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Écoles d'ingénieurs : une année sous tension budgétaire

Céline Authemayou
Publié le
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Vie étudiante à Centrale Nantes © Centrale Nantes
Centrale Nantes a été l'école dont le fonds de roulement a été le plus prélevé en 2015 // ©Centrale Nantes // ©  Centrale Nantes

La publication de la revue des dépenses des écoles publiques d'ingénieurs n'est qu'un ultime épisode dans l'année mouvementée que viennent de vivre les écoles d'ingénieurs. Budgets de plus en plus serrés, sources de financement instables… Quel que soit leur statut, les 200 établissements auront dû, cette année plus qu’une autre, réfléchir à leur modèle économique et à leur stratégie de développement.

C'est une année houleuse qui s'achève. Une année durant laquelle les questions budgétaires auront occupé les esprits des écoles d'ingénieurs, quel que soit leur statut. De débats énergivores en prises de position fermes, les établissements se sont penchés sur des dossiers structurants et stratégiques, tels que les fonds de roulement, les droits d'inscription ou encore les regroupements d'écoles. Des grands sujets qui devraient marquer aussi la prochaine année universitaire.

Fonds de roulement, revue de dépense : le combat budgétaire

Baisse des recettes issues de la collecte de la taxe d'apprentissage, diminution des CPER, désengagement des instances consulaires... Cette année, les écoles d'ingénieurs, comme les universités, auront dû se battre sur plusieurs fronts budgétaires pour tenter de préserver leurs finances. C'est dans ce contexte plus que morose que certaines écoles publiques sous tutelle du ministère de l'Enseignement supérieur ont appris que leur dotation serait revue à la baisse, pour les inciter à utiliser leur fonds de roulement.

Si le fond du sujet a eu du mal à passer, les directeurs dénonçant des modes de calcul peu fiables et une logique comptable inepte, la forme, elle aussi, a provoqué des remous. "Comme les autres directeurs des écoles d'ingénieurs potentiellement impactées, j'ai été mis au courant de la situation par la Cdefi, confiait à EducPros Laurent Carraro, directeur général d'Arts et Métiers ParisTech, en février 2015. Je trouve cette façon de procéder particulièrement maladroite."

Finalement, les dotations connues en avril – après plusieurs reports du Cneser budgétaire – ont vu 22 écoles d'ingénieurs impactées par la ponction sur fonds de roulement. "Le prélèvement opéré cette année devrait se reproduire en 2016 puis en 2017, craint François Cansell, nouveau président de la Cdefi élu en février 2015. Le dialogue avec le ministère va se tendre, c'est certain."

Et comme un ministère peut en cacher un autre, c'est au ministère de l'Économie que 67 écoles ont dû rendre des comptes en mars, en renvoyant une revue de leurs dépenses au Cgefi (Contrôle général économique et financier), dont la mission au sein du ministère est d'"optimiser la gestion de l'argent public". Un rapport explosif. Il ne propose rien de moins que de généraliser la ponction sur les fonds de roulement ou de passer les frais d'inscription à 2.570 euros.

DROITS d'inscription : deux poids, deux mesures

Directement lié aux questions budgétaires, ce dossier des droits d'inscription a d'ailleurs été relancé par plusieurs actualités cette année. Suite à la fusion de Centrale et de Supélec, le nouvel établissement, sous tutelle du ministère de l'Économie et du MENSER, a vu ses droits d'inscription fixés de 1.850 € à 2.570 pour les nouveaux entrants, à la rentrée 2015. Une situation qui a fait grincer les dents des élèves ingénieurs, fervents pourfendeurs d'une telle logique. "Nous sommes convaincus qu'une hausse des droits d'inscription ne résout pas un problème de gestion et que cette solution repousse le problème à plus tard", argumentait sur EducPros Maxime Gaudubois, nouveau président du BNEI (Bureau national des élèves ingénieurs).

Les directions des écoles publiques sous tutelle du MENSER, quant à elle, plaident au contraire en faveur d'une augmentation des droits, fixés chaque année par décret ministériel. Ce qui n'adviendra pas à la rentrée 2015, Thierry Mandon ayant décidé de geler le montant des droits (610 €), alors que les établissements sous tutelle des ministères techniques voient leurs droits augmenter, à l'image de l'École des ponts ParisTech, ou encore de l'Ensta Bretagne.

Regroupement : à la recherche de la taille critique

Si un mouvement de fonds en faveur des regroupements est visible dans le paysage des écoles d'ingénieurs depuis quelques années, il s'accélère, alimenté par le besoin de rationaliser les coûts de fonctionnement et d'accroître sa visibilité, que ce soit sur le territoire français ou à l'international. Plusieurs regroupements ont été annoncés durant l'année, à l'image de la convention d'association signée en juin entre l'École polytechnique et l'Ensta ParisTech. La fusion, un temps annoncée, n'aura finalement pas lieu.

En revanche, les Mines de Nantes et Télécom Bretagne ne formeront plus qu'un établissement unique à l'horizon 2017. Tout comme Chimie Clermont-Ferrand et l'IFMA, qui fusionneront le 1er janvier 2016, ou encore CentraleSupélec, devenu établissement unique en janvier 2015.

Des dossiers (Télécom Lille et Mines de Douai, Centrale Lille, Ensait et Chimie Lille) sont encore en cours de discussion, d'autres à l'état de pure réflexion théorique : dans son rapport dédié à l'École polytechnique, publié début juin 2015, Bernard Attali préconise la création d'un grand établissement "École polytechnique de Paris", qui rassemblerait une dizaine de grandes écoles d'ingénieurs, dont la plupart sont déjà membres de l'université Paris-Saclay.

Polytechnique : 2016, année stratégique ?

C'est un serpent de mer qui nourrit régulièrement les discussions : quid de la réforme de l'École polytechnique ? Après avoir essuyé un rapport particulièrement sévère rédigé par le député UMP de la Marne, François Cornut-Gentille, en septembre 2014, l'établissement a été appelé par son ministre de tutelle, Jean-Yves Le Drian, a réfléchir à son avenir, suite à la publication du rapport de Bernard Attali, rendu public en juin 2015. Fin 2015, les parties prenantes de l'école devraient se réunir pour proposer des évolutions, tant en matière de formation que de gouvernance.

Autre décision structurante pour l'école, le retour de la pantoufle. Avec un décret publié le 23 mai 2015, l’État a rétabli l’obligation, pour les diplômés de l’École polytechnique allant travailler dans le secteur privé, de rembourser les indemnités perçues durant leur scolarité. Une décision qui met fin à deux années de discussions.


Céline Authemayou | Publié le

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