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Études de santé : des changements d'ampleur à l'horizon 2020

Martin Rhodes
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Études de santé : des changements d'ampleur à l'horizon 2020
Plus de transversalité et de passerelles entre les cursus, davantage d’implication des étudiants dans leur orientation : ce sont les objectifs recherchés par le gouvernement avec cette réforme. // ©  Simon LAMBERT/HAYTHAM-REA
Réforme du troisième cycle de pharmacie, expérimentation en Paces, "universitarisation" des formations paramédicales et de maïeutique, réflexion sur l’avenir des ECN… Les études de santé vont connaître au cours des prochains mois des changements de fond. État des lieux des chantiers en cours.

C'est un chamboulement généralisé qui s'annonce pour les formations médicales et paramédicales. Bien-être des étudiants en santé, réforme des études de pharmacie, expérimentation en Paces, "universitarisation" des formations paramédicales et de maïeutique… Si la plupart des réformes souhaitées par le gouvernement sont attendues à l'horizon 2019–2020, les premières mesures pourraient voir le jour dès la rentrée 2018, comme le service sanitaire.

Plusieurs points communs se dégagent de ce mouvement général. Le gouvernement souhaite notamment plus de transversalité et de passerelles entre les différents cursus, mais également davantage d’implication de la part des étudiants dans leur orientation. Tour d’horizon des réformes en cours et à venir.

Le bien-être des étudiants en santé

Donata Marra, présidente du Bipe (Bureau interface professeurs étudiants) de Sorbonne université (née de la fusion de l'UPMC et Paris-Sorbonne), doit rendre au gouvernement son rapport dédié au bien-être des étudiants en santé début avril. Il concerne les étudiants en troisième cycle passés par la Paces (Première année commune aux études de santé), en soins infirmiers, en orthophonie, en orthoptie, en psychomotricité et en ergothérapie.

Suite aux enquêtes alarmistes menées par plusieurs associations étudiantes, il a notamment été demandé à Donata Marra de faire un état des lieux des conditions d’études dans ces filières en France, ainsi qu'à l’étranger. Elle doit proposer au gouvernement plusieurs dispositifs de prévention et d’accompagnement.

Le troisième cycle de pharmacie réformé

Dominique Porquet, ex-président de la Conférence des doyens de pharmacie, a remis son rapport sur le troisième cycle des études de pharmacie en décembre 2017. Pour le moment, rien n’est encore véritablement acté. Les doyens et l’Anepf (Association nationale des étudiants en pharmacie de France) sont actuellement en discussion avec les ministères, qui souhaitent une mise en place rapide de la réforme, dès septembre 2019.

Cette réforme aura en réalité également des répercussions sur le premier et le deuxième cycles. Concernant la deuxième année, les doyens et l’Anepf souhaitent que le stage d’initiation en officine passe de six à quatre semaines. Ces deux semaines en moins seraient alors reportées sur les deux stages d’application qui composent la troisième et quatrième années. Autre changement possible : l’obligation, pour chaque étudiant, de construire de manière proactive, de la deuxième à la quatrième année (année de spécialisation), un "projet d’orientation professionnel" afin de choisir un métier et une spécialisation en connaissance de cause.

L’un des objectifs de cette réforme ? Redorer l’image de l’officine. "Il y a dix ans, 70 % des étudiants optaient pour cette filière. Aujourd'hui, ce taux est tombé à 40 %", détaille Bernard Muller, le président de la Conférence des doyens. La sixième année du cycle court de pharmacie, qui est aujourd’hui une année non diplômante, pourrait par ailleurs être sanctionnée par un DES (diplôme d’études spécialisées). Les étudiants en "officine" pourraient également obtenir le statut d’interne.

La Stratégie de transformation du système de santé

Très générale, cette grande réforme se décline en cinq grands chantiers. Le nom de celui ou de celle qui pilotera le volet "formation" doit être annoncé par le gouvernement en avril. Les premières dispositions pourraient entrer en vigueur dès 2020.

Le chantier "formation" portera sur le numerus clausus (combien de médecins faut-il former, quand et comment les recruter ?) et le service sanitaire. Cette promesse du candidat Macron a été détaillée par le gouvernement en février dernier, dans la foulée de la remise du rapport dédié au sujet et porté par Loïc Vaillant, actuel président de la Comue Léonard-de-Vinci. Le service sanitaire, qui amènera les étudiants de la filière santé à réaliser des actions de prévention, sera instauré à partir de septembre 2018.

Les ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur promettent également "une réflexion de fond" sur les ECN (épreuves classantes nationales), examen qui détermine à lui seul l’affectation des futurs internes. Le rapport remis par Jean-Luc Dubois-Randé (alors président de la Conférence des doyens de médecine) et Quentin Hennion-Imbault (étudiant, membre du bureau de l’Association nationale des étudiants en médecine de France) en décembre dernier préconisait de remplacer les ECN par un contrôle continu des connaissances, prenant en compte les notes obtenues tout au long des trois années d’externat.

Lire aussi. La fin des ECN, le vœu de Jean-Luc Dubois-Randé

Vers les expérimentations en Paces

Cette réforme s’inscrit, elle aussi, dans le cadre de la Stratégie de transformation du système de santé. Lancée en septembre 2014, "l’expérimentation de modalités particulières d’admission dans les études médicales, odontologiques, pharmaceutiques et de maïeutique" (AlterPaces, PluriPass, Paces adaptée) n’a véritablement vu le jour que deux ans plus tard.

Le ministère de l’Enseignement supérieur doit présenter un rapport au Parlement, afin de pérenniser les dispositifs expérimentaux les plus pertinents. Cette évaluation ministérielle devrait avoir lieu au terme de l'année universitaire 2021–2022.

Lire aussi. Paces : les doyens franciliens veulent la peau du redoublement

"Universitarisation" des formations paramédicales et de maïeutique

"Faire en sorte que les étudiants en santé […] bénéficient des mêmes droits et des mêmes services que les étudiants inscrits dans un cursus LMD [licence, master, doctorat]". L’"universitarisation" est le processus d’inclusion des formations paramédicales (notamment en soins infirmiers) et de maïeutique au sein de l’université. Il comprend cinq grands objectifs, dont la simplification des modalités d’admission et le développement de la recherche.

Cette réforme, dont le gouvernement s'empare aujourd'hui, était évoquée depuis plus d’une dizaine d’années. Comme l’a annoncé Édouard Philippe lors du lancement de la Stratégie de transformation du système de santé en février 2018, "'l’universitarisation' des professionnels sanitaires et sociales devrait aboutir cette année".

Stéphane Le Bouler, secrétaire général du Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie, avait été chargé de rédiger un rapport sur le sujet. Il a remis une partie de ses conclusions en février. Il vient par ailleurs d’être nommé à la tête du comité de suivi du processus d’"universitarisation". Ses premières pistes sont attendues avant le mois de juin, pour une mise en œuvre en deux temps, aux rentrées 2018 et 2019.

Lire aussi. Une mission pour réfléchir à l'entrée dans les formations paramédicales et de maïeutique à l'université


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