En Île-de-France, les Cordées de la réussite passent à la vitesse supérieure

Aurélie Gerlach
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USAGE UNIQUE - Cordées de la réussite
Au niveau national, 90.000 élèves ont été concernés par les Cordées de la réussite depuis la naissance du dispositif, dont 18.000 en Île-de-France // ©  Nicolas Tavernier / R.E.A
La région Île-de-France a réuni tous les acteurs de ses Cordées de la réussite, lors d’une première convention régionale, lundi 27 mars 2017. L’occasion d’annoncer le doublement du budget régional accordé à ces dispositifs réunissant établissements du secondaire et du supérieur pour favoriser l’égalité des chances.

"Si l'on n'était pas venu me chercher, je ne serais pas là aujourd'hui... Personne dans ma famille n'a fait d'études supérieures." C'est par le biais du programme "Nouvel élan", labellisé Cordées de la réussite, qu'Axel Romage a intégré une classe préparatoire MPSI (maths-physique-sciences de l'ingénieur) au lycée Janson-de-Sailly à Paris, après une scolarité au lycée République de Nanterre (Hauts-de-Seine). Comme 35 autres jeunes de lycées prioritaires, il bénéficie au sein de cet établissement d'aides lui permettant une meilleure réussite en prépa : séminaire de prérentrée, place en internat, suivi individualisé par un polytechnicien en service civil, sorties culturelles...

Les parcours exemplaires comme celui d'Axel se sont succédé lors de la première conférence régionale des Cordées de la réussite, organisée par la Région Île-de-France, lundi 27 mars 2017. Une occasion en or pour Valérie Pécresse d'annoncer le doublement du budget régional consacré à ces dispositifs. "Nous passons de 300.000 à 600.000 euros dès 2017", déclare la présidente de Région, annonçant la mise en ligne d'un nouvel appel à projets. L'objectif : atteindre les 150 Cordées, contre 79 aujourd'hui (375 en France) d'ici la fin de sa mandature, en 2020. Pour ce faire, elle souhaite "investir davantage les établissements ruraux, ainsi que les lycées professionnels et techniques ou les Cordées sont encore trop peu nombreuses."

Neuf ans d'expérience

Les Cordées, Valérie Pécresse les connaît bien. Le dispositif a été créé en 2008 lorsqu'elle était ministre de l'Enseignement supérieur. Il a pour but d'accompagner des jeunes défavorisés socialement et territorialement, afin de les encourager à poursuivre leurs études. Un principe fondé sur un partenariat entre des établissements secondaires et des "têtes de cordées" : grandes écoles, universités, lycées accueillant des sections postbac (CPGE ou STS), IUT... ou éventuellement des entreprises et des associations.

"Au niveau national, 90.000 élèves ont été concernés depuis la naissance du dispositif, dont 18.000 en Île-de-France. 50 % des bénéficiaires proviennent des quartiers prioritaires de la politique de la ville", affirme Hervé Riou, chargé de mission égalité des chances à la région. Les actions peuvent prendre des formes multiples : soutien méthodologique, aide à l'orientation, ouverture culturelle, découverte des métiers...

[Il faut] investir davantage les établissements ruraux, ainsi que les lycées professionnels et techniques ou les Cordées sont encore trop peu nombreuses.
(V. Pécresse)

Depuis neuf ans, les Cordées se sont structurées et adaptées aux évolutions du paysage de l'enseignement supérieur. Quitterie Albientz, chargée de mission égalité des chances à HEC, en convient : "Depuis que le programme a intégré la cordée mutualisée de Paris-Saclay en septembre 2016, nous pouvons proposer davantage d'activités", comme un concours d'éloquence en fin d'année et un projet de week-end sur le thème des grandes guerres, à Reims et à Verdun.

Le recrutement des jeunes "encordés" est fondé sur le volontariat, comme le souligne Marie-Paule Perrot, CPE au lycée Janson-de-Sailly : "Nous nous déplaçons dans les établissements partenaires avant les vœux postbac pour présenter le programme 'Nouvel élan'. Les élèves intéressés sont sélectionnés en concertation avec leurs établissements".

Des freins logistiques et organisationnels

Néanmoins, les têtes de cordées admettent rencontrer des freins lors de la mise en œuvre de leurs programmes, et notamment sur le plan du déplacement des bénéficiaires, qui vivent souvent en banlieue, loin des établissements partenaires. "Nous organisons des voyages en car pour emmener les jeunes sur notre campus à Jouy-en-Josas. Cela implique un budget de transport important", admet Quitterie Albientz. De son côté, Pierre Duffé, président de l'association Agir aujourd'hui, qui fait intervenir des bénévoles dans les établissements, invoque "la difficulté pour les lycées de trouver des créneaux dans les emplois du temps."

"Notre cordée repose sur quelques bonnes volontés, mais cela implique une charge de travail supplémentaire importante", regrette quant à elle Marie-Paule Perrot. Au risque de voir parfois des programmes s'essouffler avec le départ des personnes les plus engagées... C'est pourquoi Rozenn Dagorn, inspectrice à l'académie de Créteil, insiste sur l'importance, pour les équipes – tant au sein des collèges et lycées que dans les établissements partenaires – "de se projeter sur le long terme, avec l'idée de pouvoir faire un tuilage si besoin pour faire vivre la cordée." Enfin, hors grandes écoles, les têtes de cordées mettent également en avant la difficulté à recruter des étudiants tuteurs.

Des résultats encourageants

De manière générale, les acteurs font toutefois valoir les bons résultats de leurs initiatives. "80 % des jeunes qui suivent le programme 'Nouvel élan' passent en deuxième année de prépa, et ces derniers intègrent tous une école d'ingénieurs", affirme ainsi Marie-Paule Perrot. De manière globale, selon Hervé Riou "38 % des bénéficiaires des Cordées de la réussite entament des études longues". 35 % suivent des études courtes et 19 % intègrent une préparatoire. Un encouragement pour passer à une nouvelle étape.


Aurélie Gerlach | Publié le