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En Paces, l'afflux d'étudiants oblige à une pédagogie "médiévale"

Aurore Abdoul-Maninroudine
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UFR de médecine, Université Pierre et Marie Curie (Paris)
Écueil principal du dispositif "un prof, trois amphis" : l'impossibilité, pour les étudiants assistant au cours, de poser directement des questions au professeur. // ©  Aurore Abdoul-Maninroudine
Pour accueillir dans de bonnes conditions ses 2.500 étudiants de Paces, l’UPMC a mis en place un dispositif de retransmission des cours. Si le système garantit l'accès aux mêmes informations à tous les étudiants, il limite l'échange et l'interaction avec les enseignants.

Paris, 8 h 10, devant le 91, boulevard de l'Hôpital. Le bâtiment regroupe les amphithéâtres de l'UPMC (université Pierre-et-Marie-Curie) dédiés aux cours de Paces (Première année commune aux études de santé). Le premier cours de la journée commence dans 20 minutes mais, pour l'instant, il n'y a quasiment personne dans le hall...

L'UPMC a beau accueillir 2.500 étudiants en première année commune d'études de santé, ici, pas besoin d'arriver en avance pour avoir une place. L'université a en effet mis en place depuis plusieurs années un système bien rodé. Les étudiants sont répartis dans des groupes, chacun étant affecté dans l'un des trois amphithéâtres de cours magistral. Trois salles donc, mais un seul enseignant : le cours est retransmis en direct dans les deux autres amphis.

"Afin d'éviter que ce soit toujours les mêmes qui assistent aux cours en présentiel, nous organisons une rotation des groupes", explique Farida Khennane, responsable de la scolarité à la faculté de médecine de l'UPMC. Ce sont les surveillantes d'amphi qui contrôlent l'accès aux salles et veillent à ce que chaque étudiant respecte le planning.

Le cours est également accessible en direct sur la plate-forme numérique de l'université. Si certains étudiants parfois regarder les cours de chez eux, comme Léa, qui habite "loin, à Fontainebleau", la plupart essaie quand même de se lever, comme en témoignent les amphis pleins en ce début d'année. "C'est un bon moyen de se motiver pour aller à la bibliothèque juste après", souligne Juliette.

Aucun bruit dans les amphis

À l'intérieur des salles, l'ambiance est studieuse : pour empêcher toute perturbation pendant le cours, les surveillantes d'amphis ferment les portes au bout de cinq minutes. Ce sont également elles qui veillent à ce qu'il n'y ait aucun bruit. "En cas d'étudiants perturbateurs, nous n'hésitons pas à sévir", annonce Chantal, avant d'ajouter, dans un sourire : "mais cela n'arrive jamais..."

Alors qu'une polémique a eu lieu fin juin suite à l'annonce, dans un premier temps, d'un tirage au sort en Paces à Paris face à l'augmentation des effectifs, ces conditions d'études paraîtraient presque idylliques. De fait, estime Alain Carrié, enseignant en biochimie et président du jury de Paces à l'UPMC, "ce dispositif n'est pas anxiogène pour les étudiants et empêche les doublants de troubler les cours, comme cela peut encore se faire dans certaines facs."

"On arrive au bout d'une logique"

"On arrive néanmoins au bout d'une logique, regrette l'enseignant. En termes pédagogiques, on se situe à l'époque médiévale." C'est la limite du concept "un prof, trois salles" : au nom du principe d'égalité, et afin de ne pas avantager les groupes qui assistent au cours avec le professeur, celui-ci ne peut répondre à aucune question des étudiants présents. "Finalement, même si je tente d'être le plus clair possible, une grande partie du cours est constituée d'éléments que les étudiants pourraient apprendre seuls, avec leur polycopié... Nous sommes encore loin d'une pédagogie interactive."

On arrive néanmoins au bout d'une logique. En termes pédagogiques, on se situe à l'époque médiévale. (A. Carrié)

Alain Carrié a malgré tout bon espoir que les choses bougent dans les prochaines années, même lentement. D'ores et déjà, pour chaque matière, les étudiants peuvent poser leurs questions sur un forum ouvert deux semaines par semestre. Les réponses sont visibles par tous.

Surtout, les amphis de Paces viennent d'être équipés de bornes wifi pour l'organisation des ECNi (Épreuves classantes nationales informatisées). Grâce à ces outils, Alain Carrié espère mettre en place des QCM en ligne. "Nous avons un rôle social majeur, conclut le professeur. En venant à la fac, les étudiants ont l'occasion d'échanger entre eux, ce qui est très important. Encore faut-il leur donner une raison de venir..."


Aurore Abdoul-Maninroudine | Publié le

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