Le TOSA, un certificat pour évaluer les compétences informatiques des étudiants

Sophie Blitman
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Sur le modèle du TOEIC et du TOEFL, une entreprise a conçu un outil d'évaluation et de certification des compétences informatiques, baptisé TOSA. Lancé en 2011, il est destiné aux établissements d'enseignement supérieur, ainsi qu'aux recruteurs. Explications et premiers retours de la part d'écoles en phase de test.

Après le TOEIC et le TOEFL pour les langues, voici le TOSA pour l'informatique. Acronyme de Test on Software Applications, ce nouvel outil développé par la société Isograd se veut le "premier standard d’évaluation et de certification des compétences informatiques professionnelles". Proposé au départ en 2011 pour les logiciels de bureautique Excel, Word et Powerpoint, le TOSA s'est élargi en janvier 2013 aux langages informatiques php et java.

Un test adaptatif

Deux types de QCM sont disponibles pour chacun des logiciels, qui visent soit à simplement évaluer le niveau du participant, soit à lui délivrer une certification. "Le principe est celui d'un test adaptatif, comme c'est le cas par exemple pour le GMAT (Graduate Management Admission Test) qui sélectionne les candidats à l'entrée de prestigieux MBA, explique Matthieu Lattes, président de la société Isograd : le programme pioche des questions parmi les 200 répertoriées dans la base, dont la difficulté a été établie à partir des milliers d'utilisateurs qui ont effectué le test auparavant. Le niveau des questions posées évolue en fonction des réponses données par le participant, ce qui permet d'établir une cartographie très détaillée de ses compétences, même s'il n'est pas interrogé sur tous les aspects du logiciel".

"Une centaine d'entreprises, parmi lesquelles Deloitte, Microsoft ainsi que de grands cabinets d'avocats, utilisent aujourd'hui le TOSA dans leur processus de recrutement mais aussi dans le cadre de la formation de leurs salariés", affirme Matthieu Lattes. Quelques établissements d'enseignement supérieur français se sont également lancés dans le processus de l'évaluation. A titre indicatif, Isograd annonce que l'utilisation d'un test de certification pour Excel coûte environ 30 € par étudiant pour une promotion de 300 ou 400 élèves, ce tarif étant dégressif en fonction du nombre d'élèves et de logiciels concernés.

Evaluer pour mieux former

Parmi les établissements intéressés par le TOSA, l'EIVP (Ecole des ingénieurs de la Ville de Paris) est en phase de test depuis la rentrée 2012 : "à côté des enseignements d'informatique qui font partie du cursus, nous proposons des cours de bureautique facultatifs, mais beaucoup d'élèves pensent qu'ils maîtrisent les logiciels alors que ce n'est pas vraiment le cas…", constate Mohamed Chachoua, responsable du département informatique et technologies urbaines.

D'où l'idée de faire passer le TOSA à tous les nouveaux entrants de première année. "L'objectif, souligne l'enseignant, n'est pas d'utiliser le test comme une certification mais d'aider les élèves à évaluer leur niveau pour voir s'ils ont besoin de suivre les cours de bureautique grâce à ces résultats objectifs". Bilan : si la majeure partie des 60 élèves de la promotion ont un niveau dit "opérationnel" ou, mieux, "avancé", une dizaine a un niveau "initial", voire simplement "basique". Or, "dans leurs études comme dans leur vie professionnelle, les ingénieurs ont besoin de rédiger des rapports sous Word, d'effectuer des calculs avec Excel ou de réaliser des présentations Powerpoint", fait valoir Mohamed Chachoua.

La plateforme TOSA pourrait résoudre les problèmes de triche et faciliter l'évaluation en informatique (M. Chachoua)


Le responsable de l'EIVP imagine même des développements futurs : "pour la bureautique, nous nous contentons de l'évaluation, mais pour des systèmes d'information géographique ou des logiciels de CAO [conception assistée par ordinateur, ndlr], au cœur des métiers auxquels nous préparons nos élèves, pourquoi pas aller jusqu'à la certification ? D'autant qu'en informatique, on se heurte parfois à des problèmes de triche. La plateforme TOSA, qui garantit des questions différentes pour chaque candidat et l'absence de communication entre les ordinateurs, pourrait nous être utile en ce sens".

Valoriser les compétences des élèves auprès des employeurs

De son côté, l'INSEEC a franchi le pas de la certification : depuis un an, l'école de commerce soumet ses élèves à un test sur Excel en fin de la première année. "Les entreprises nous demandent de plus en plus d'insister sur les compétences informatiques, observe Julien Depauw, directeur des études et de l'innovation du campus de Paris. L'établissement utilisait jusque là le C2I (certificat informatique et Internet) mais souhaitait "aller plus loin".

"Avec le TOSA, nous voulons permettre à nos élèves de justifier d'un niveau intéressant et d'avoir ainsi une valeur ajoutée sur leur cv dès leurs premiers stages. Indispensable en contrôle de gestion, l'utilisation d'un tableur sert aussi beaucoup en marketing ou en ressources humaines", affirme Julien Depauw.

Nous voulons permettre à nos élèves d'avoir une valeur ajoutée sur leur cv dès leurs premiers stages (J. Depauw)


Néanmoins, il est, d'après lui, encore un peu tôt pour avoir un véritable retour des entreprises. L'INSEEC attend d'avoir testé la plateforme pendant deux ou trois ans. D'ici là, la société Isograd espère avoir convaincu une centaine d'écoles en France, mais surtout déployé ses tests dans d'autres pays, à commencer par les Etats-Unis. Car, affirme Matthieu Lattes, "c'est le monde anglo-saxon qui crée les tendances".

 

Pour en savoir plus sur le lancement du TOSA par la société Isograd, lire l'interview de Matthieu Lattes sur le blog de Gilbert Azoulay : "Un TOEIC pour le numérique".

Et pour aller plus loin dans la réflexion sur les certificats, lire le billet de Jean-François Fiorina : "Diplôme + Certificats, un tandem gagnant".

Sophie Blitman | Publié le