Etudiants "décrocheurs" : des universités se mobilisent

Isabelle Maradan et Emmanuel Vaillant
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Etudiants "décrocheurs" : des universités se mobilisent
Un chiffre donne une idée de l’ampleur du décrochage des jeunes dans l'enseignement supérieur : 20 % abandonnent leurs études sans diplôme, selon la dernière enquête "Génération" du Céreq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications). L’AFIJ et certaines universités ont mis en place des dispositifs pour prévenir ce phénomène, centré sur les années de licence.

"Beaucoup ont tenté l’aventure de l’université avec un bac techno ou un bac pro et se retrouvent en échec, observe Zohra Redjem, responsable de l’expérimentation “Rebond” à l’AFIJ (Association pour faciliter l’insertion professionnelle des jeunes diplômés). Quand ils reviennent, ils privilégient l’alternance parce qu’ils ne veulent plus de ce qui les a fait quitter la fac." Depuis 2001, l’association, connue pour accueillir des jeunes diplômés, a vu arriver un nouveau public : des jeunes qui ont décroché de l’enseignement supérieur. Pour faire face à ces nombreuses demandes et accompagner ces jeunes, l’AFIJ a mené en 2004 une première action ciblée en Haute-Garonne. Retenue dans le cadre de l’appel à projets lancé en avril 2009 par Martin Hirsch, haut-commissaire aux Solidarités actives, "Rebond" en est une extension nationale. L’AFIJ accompagnera 2500 étudiants décrocheurs au cours de l’année 2009-2010.

Organiser le repérage

"Il faut prendre au sérieux le terme même de décrochage. Il y a là l’idée forte que l’étudiant n’a plus prise, insiste Gérard Boudesseul, coauteur d’une enquête sur le décrochage étudiant publiée au printemps 2009 par le Céreq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications). C’est pourquoi tout est bon à prendre pour redonner confiance et pour inciter les décrocheurs à raccrocher." Plusieurs universités semblent avoir pris la mesure du phénomène. Elles ne se contentent pas simplement d’inviter les étudiants à se rendre dans un CIO (centre d’information et d’orientation). Elles proposent des solutions concrètes.

Paris 8 : des chargés de TD et des tuteurs « anti-décrochage »

C’est le cas de l’université Paris 8, où les chargés de TD (travaux dirigés) ont été mis à contribution pour lutter contre le décrochage avec un volet "prévention". Des bilans de rentrée sous la forme de séances de discussion sont proposés dès la fin octobre aux élèves de L1. Ils permettent aux étudiants de s’exprimer et d’en faire part aux enseignants. "Notre objectif, souligne Marie-Françoise Azzoug, responsable du SCUIO, est d’aider à faire prendre conscience des difficultés rencontrées par les étudiants, qu’il s’agisse de soucis touchant à l’organisation du travail, de rythme et de contenus des cours ou de problèmes d’emploi du temps, afin qu’ils se sentent mieux intégrés." Par ailleurs, des tuteurs d’accueil jouent un rôle pivot pour orienter les étudiants un peu perdus.

Paris 10 : aller aux devant des "décrocheurs"

La prévention du décrochage s’organise aussi à Paris 10-Nanterre. Sandrine Collette, responsable du CREFOP (Centre de relations avec les entreprises et de la formation permanente), qui met en place un nouveau dispositif d’accompagnement, mentionne que "faire raccrocher les étudiants exige une démarche active qui consiste d’abord à les repérer et à établir un diagnostic". Dès le mois d’octobre, dans les trois licences de psychologie, d’AES (administration économique et sociale) et d’arts du spectacle, qui comptent le plus de décrocheurs, les chargés de TD sont incités à repérer les absents et à inviter ceux qui donnent les premiers signes de découragement à suivre un dispositif spécialement aménagé. Au programme : du développement personnel, de l’aide à la construction de projet, des stages, des remises à niveau à la carte…, par groupe d’une quinzaine d’étudiants qui peuvent sortir du dispositif dès qu’ils ont trouvé leur voie. "Au terme de ce cursus, les étudiants passent un DU [diplôme d’université] qui leur permet d’enchaîner sur une autre licence, de s’orienter vers un DUT, voire même de tenter une insertion professionnelle", note Sandrine Collette.

UBO : travailler sur des réorientations

À l’université de Bretagne-Occidentale, les étudiants bénéficient d’un dispositif baptisé O2 (Objectif orientation) destiné à les aider à changer d’orientation. "Chaque année, nous prenons en charge de 70 à 80 étudiants qui ont été détectés par leur enseignant référent, rapporte Gweltaz Hugen, responsable du dispositif. Nous les accompagnons pour construire un nouveau projet professionnel avec des tests d’intérêts, des stages, un travail sur le CV et la lettre de motivation, etc." La plupart redémarrent sur des formations courtes, telles que DUT ou BTS, le plus souvent en alternance.

Nancy-Metz : des BTS sur-mesure

Autre dispositif qui a fait ses preuves : le "BTS 18 mois". L’avantage de la formule, c’est une scolarité qui débute en mars. Ce qui permet à des étudiants en échec à l’université de ne pas perdre une année. Ce fut le cas pour Sabrina Zouad, une étudiante qui a entamé une licence d’arts plastiques avant de rejoindre le lycée Jacques-Brel à La Courneuve pour y suivre un BTS communication. Deux lycées nancéiens et un lycée messin accueillent également des raccrocheurs en BTS dans le secteur tertiaire. "

À partir du mois de janvier, une campagne d’information est lancée dans les universités par voie d’affichage et relayée par les professeurs", indique Laurence Naert, chef du service académique d'information et d’orientation de Nancy-Metz. Une première promotion d’étudiants a passé ses examens en juin 2009 avec des taux de réussite comparables à ceux des étudiants qui les préparent en deux ans. "Nos professeurs nous disent souvent que nous sommes plus motivés que ceux qui ont commencé en septembre", confie Sabrina Zouad, qui passera son BTS en juin 2009. Décrocher pourrait donc devenir un atout. À condition de reprendre des études.

Pour aller plus loin
A lire : l'intégralité du dossier sur les étudiants décrocheurs   sur letudiant.fr.


Isabelle Maradan et Emmanuel Vaillant | Publié le

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