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ESC-IAE : fusions et rapprochements en marche

Jessica Gourdon
Publié le
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Benoit Demil (IAE de Lille)
Benoit Demil (IAE de Lille)
Le monde des écoles de commerce et des IAE (instituts d'administration des entreprises) est en pleine restructuration. Selon une span style="text-decoration: underline;">étude menée pour le compte de la Fnege par Benoit Demil, enseignant-chercheur à l’IAE de Lille-1, 80% des directeurs d’IAE ou d’ESC estiment que dans les cinq années à venir, leur établissement sera amené à réaliser une fusion ou un rapprochement « structurant » avec une autre institution. L'enseignant-chercheur présentait en exclusivité ses résultats à l’occasion du congrès des IAE, qui se tenait à l’EM Strasbourg du 31 août au 2 septembre 2010.

Le plan campus, les PRES, la réforme des chambres de commerce, le grand emprunt, les accréditations et la concurrence toujours plus forte à l’international amènent les IAE et écoles de commerce à s’interroger, et à remettre en cause leur « émiettement », selon Benoit Demil. « Les acteurs du milieu ont la perception d’une menace diffuse, et ont conscience du risque de disparition des modèles actuels », ajoute-t-il.

Les rapprochements et leurs multiples avantages

D’après l’étude, c’est avant tout les « pressions institutionnelles, notamment des tutelles » qui vont amener IAE et écoles à se lancer dans des rapprochements. La concurrence internationale est également citée comme facteur, suivie par les pressions financières.  Quant aux avantages perçus, ils sont multiples. Etre plus visible, augmenter son potentiel de recherche, faire des économies et rationaliser l’offre de formation régionale sont les arguments les plus souvent cités, aussi bien par les IAE que par les ESC.

Quant au périmètre de ces rapprochements, toutes les combinaisons sont à l'étude : fusion IAE-ESC comme à Strasbourg, fusions entre écoles de commerce françaises ou avec des écoles étrangères, voire avec des écoles d’ingénieurs.

Les formes juridiques envisagées vont de la fusion pure et simple au GIP (groupement d’intérêt public) en passant par des formules de « joint venture »,  des associations, des fondations… « Cette question est souvent épineuse, mais peut être surmontée avec de la volonté », estime Benoit Demil. C'est en réalité le mélange de cultures locales qui est considéré comme le principal frein à ces rapprochements, cité par 70% des sondés. Viennent ensuite les difficultés pour s’accorder sur une gouvernance, la crainte de « l’opportunisme » d’une des parties, et la difficulté pour trouver le partenaire idéal.

Des cas concrets à l'étude

Dans tous les cas, la fusion de l'IAE de Strasbourg et de l'IECS (école de commerce), qui a donné naissance à l'EM Strabsourg à la rentrée 2007, fait figure d'exemple réussi. Et semble donner des idées très concrètes à certains dirigeants. « Je reçois des coups de fil de directeurs d’écoles ou d’IAE qui se montrent intéressés par notre trajectoire, et qui si demandent comment passer à l’acte », confesse, sans en dire davantage, Michel Kalika , directeur de l'EM Strasboug. Des discussions seraient en cours à Dijon, Montpellier, ou encore à Caen.

 (1) « Les rapprochements entre institutions de gestion », étude réalisée à partir de 15 entretiens et d’un sondage en ligne (37 répondants)

EM Strasbourg : trois ans après, secrets d’une réussite

A Strasbourg, le mariage entre l’IAE et l’IECS (école de commerce), unique en son genre, semble avoir porté ses fruits. Trois ans après la création de l’EM, les indicateurs sont au vert. C’est le cas en matière de recherche : outre le rassemblement des équipes de l’IAE et de l’école de commerce, l’EM a récupéré dans son giron les 15 enseignants-chercheurs en finance du « Large », un laboratoire de l’UFR de sciences économiques qui a voté son rattachement à l’école. Résultat : avec ses recrutements propres, l’école aligne 90 professeurs permanents, contre 45 au moment de sa création. Elle vient d’obtenir l’éligibilité pour l’accréditation AACSB et se prépare à un premier audit Equis en novembre. Quant aux candidats, ils ont perçu cette dynamique. En 2008, 900 élèves de classes préparatoires s’étaient présentés aux oraux. Ils étaient 3 000 cette année.

Il faut dire que pour une fusion, le terrain était idéal : les deux institutions étaient sur le même campus, elles étaient des composantes de la même université (Robert Schuman), les personnels se connaissaient… « Cette fusion avait la dynamique de l’évidence », remarque Thierry Nobre, professeur à l’école. « Outre la mise en place d’un nouvelle gouvernance, notre réussite a tenu a deux facteurs : la définition d’un plan stratégique sur cinq ans, et la signature d’un contrat de gouvernance clair avec l’université », explique Michel Kalika, le directeur.

Mais au-delà, c’est le soutien politique et financier dont l’EM Strasbourg bénéficie qui a permis à l’école de prendre son envol. Il faut dire que le président de son conseil d’administration est un poids lourd : François Loos , ancien ministre, député, et vice-président de la région Alsace. L’EM bénéficie d’une autre alliée en la personne de Catherine Trautmann, aujourd’hui en charge de la politique de l’enseignement supérieur à la communauté urbaine de Strasbourg, qui avait soutenu la construction des nouveaux locaux de l’école il y a 10 ans. Quant aux chambres de commerce de Strasbourg, Mulhouse et Colmar, elles ont renforcé leur soutien à l’école depuis sa fusion avec l’IAE, alors même que l’EM n’est pas sous statut consulaire. Ainsi, le directeur des relations entreprises de l’EM est un salarié de la chambre. Cerise sur le gâteau : les collectivités ont prévu de financer une vaste extension de l’école alsacienne, pour un budget de 30 millions d’euros.


Jessica Gourdon | Publié le

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