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Exclusif – La féminisation des métiers d’ingénieur régresse

Sylvie Lecherbonnier
Publié le
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Une élève de l'ENSTA
Une élève de l'ENSTA
Malgré des actions de promotion des formations scientifiques auprès des jeunes filles et les politiques de diversité instaurées dans certaines grandes entreprises, la féminisation des métiers d’ingénieur régresse. Un constat amer révélé par l’étude « Mutationnelles 2010 », dont l’Etudiant vous livre les résultats en exclusivité.

La féminisation des métiers d’ingénieur recule pour la première fois depuis vingt ans, selon l’étude « Mutationnelles 2010 », dont l’Etudiant vous révèle les principales conclusions en exclusivité. Véritable portrait des femmes ingénieurs en France, cette étude a été conduite pour la seconde année consécutive par le cabinet Global Contact et financée par le groupe Orange. On comptait 118.740 femmes ingénieurs en 2008 et 117.400 en 2009. Cette baisse touche tous les âges : – 0,1 % chez les débutantes, – 1,1 % chez les moins de 30 ans, entre autres. Les femmes représentent 16,72 % de l’ensemble des ingénieurs en 2009, contre 17,7 % en 2007.

Claudine Schmuck, directrice associée du cabinet Global Contact et auteur de l’étude, décrit le phénomène de « leaky pipeline » (tuyau percé) qui aboutit à cette désaffection : « On dénombre 40 % de filles dans la voie scientifique au lycée. Seules 20 % d’entre elles s’orientent vers des formations scientifiques supérieures et 17 % exercent ensuite un métier d’ingénieur ou de scientifique. Une déperdition qui se retrouve au fil de la carrière où des femmes font le choix de quitter leurs carrières scientifiques car elles jugent le sacrifice à leur vie personnelle trop élevé. » Pour l’auteur de l’étude, « il est essentiel que les entreprises se saisissent de ces questions et proposent des mesures structurantes. À défaut, les femmes estiment n'avoir pas le temps ou le droit de penser à leurs carrières. »

Un tiers des entreprises engagées en faveur de la diversité

L’étude « Mutationnelles 2010 » note des évolutions. 34 % des organisations qui emploient des ingénieurs mènent aujourd’hui des actions en faveur de la diversité. Au premier chef, les grandes entreprises. Pour preuve, en 2009, 43 % des recrutements de femmes ingénieurs ont été effectués dans des entreprises de plus de 2.000 salariés.

Un quart des entreprises adoptent des mesures pour garantir une souplesse entre vie privée et vie professionnelle (souplesse des horaires, accompagnement du congé maternité) ou pour faciliter la gestion de carrière (évolution des critères de recrutement ou d’évaluation interne). Résultat : 12,6 % des femmes déclarent bénéficier de dispositifs permettant une plus grande souplesse entre vie professionnelle et vie privée.

Au sein même de l’entreprise, un consensus se dégage sur la nécessité d’instaurer un management paritaire. Sept ingénieurs sur dix pensent désormais que la mixité est importante. « Une bonne nouvelle dans un milieu réputé machiste, commente Claudine Schmuck. Des études prouvent que les équipes paritaires sont plus performantes et plus créatives. »

Plus de filles en formation dans le BTP ou la mécanique

Autre changement dans les formations d’ingénieurs : depuis 2007, les jeunes femmes ont investi des filières fortement « masculines ». Avec + 28 % d’inscriptions, la filière généraliste a la cote chez les jeunes femmes. Une formation qui leur permet de reporter le choix de la spécialisation en fonction des opportunités d’emploi. Autres évolutions : on compte + 17 % de filles inscrites dans les filières génie civil et BTP, + 14 % en électronique et automatique et + 15 % en mécanique et productique.

Claudine Schmuck y voit les résultats des actions de communication lancées par les branches professionnelles dans l’industrie ou le BTP. Ces secteurs comptent la plus forte proportion d’organisations engagées en faveur de la diversité. « L’attrait pour les métiers de l’environnement pèse aussi dans ces choix de filières », ajoute l’auteur de l’étude.

Une évolution qui ne touche pas tous les secteurs dits « masculins ». La filière STIC (sciences et technologies de l’information et de la communication) continue de voir ses effectifs de filles baisser (– 11 % en deux ans).


Pour aller plus loin

• Retrouvez une synthèse des principaux résultats de l’étude « Mutationnelles 2010 » sur letudiant.fr .
• Consultez l’intégralité de l’étude.
• Lisez l’interview de la DRH adjointe du groupe Orange, Brigitte Dumont, et du directeur de la diversité, Laurent Depond .



Sensationnelles 2011

L’opération « Sensationnelles 2011 » aura lieu courant 2011 dans quelques rectorats pilotes pour promouvoir les filières scientifiques, en particulier auprès des jeunes filles. Elle prendra la forme d’un concours autour des métiers scientifiques et d’une rencontre avec des femmes ingénieurs. Cette initiative, dont une première édition a eu lieu en 2010 , reçoit le soutien du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, d’Orange et du Syntec.


Sylvie Lecherbonnier | Publié le

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