Newsletter

En Côte-d'Ivoire, l'essor de l'enseignement supérieur passera par le numérique

Jean Chabod-Serieis
Publié le
Envoyer cet article à un ami
En Côte-d'Ivoire, l'essor de l'enseignement supérieur passera par le numérique
Le développement des EdTech en Afrique passera par les smartphones. // ©  Pep Bonet/NOOR-REA
Pour accompagner sa croissance démographique forte, la Côte-d'Ivoire est prête à investir dans le numérique éducatif. Pascal Bringer, directeur de Maskott, éditeur français de plates-formes et de contenus pour l’éducation revient sur les ambitions du pays africain, après avoir participé en novembre 2017 à une mission dédiée au sujet.

En novembre 2017, vous vous êtes rendu en Côte-d'Ivoire avec sept autres chefs d'entreprise, dans le cadre d'une "mission numérique". Quels étaient les objectifs de ce voyage ?

 // © Maskott

Il s'agissait d'une mission de prospection en Côte-d’Ivoire, pays qui constitue la porte d’entrée sur l’Afrique francophone. Réunissant huit entreprises EdTech – dont Qwant –, elle était organisée par Business France et Cap Digital. Elle avait lieu en même temps que le déplacement d’Emmanuel Macron sur le continent – qui emmenait lui aussi une mission numérique, entre autres –, mais elle n’avait pas de lien direct.

À cette occasion, nous avons rencontré un conseiller économique de l’ambassade ivoirienne qui nous a présenté la situation générale, un universitaire qui a évoqué les besoins numériques dans le pays, puis nous avons rencontré les ministres concernés, dont la ministre de l’Enseignement supérieur, Ramata Ly Bakayoko.

Lire aussi. EdTech : Maskott joue la carte du tactile

Que retenez-vous de ces échanges ?

La Côte-d'Ivoire a de gros besoins en matière d’accès au numérique dans l’éducation. Ces besoins s’expliquent notamment par la croissance démographique du pays : dans certains quartiers d’Abidjan, 40 enfants naissent chaque jour. Autrement dit, il faudrait créer une classe tous les matins ! En 2017, le pays a créé 100 collèges et en créera 100 autres l’année prochaine. Ce sont autant d’étudiants qui arriveront, dans quelques années, à l’université.

La Côte-d'Ivoire a de gros besoins en matière d’accès au numérique dans l’éducation, qui s'expliquent notamment par la croissance démographique du pays.

Or, les enseignants ne sont, pour le moment, pas assez nombreux pour répondre à cette demande et les bâtiments vont très vite manquer. Les besoins en e-learning, ou enseignement à distance, sont donc conséquents. La Côte-d’Ivoire en a déjà pris la mesure en créant récemment son université virtuelle (UVCI).

D'ici à quelques années, les cours en classe pourraient être remplacés par de l’enseignement à distance ?

Le 100 % e-learning, je n’y crois pas, je suis même contre. Les études sur la pédagogie le montrent : les élèves et les stagiaires ont besoin d’humain, car la part affective reste prépondérante dans l’apprentissage. C’est pourquoi il faut davantage penser à des solutions de microlearning : des formations courtes et engageantes, qui donnent envie.

Les sciences cognitives nous disent que, pour un apprentissage efficace, les modules ne doivent pas dépasser douze minutes, et que doivent être proposés aux apprenants des vidéos et des animations, ainsi que des exercices et des supports écrits.

Lire aussi. Le microlearning ou l'apprentissage par petites touches

Si l'e-learning doit se développer en Côte-d’Ivoire et dans d’autres pays d’Afrique, l'équipement en smartphones – qui permettront d’accéder aux contenus – doit suivre. Les Ivoiriens sont-ils bien équipés ?

Beaucoup d’Ivoiriens possèdent un smartphone et les infrastructures se déploient peu à peu. Pour le moment, les forfaits téléphone/Internet coûtent plus cher qu’en France, mais certains services – tout comme les habitudes des Ivoiriens – sont plus développés que chez nous, je pense par exemple au paiement par téléphone.

Il faut savoir également qu’avant les événements de 2011 [violences postélectorales de novembre 2010 à février 2011], toutes les universités étaient câblées ; hélas, les dégradations sur les équipements contraignent aujourd’hui le pays à réinvestir. Si je résume : tous les équipements ne sont pas prêts, mais cela s’oriente bien. Et si les investisseurs attendent que tout le monde soit équipé, ils seront en retard !

En tant que chef d’entreprise, pourquoi vous intéressez-vous à l’Afrique ?

Maskott a une histoire avec l’Afrique. En 2010, nous avions décroché un marché lancé par un groupement d’intérêt public réunissant plusieurs pays africains. Il s’agissait d’équiper 2.000 classes en matériel interactif au Bénin, au Burkina Faso, au Mali, à Madagascar et au Sénégal.

En 2011, nous sommes allés former les personnels des ministères maliens sur ces matériels. Et à mesure que nous développions la solution, nous étions sensibilisés aux problématiques africaines. Comme je le disais, les pays africains ont de gros besoins en matière de numérique et des gouvernements comme la Côte-d'Ivoire sont prêts à investir.

Conférence EducPros, vendredi 16 février 2018

Sciences, technologies, agriculture, santé… Selon la Banque mondiale, la plupart des pays africains sont aujourd'hui confrontés à une pénurie de ressources humaines dans de nombreux secteurs. Pour répondre à ces besoins, quels sont les défis que doit relever l'enseignement supérieur africain, à l’horizon des cinquante prochaines années ? Comment faire face à l’explosion démographique étudiante à venir ? Quelle place peut occuper l’enseignement supérieur français dans cette dynamique ?

Le 16 février prochain, EducPros vous propose un temps d'analyse et de débats sur les perspectives et enjeux africains pour l’enseignement supérieur et la recherche français : de nombreux experts et établissements partageront leur expérience, ainsi que leurs solutions pour participer au développement de ce continent dont les besoins en formation sont immenses.

Informations et inscriptions


Jean Chabod-Serieis | Publié le

Vos commentaires (2)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires
Fabrice Demichel.

"C’est pourquoi il faut davantage penser à des solutions de microlearning : des formations courtes et engageantes, qui donnent envie." Oui à l'engagement, à l'échange, à l'activité. Mais en quoi cela induit-il des formations courtes ? C'est justement dans la durée que des relations se développent entre participants. Et c'est aussi dans la durée que l'on apprend...

Fabrice Demichel.

L'accès à la formation supérieure en Afrique est un sujet que FFI et HEC Paris connaissent bien, et c'est déjà une réalité, puisque 30% des participants à nos formations en ligne, soit près de 1.000 personnes, depuis 3 ans, sont issus des pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique Centrale. http://hecparis.ff.institute/fr/iccf/ Nous venons même de faciliter l'accès à la formation finance d'entreprise ICCF @ HEC Paris pour les étudiants du CESAG, qui sont 85 à s'engager dans cette aventure!