Ellen Hazelkorn met en garde les gouvernements contre l’obsession des classements


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«Les gouvernements devraient arrêter d’être obscédés par les rankings globaux » a mis en garde Ellen Hazelkorn, vice-présidente à l’Institut de technologie de Dublin, dans son discours d’inauguration du forum mondial de l’UNESCO consacré aux classements , le 16 mai 2011 à Paris.

Cette focalisation excessive « risque de transformer les systèmes d’enseignement supérieur et de subvertir les politiques publiques » a estimé la spécialiste des classements internationaux (et consultante auprès de l’OCDE).  « Aligner le système sur des indicateurs définis par d’autres à des fins commerciales ou autres, menace les fondements même de la souveraineté nationale et de la société. Cela dresse l’équité et l’excellence l’une contre l’autre, et cela favorise des modèles centrés sur les élites plutôt que des  systèmes à vocation internationale. »


15 000 universités

Ellen Hazelkorn a rappelé qu’il existait quelque 15 000 institutions d’enseignement supérieur dans le monde, mais que l’on se concentrait, à travers ces classements, sur une centaine d’entre eux, ce qui représente moins d ‘1% du total. Dénonçant le modèle « d’université de classe mondiale », l’oratrice a estimé que tous les gouvernements désiraient une telle université « sans savoir précisément ce que cette notion recouvre.»

Des critères trop étroits

La chercheuse a longuement développé les biais et limites des classements qui «ne mesurent pas ce qu’on pense qu’ils mesurent. » Par exemple, les critères de recherche mesurent une conception « très étroite » de la recherche, mais laissent de côté « les travaux interdisciplinaires ou les idées qui vont à l’encontre de l’orthodoxie ». De même, et comme cela déjà été souligné par les détracteurs des classements, ces derniers ne mesurent pas la qualité de l’enseignement et ne disent rien de l’impact de la recherche sur l’enseignement.


Des conséquences sur les politiques publiques

Ellen Hazelkorn, qui a comptabilisé une dizaine de rankings globaux et une cinquantaine de rankings nationaux, est également revenu sur les conséquences politiques du phénomène, à travers des exemples précis. En Mongolie, au Qatar et au Kazakhstan, les bourses étudiantes sont désormais réservées aux étudiants ayant été acceptés dans les institutions les mieux classées. Le Danemark et les Pays-Bas ont récemment adopté de nouvelles lois sur l’immigration qui favorisent les diplômés issus de ces établissements.

«Avec la crise financière globale, de nombreux gouvernements remettent en cause leur engagement en faveur d’un enseignement supérieur de masse » a enfin constaté la chercheuse. «Certains gouvernements pensent que leurs universités ne sont pas assez élitistes ou assez sélectives.»


Vers un modèle plus équilibré

En conclusion de son discours, Ellen Hazelkorn a défendu un système d’universités plus équilibré, prenant en compte différents objectifs comme l’égalité d’accès à l’enseignement supérieur, la formation d’une main d’œuvre qualifiée, l’éclosion des talents, le civisme ou encore la participation au développement régional.

Alternative aux rankings : l’OCDE présente son "PISA étudiant"

Au programme des deux jours du Forum de l’UNESCO, l’OCDE devrait présenter mardi 17 mai 2011, une étude de faisabilité du projet AHELO (Evaluation internationale des résultats de l’enseignement supérieur) lancé en 2008. Conçu comme une alternative qualitative aux rankings, ce projet vise à fournir des informations, établissement par établissement (et non au plan national), sur les compétences acquises par les étudiants en fin de licence ou de maîtrise.

Quinze pays participent actuellement à l’étude de faisabilité qui porte sur deux disciplines (économie et ingénierie) et dont les résultats sont attendus fin 2012. «Cette évaluation se décline en deux parties : un test des compétences génériques à destination des étudiants et une enquête contextuelle sur l’institution » indique Karine Tremblay, la responsable de l’enquête.

Les premiers tests élaborés et déjà validés sur six pays sont plutôt encourageants. «  Nous avons été surpris par la relative facilité des experts internationaux à s’accorder sur leur définition des compétences génériques. Les tests sont validés et en cours de traduction » poursuit Karine Tremblay. Une seconde phase de test, devrait concerner une dizaine d’établissements (et une centaine d’étudiants) pour chaque pays participant.


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