ont globalement connu une augmentation des candidatures en première année depuis 2012. Paradoxe et non des moindres : malgré des débouchés incertains, elles sont devenues de plus en plus sélectives.


Guillaume Mollaret | Publié le