Ecoles de commerce : CEFDG, EFMD et Hcéres proposent des pistes pour mieux évaluer les formations

Agnès Millet
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Si les acteurs sont favorables à un rapprochement des instances d'évaluation, de nombreux problèmes restent à résoudre.
Si les acteurs sont favorables à un rapprochement des instances d'évaluation, de nombreux problèmes restent à résoudre. // ©  Adobe Stock/ Feel good studio
Lors des 20 ans de la commission d’évaluation des formations et diplômes de gestion, le Hcéres, l'EFMD, Neoma et l'ESCP ont tracé des pistes pour améliorer l’évaluation des formations en management. Simplification des processus, établissements de nouveaux critères : autant de projets à concrétiser.

Tout le monde converge sur la nécessité d’évaluer les formations d’écoles de management françaises. Elles permettent d'obtenir le précieux grade de master de l’État français et apportent de la visibilité dans le paysage international, via les labels de l’EMFD, de l’AACSB ou d’AMBA.

"Cela a permis de montrer l’excellence française. Alors qu’il y a 15 ans, on disait que notre système était franco-français", analysait Delphine Manceau, directrice générale de Neoma BS, à l'occasion des 20 ans de la CEFDG, organisé au Ministère de l'Enseignement supérieur, le 23 novembre dernier.

Des évaluations trop lourdes

Mais aujourd’hui, le constat est unanime : les évaluations, accréditations et autres classements sont chronophages : être audité prend du temps et les dossiers s'accumulent sur le bureau des équipes accréditations et classements.

"C’est irritant mais c’est un temps incompressible, qui représente 1 à 2% de la masse salariale des écoles. Mais ce n’est pas trop : c’est un investissement, étant donné les défis que nous rencontrons", nuance Frank Bournois, ancien président de la CEFDG (commission d’évaluation des formations et diplômes de gestion) et actuel directeur général de l’ESCP.

Les sollicitations officielles représentent à elles seules un poids important. "Il n’y a pas un autre pays qui a autant d’instances d’évaluation nationales", observe Eric Cornuel, directeur général de l’European foundation for management development (EFMD), organisation européenne qui délivre les labels Equis et EFMD Accredited.

Rapprocher les instances nationales d’évaluation

Et pour faire évoluer les évaluations des établissements, le Hcéres (Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) qui a changé de statut pour devenir "autorité publique indépendante" en 2021, joue un rôle central. Thierry Coulhon, son président, assure que l’objectif est de faire "évoluer les collaborations avec la CEFDG". "Nous ne savons pas encore comment mais nous savons qu’il est nécessaire de le faire. Nous n’avons pas le choix. Parce que c’est écrit dans la loi et parce qu’on risque d’être un peu seuls sur le terrain de jeu européen et mondial. Il faut harmoniser", précise-t-il. Les deux structures se coordonnent déjà pour l’attribution du grade de licence.

Mais certains redoutent une perte des spécificités des écoles de commerce. Ce dont se défend Thierry Coulhon. Le Hcéres, selon lui, a déjà l’habitude d’évaluer des établissements hétérogènes et des disciplines variées. "L’idée du rouleau compresseur uniformisant et académisant du Hcéres, à d’autres ! Il y a des normes communes mais aussi une certaine souplesse au sein de ces normes."

Côté international, Eric Cornuel, explique que "l’EFMD serait ravie de coopérer avec les instances nationales pour alléger la charge de travail des écoles et créer des synergies, tout à fait réalisables. J’appelle cette coopération de mes vœux : ce serait au bénéfice de tous".

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Vers quelles mutualisations ?

Si les acteurs sont volontaires, des questions épineuses devront être résolues pour marcher d'un même pas. Parle-t-on de processus de mesure de l’existant ou de démarche d’amélioration continue pour progresser ? Veut-on évaluer des programmes ou des écoles ? Et quels critères mutualiser ?

Frank Bournois observe qu’il existe déjà des convergences d’analyse des évaluateurs. "Il y a un socle commun que tous examinent : le corps professoral, la recherche. Mais ils utilisent des filtres différents." S’ils étaient harmonisés, "nous gagnerions du temps pour mesurer d’autres points de progrès".

Sur la recherche aussi, des outils de mesure de performance pourraient être communs mais ils sont complexes à créer. Ainsi, Eric Cornuel explique qu’un travail lancé avec la FNEGE (fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises) n’a pu aboutir, faute de trouver une méthodologie.

"La recherche en sciences humaines et sociales est un vrai sujet. C’est un débat profond, difficile et politiquement explosif, à mener au niveau européen. Si le CNRS ne fait plus de liste de revues, ce n’est pas nous qui le ferons", précise Thierry Coulhon.

De nouveaux critères d'évaluation à consolider

Restent également à imaginer de nouveaux critères d’évaluation, pour être en phase avec l’évolution des établissements. "Celui qui prend de l’ampleur, c’est le critère de l’impact sur la société et sur les pratiques des entreprises. Est-ce que nos publications ont un impact sur les réglementations, les lois ? C’est devenu un critère pour Equis", relève Delphine Manceau.

Un point que le Hcéres veut intégrer davantage, selon Thierry Coulhon. "Les référentiels ont été refaits et les questions de développement durable et d’intégrité scientifique ont pris plus de poids. Nous regardons très concrètement le lien entre les établissements et la société."

Delphine Manceau ajoute que le numérique est l’autre point émergent. "Comment mesure-t-on la qualité des enseignements à distance et la place du numérique dans nos fonctionnements internes ?"

Une question d’autant plus cruciale que, selon Frank Bournois, les écoles "étaient construites sur le nombre d'heures données par l’enseignant. Avec le distanciel, nous passons à quelque chose de très différent où la production de face-à- face n’est plus au centre".

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