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Enquête PISA : "La France est le seul pays à faire jouer son droit de ne pas publier certaines données"

Propos recueillis par Virginie Bertereau
Publié le
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Enquête PISA : "La France est le seul pays à faire jouer son droit de ne pas publier certaines données"
A la veille de la publication des résultats de PISA 2009, le 7 décembre 2010, Eric Charbonnier, expert à la direction éducation de l’OCDE, en rappelle les enjeux méthodologiques et politiques. L’enquête PISA évalue depuis 2000, tous les trois ans, les performances des élèves de 15 ans en lecture, mathématiques et sciences dans 65 pays (OCDE). La France est le seul pays à refuser la publication des statistiques permettant la comparaison entre les établissements.

Sur quoi repose l’enquête PISA ?

En 2009, le principe est resté le même : nous avons fait passer un test écrit de deux heures à des élèves de 15 ans. Ce test se compose de compréhension de l’écrit, de culture mathématique et de culture scientifique. Après ces deux heures, les élèves ont répondu pendant trente minutes à des questions portant sur leur milieu socio-culturel et leur environnement d’apprentissage. L’enquête s’attache à mesurer plus que les performances.

Combien de pays ont participé ?

Au total, 65 pays ont participé en 2009. L’enquête porte sur les 34 pays de l’OCDE et des économies partenaires, c’est-à-dire hors OCDE. Parfois, il s’agit de villes ou de régions. Par exemple, Shanghai (20 millions d’habitants tout de même) représente la Chine pour la première fois. Faire passer le test demande un gros effort au niveau national. PISA se développe petit à petit… En 2011, la mise à jour de l’enquête va intégrer les résultats de 9 nouveaux pays dont une partie de l’Inde. De même, nous avons créé deux niveaux 1 (le 1a et 1b) pour affiner les comparaisons entre les pays.

Et combien de jeunes Français ?

En France, 4300 élèves, représentatifs de 750 000 jeunes de 15 ans, ont été évalués. Le nombre de participants est proportionnel à la population.

Comment le ministère de l’Éducation nationale intervient-il dans l’enquête PISA ?

La DEP (Direction de l’évaluation et de la prospective) intervient dans le sens où elle propose des questions au Consortium PISA pour le test. Par la suite, l’OCDE réalise un travail indépendant. Les décisions sont prises au niveau international et le ministère de l’Éducation nationale n’est pas au courant des résultats. Nous avons de bons rapports sauf sur un point : la France refuse la publication des statistiques permettant la comparaison entre les établissements. Son argument : à 15 ans, les élèves peuvent être scolarisés en collège ou en lycée et il est impossible de comparer les deux. C’est le seul pays à faire jouer son droit de ne pas publier certaines données. C’est ce que nous appelons le code « W », le code « withdraw » (« retirer » en français).

À votre avis, que va déclarer Luc Chatel, le ministre de l’Éducation français suite à la publication de l’enquête PISA ?

Le ministre programme une conférence de presse quinze minutes après celle de l’OCDE. Je prends cela comme un compliment. Cela signifie que nos travaux sont reconnus à leur juste valeur et que des réformes suivront…

La compréhension de l’écrit est le domaine principal de l’enquête 2009.

La majorité du test est basé dessus. C’était déjà le cas en 2000. En 2003, le domaine principal était la culture mathématique. En 2006, le test était davantage consacré à la culture scientifique. En 2009, c’était donc au tour de la compréhension de l’écrit de revenir au centre de l’enquête. On mesure le niveau de lecture des élèves, ainsi que leurs capacités à aller plus loin, à utiliser leurs connaissances, à réfléchir sur des sujets. Même chose en maths ou en sciences, où l’on teste les capacités à tirer des conclusions sur des choses qu’ils découvrent.

Quelle est l’autre nouveauté de 2009 ?

Pour la première fois, nous avons évalué la compréhension des textes numériques, l’utilisation des nouvelles technologies, en dehors du test. Cela permet de savoir comment sont équipés les établissements en ordinateurs et comment les élèves s’en servent. Le rapport sur ce point sera publié en juin 2011. 

L’enquête PISA n’évalue pas l’orthographe ?

Non, à cause de la barrière des langues. Les différences entre les pays sont trop importantes. Toute la difficulté est de faire un test comparable. Au départ, 500 questions sont produites et proposées par les pays de l’OCDE. Après une sélection où l’on retire tout ce qui a trait au culturel, nous n’en gardons que 80.

La limite de l’enquête ne réside-t-elle pas dans le fait qu’elle se base de fait sur les jeunes scolarisés ?

Dans quasiment tous les pays de l’OCDE, les jeunes sont scolarisés jusqu’à 15 ans. Mais effectivement, dans les pays partenaires, les performances seraient probablement plus basses si on évaluait la population totale. Ce serait notamment le cas en Turquie.


Propos recueillis par Virginie Bertereau | Publié le

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