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Réussite étudiante : les recettes des universités américaines

De notre correspondante aux Etats-Unis, Jessica Gourdon
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Les "early college" de Caroline du Nord permettent à des lycéens de prendre des cours universitaires. Ici, celui de Sandhoke
Les "early college" de Caroline du Nord permettent à des lycéens de prendre des cours universitaires. Ici, celui de Sandhoke // ©  Jeremy M. Lange/The New York Times-REDUX-REA

Aux États-Unis aussi, l'échec en premier cycle est un vrai fléau. Près d'un tiers des étudiants n'obtiennent pas leur "bachelor" au bout de six ans. Programme universitaire à suivre dès le lycée, cours de soutien en première année, encadrement 24 heures sur 24, application dédiée... Les universités américaines rivalisent d'imagination pour endiguer le phénomène.

On les appelle les "dropouts". Ils sont nombreux aux États-Unis, chaque année, à abandonner leurs études en cours de route : 31% des étudiants qui entament leur cycle de "bachelor" (licence) n'obtiennent pas leur diplôme au bout de six ans, selon le département de l'Éducation. Un chiffre global qui masque de fortes disparités, selon les types d'établissement, l'origine sociale des étudiants, leur rythme d'études (classique ou à temps partiel),  Ainsi, 97% des étudiants décrochent leur licence à Harvard, contre 13% à Chicago State University, selon un tableau comparatif du Chronicle of Higher Education. Problèmes financiers, familiaux, de santé, temps de transport trop longs, difficultés scolaires : les raisons de ces échecs sont multiples. Tout comme les réponses apportées par les universités.

City University of New York : Des cours de soutien dès le lycée

Dans le cadre de son programme "Learn to be at Home in College", la City University de New York a lancé des cours d'anglais à destination des lycéens de 12th grade (terminale), pour qu'ils atteignent le niveau universitaire en revenant sur les bases de l'écriture, la grammaire, le vocabulaire : ces sessions sont réservées aux élèves de 60 lycées partenaires ayant des résultats scolaires en dessous de certains seuils. Cet établissement propose aussi des ateliers, animés par des étudiants, pour aider les lycéens dans le processus de candidature. S'il choisit d'intégrer la City University, l'élève peut recevoir des cours de soutien dans ses matières faibles, s'inscrire à des séances de coaching, et obtenir un petit job rémunéré sur le site de l'université.

La fac au lycée ou les "Early colleges"

La transition entre le lycée et l'université est souvent difficile, en particulier pour les élèves qui sont des étudiants de "première génération" dont les parents n'ont pas fait d'études supérieures. Afin de rendre cette adaptation plus facile, et d'alléger le poids financier des études, des "early college high schools", qui ciblent en priorité des élèves défavorisés socialement, ont été créés. Ces lycées, réputés exigeants et intensifs, intègrent dans leurs cursus des cours à l'université, et permettent aux élèves de valider jusqu'à deux années de crédits universitaires. Le tout gratuitement. Les jeunes préparent en même temps leur diplôme de fin de lycée.

Aux États-Unis, 260 établissements font partie de ce mouvement, financé par diverses fondations, dont celle de Bill et Melinda Gates. Avec 77 lycées proposant ce type de programme, l'État de Caroline du Nord en est un des pionniers. La North Carolina Central University est ainsi partenaire de la Josephine Dobbs Clement High School, qui a pris ses quartiers sur le campus, et scolarise 400 jeunes. Chaque année, la moitié d'entre eux valident assez de crédits pour obtenir un "associate degree" (l'équivalent d'un bac+2), leur ouvrant la voie à une entrée directe en troisième année de licence.

une première année renforcée À LA NorthEastern University

L'université Northeastern de Boston a monté un programme d'un an baptisé Foundation Year pour certains élèves de première année, qui commence dès l'été précédant la rentrée. Ce programme prévoit un encadrement spécifique, et une série de cours de mise à niveau et d'apprentissage du travail universitaire pendant toute la première année. Au bout d'un an, les élèves réintègrent le cursus normal en deuxième année.

Texas Southern University, un encadrement 24h/24

Texas Southern University, qui pâtit d'un fort taux de décrochage, a créé il y a trois ans un "village académique" de 400 lits pour des étudiants de première année, afin que ceux-ci passent moins de temps dans les transports, s'intègrent mieux et apprennent plus vite le métier d'étudiant. Il ne s'agit pas d'un simple internat.

Chaque étudiant du "Village" s'engage à suivre au minimum quinze heures de cours par semestre, à passer douze heures hebdomadaires en salle d'étude (ouvertes 24 heures sur 24), et à participer à "au moins 80%" des activités organisées pour les étudiants du village (forums, visites culturelles, soirées networking, coaching, conférences sur des sujets tels que trouver un stage, comment s'habiller pour un entretien).

Ces étudiants sont par ailleurs prioritaires pour choisir leurs cours, et reçoivent une assistance spéciale pour faire leur choix. Les résultats sont probants, avec un taux de passage en deuxième année de 78%, tandis que ces jeunes obtiennent de meilleures notes que les étudiants hors village.

Un pilotage par les données au Paul Smith College

Dans l'état de New York, l'université Paul Smith, un établissement à forte mixité sociale (40% des étudiants sont boursiers), utilise l'application Starfish, éditée par la start-up éponyme, pour faciliter la communication et le partage d'informations entre les services et les professeurs, afin de mieux repérer les élèves en difficulté. Chaque élève dispose d'un espace personnel, auquel enseignants et personnels de l'établissement peuvent accéder. Celui-ci rassemble des indicateurs d'alerte : notes basses, travaux non rendus, absences en cours, problèmes de comportement, ainsi que des éléments liés à la situation personnelle, financière et familiale du jeune, et d'autres données statistiques "prédictives". Sa situation est traduite par des pictogrammes (drapeaux) et, en fonction de leur nombre, des interventions (prise d'un rendez-vous, coaching, soutien scolaire...) peuvent être mises en place. Résultat ? Le nombre d'étudiants qui ont obtenu leur "associate degree" dans les temps (en deux ans) a augmenté de 17% depuis la mise en place du programme en 2010.


De notre correspondante aux Etats-Unis, Jessica Gourdon | Publié le

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