Erasmus+ à l’horizon 2027 : priorité à l’inclusion et à la professionnalisation

Pauline Bluteau
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Erasmus+ à l’horizon 2027 : priorité à l’inclusion et à la professionnalisation
Erasmus+ prévoit une progression de son essor pour la période 2021-2027. // ©  Fred MARVAUX/REA
Si le programme Erasmus+ semble avoir "tenu ses promesses" sur la période 2014-2020, et ce malgré la crise sanitaire, la prochaine programmation s’annonce tout aussi ambitieuse. La directrice de l'agence Erasmus+ France/Education Formation l’affirme : de 2021 à 2027, les enjeux tourneront principalement autour de l’inclusion et des mobilités professionnalisantes.

C’est un petit + qui devait faire toute la différence… En 2014, Erasmus devient Erasmus+, synonyme de promesses et d’ouverture vers de nouveaux horizons. Sept ans plus tard, la programmation touche à sa fin et le pari est tenu, comme le confirme Laure Coudret-Laut, directrice de l’agence Erasmus+ France depuis 2016. Retour sur les dernières avancées du dispositif et sur les enjeux de la prochaine programmation à l’horizon 2027.

Un programme en essor constant

"La programmation 2014–2020 devait nous permettre une ouverture plus large sur d’autres publics, d’autres investissements et nous encourager à travailler sur les valeurs et l’employabilité", rappelle la directrice. Dans les faits, Erasmus a connu de belles évolutions en seulement quelques années, notamment concernant le développement des projets de partenariats : une augmentation de 55% du nombre de candidatures entre 2016 et 2019 et un quasi-doublement du budget disponible pour ces mêmes partenariats. Ces projets ont par exemple permis à de nouveaux établissements d’intégrer le programme et ainsi favoriser les mobilités enseignantes qui ont aussi doublé en seulement trois ans.

"Nous avons réussi à consolider une vision commune de l’Europe, à organiser des stratégies sur le territoire grâce au consortium, à agréger des lycées plus petits pour développer les mobilités scolaires…" Depuis 2014, les demandes d’adhésion au programme se multiplient et les budgets, bien qu’inférieurs à ceux demandés, poursuivent aussi leur ascension.

Lire aussi : Erasmus+ : une légère hausse du budget pour 2020, année de "transition"

L'inclusion de "publics fragiles"

Autre cheval de bataille de la dernière programmation : l’inclusion "des publics fragiles". Entre 2014 et 2020, 38% des apprenants en mobilités sont issus de milieux populaires. Au total, l’agence estime qu'elle aura financé la mobilité de 126.000 étudiants boursiers sur critères sociaux et 93.000 apprenants en situation de vulnérabilité.

Ces sept dernières années, les apprentis étaient aussi au cœur des préoccupations. Au total, 42.000 alternants (en contrat d’apprentissage ou de professionnalisation) inscrits en France ont profité du dispositif Erasmus+. Seul bémol, les apprentis privilégient encore les mobilités de moins de trois mois à l'étranger. Pour exemple, en 2019, 21.736 apprentis sont partis moins de trois mois et seulement 1.986 ont choisi une mobilité longue.

D'après la directrice de l'agence française, l'institution doit maintenant poursuivre sa dynamique et se pencher davantage sur ces questions dans les mois à venir. "Ce n’est pas encore parfait, il faut que nous trouvions les moyens d’aller encore plus loin à l’horizon 2027", estime Laure Coudret-Laut. L'agence Erasmus+ souhaite notamment encourager les mobilités hors-Europe, en Afrique ou dans les Balkans, deux zones géographiques de plus en plus prisées.

Parmi les solutions : développer les mobilités scolaires afin d’inciter les élèves à profiter à nouveau du programme plus tard, au moment de leurs études supérieures et même tout au long de leur vie. "Je suis persuadée que plus tôt on incite les enfants à faire preuve de curiosité plus ils seront sensibles à l’idée de découvrir un autre pays."

Lire aussi : Erasmus+, un tremplin à l'international pour les apprentis

Le budget 2021–2027 pas encore fixé

D’autres sujets seront également mis sur la table dès 2021. L'actualité des derniers mois devrait d'ailleurs permettre de fixer d'autres priorités pour le prochain programme. "On voit que des sujets émergent en raison de la crise sanitaire comme le numérique et la mise en place de la carte européenne étudiante pour faciliter la vie des étudiants et des établissements. On pense également à une mobilité hybride dont notre rôle est de donner un cadrage général mais aussi sur les financements et de faciliter la compréhension des documents."

L'agence Erasmus+ souhaite également travailler sur des thématiques plus générales en faveur du développement durable et des valeurs européennes : inciter les étudiants à prendre des transports plus propres, créer des alliances d’excellence pour la formation professionnelle, réfléchir à des diplômes européens, introduire une norme de qualité dans les établissements avec l’instauration de labels…

Mais toutes ces initiatives potentielles dépendront du budget accordé par la Commission européenne. Pour le moment, rien n'est officiellement fixé, les directives sont encore en pourparlers. Le plan de relance proposé par la Commission le 27 mai dernier prévoit un quasi doublement du budget par rapport à la dernière programmation. Le montant attribué au prochain programme Erasmus+ pourrait donc atteindre près de 30 milliards d’euros. Une somme confortable à en croire la directrice de l'agence française Erasmus+ qui préfère tout de même rester prudente… Le cadre financier doit maintenant être approuvé par le Conseil européen puis le Parlement avant d'être adopté, a priori, en décembre 2020.

Des crises successives gérées à l'échelle européenne
L'attractivité du programme Erasmus+ ne semble pas pâtir des différentes crises qui se sont succédé ces derniers mois. "Après le Brexit puis la crise sanitaire, nous avons montré qu’il y avait une certaine réactivité à l’échelle européenne. Nous sommes en relation constante avec la Commission, ce qui permet d’avoir une dynamique. C’est la clé du succès", estime Laure Coudret-Laut.
Concernant le Brexit et la place du Royaume-Uni au sein du programme à compter de janvier 2021, rien n'est acquis. D’après la directrice, la situation avec les Britanniques reste encore très floue et ce malgré la pression forte des établissements pour qui le Brexit aura des impacts non négligeables sur la recherche notamment.

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