Enseignement supérieur : financement des universités, qu'en pensent les étudiants ?

Sara Saidi
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Enseignement supérieur : financement des universités, qu'en pensent les étudiants ?
Emmanuel Macron a-t-il vraiment remis en cause la gratuité de l'université française lors de son intervention au congrès de France Universités ? // ©  Eric Gaillard / REUTERS
Lors du congrès de France Universités (ex-CPU), Emmanuel Macron a annoncé vouloir faire des universités "les piliers de l’excellence" et a remis en cause la gratuité des universités françaises. Au-delà de la polémique sur une possible augmentation des frais d’inscription, les propos du président de la République posent la question des financements de l’enseignement supérieur. Qu’en pensent les premiers concernés, les étudiants ?

Maxence, 18 ans, n’a aucun doute, "il faut laisser l’université gratuite". Selon lui, si le président de la République veut rendre l’université payante c’est pour éviter que "les étudiants précaires s’inscrivent et qu’ils aient des problèmes" mais, pour l’étudiant en première année de licence Sciences de la vie, ce n’est pas une solution : "Il vaut mieux la garder gratuite et aider les plus précaires", estime-t-il.

Des propos que rejoint Célia, 19 ans, également étudiante à Strasbourg : "Rendre l’université payante, ce serait dommage. Le but c’est qu’un maximum de personnes puissent y accéder sans contraintes financières". Selon elle, si la gratuité de l’université est remise en cause, beaucoup ne s’inscriraient plus et cela "appauvrirait intellectuellement la France".

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Vraie inquiétude ou procès d’intention ?

Face à la polémique qui a suivi ses propos, Emmanuel Macron a nié vouloir augmenter les frais d’inscription : "Quand on veut se battre contre la précarité étudiante, on n’augmente pas les droits d’inscription à l’université", s’est défendu le président lors d’un déplacement à Ahun en Creuse, le 24 janvier.

"On n’est pas dupes !", s’exclame Mélanie Luce, présidente du syndicat étudiant Unef. Selon elle, le discours du président révèle "une volonté d’attaquer les fondamentaux de notre université et de renforcer la sélection sociale à l’université". Mise en place de prêts étudiants, bourses remboursables, augmentation des prix de l’inscription… Mélanie Luce explique que l’augmentation des frais peut se faire de différentes manières.

Quand on veut se battre contre la précarité étudiante, on n’augmente pas les droits d’inscription à l’université (E. Macron)

Elle rappelle par ailleurs que l’arrêté du 19 avril 2019 relatif aux droits d’inscription implique l’indexation des frais d’inscription sur l’inflation et dénonce également l’augmentation des frais universitaires pour les étrangers, validée le 1er juillet 2020 par le Conseil d’État.

Pour Antoine Guéry, étudiant en master 1 droit public à l’université d’Angers, et président du réseau des publicistes angevins, les critiques envers le président sont particulièrement dures : "On lui fait un procès d’intention. Il y a eu des mesures d’accompagnement pendant le Covid : l’accompagnement tutoriel, des séances chez le psychologue, les repas à un euro du Crous… Le président est quand même très loin, ces dernières années, de laisser de côté les étudiants", estime-t-il.

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Un bilan des mesures en faveur des étudiants en "demi-teinte"

La Fage (Fédération des associations générales étudiantes) parle plutôt d’un bilan quinquennal "en demi-teinte". En effet, si certaines mesures – comme la suppression de la sécurité sociale étudiante – ont permis une augmentation du pouvoir d’achat, la Fage estime que la priorité est de réformer la bourse sur critères sociaux – promesse de la majorité – et d’agir sur le logement des jeunes : "La priorité pour prétendre à une formation, c’est déjà de pouvoir vivre", déclare Paul Mayaux, président de la Fage.

La priorité pour prétendre à une formation, c’est déjà de pouvoir vivre. (P. Mayaux, Fage)

Les syndicats interrogés souhaitent également la création de places sur Parcoursup, ce qui implique forcément plus de moyens pour les universités et le recrutement d’enseignants. Paul Mayaux applaudit le "très gros investissement" prévu par la loi de programmation de la recherche mais regrette des contrats précaires qui ne permettent pas l’amélioration des conditions de vie des étudiants. "Aujourd’hui on nous demande des ressources personnelles pour faire de la recherche", confirme Clément*, 24 ans, étudiant en master 2 histoire des religions à Strasbourg.

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La crainte d’une université à deux vitesses

Antoine Guéry estime qu’en plus de trouver des fonds, il faut les investir dans des filières d’avenir comme le numérique et l’environnement afin de donner des débouchés aux étudiants et leur "permettre de se projeter vers le futur".

L’Unef et la Fage craignent à terme une mise en concurrence des établissements. Une "université à deux vitesses" et des "inégalités territoriales" accélérées notamment par l’ordonnance de regroupement de 2018, qui implique plus d’autonomie pour les universités.

"Une des solutions pour avoir plus de fonds pour la recherche, c’est de faire une grande université privée mais socialement c’est une catastrophe. Si l’éducation est gratuite, tout le monde devrait y avoir accès, surtout qu’on nous demande de plus en plus de diplômes", conclut Clément*.

* Le prénom a été changé


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