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Fin du concours d'entrée en première année à Sciences po

Éléonore de Vaumas
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Les étudiants se pressent devant l'adresse emblématique de Sciences po, rue Saint-Guillaume à Paris.
Le concours d'entrée de l'école de la rue Saint-Guillaume est voué à disparaître à l'horizon 2021-2022. // ©  Natacha Lefauconnier
En lien avec la réforme du baccalauréat et son intégration sur Parcoursup, Sciences po entame une refondation de son accès en première année. La réforme, adoptée lors du conseil de l’institut à 27 voix pour, 1 voix contre et 3 abstentions, sera effective en 2021 en même temps que l’ouverture du nouveau campus parisien.

C’est une petite révolution qui se joue actuellement rue Saint-Guillaume à Paris. Ce mardi 25 juin 2019, la direction de Sciences po annonce une grande réforme de sa procédure d’admission en première année et la fin du concours d’admissibilité à compter de la promotion 2021–2022. "Cette réforme doit nous conduire à modifier notre procédure d’admission de manière à ce qu’elle soit considérablement simplifiée, plus efficace et plus équitable qu’actuellement. Tout ce que nous observons de notre société, nous conduit à nous reposer la question des modèles méritocratiques qui sont à l’œuvre actuellement. La question ‘De quels talents notre pays aura-t-il besoin ?’ a guidé le travail que nous avons mené depuis un an au sein du groupe de travail réunissant enseignants, chercheurs et responsables pédagogiques », explique Frédéric Mion, directeur de l’établissement.

Une procédure d'admission à l'anglo-saxonne

De trois voies d’admission actuellement (concours post-bac, étudiants internationaux, CEP), tous les candidats à l’entrée de Sciences po devront d’ici deux ans se plier à la même procédure d’admission, calquée sur le modèle anglo-saxon, à savoir une évaluation « quantitative » du contrôle continu au lycée sur trois ans et de la moyenne des épreuves écrites au baccalauréat, et une évaluation « qualitative » sur la base d’un écrit personnel de l’étudiant. Enfin, pour tous les candidats, la procédure sera complétée d’un entretien oral, avec la possibilité de le faire à distance pour offrir les meilleures conditions aux candidats.

Avec cette réforme, nous renouons avec l'esprit de Sciences po qui prône la reconnaissance de qualités de relation au monde, l'esprit critique, l'engagement civique.
(B. Durand)

« Avec cette réforme, nous renouons avec l’esprit de Sciences po qui depuis son origine prône la reconnaissance de qualités de relation au monde, l’esprit critique, l’engagement civique, le sens du service ou encore la curiosité. L’épreuve écrite telle qu’elle existe aujourd’hui n’est plus un garant de la méritocratie, et elle est tout à fait inutile au regard des parcours qu’elle sanctionne », juge Bénédicte Durand, directrice des études et de la scolarité.

Une procédure d’admission qui sera d’autant plus facilitée par l’intégration dès 2020 de Sciences po sur la plate-forme Parcoursup. Un changement dont se félicite la direction de l’institut politique, coupant court à toutes les rumeurs de report d’intégration : « La voie ‘Sciences po’ figurera aux côtés de l’ensemble des autres parcours de l’enseignement supérieur, sélectifs ou non. Cette intégration aidera notamment à lutter contre l’auto-censure, consciente ou non, de certains lycéens et les invitera à pousser les portes de l’établissement », indique la direction dans son communiqué.

Ouverture sociale et transparence

Pionnière en matière d’ouverture sociale, l’institution veut également renforcer son dispositif CEP (Conventions éducation prioritaire) en augmentant la place des étudiants boursiers recrutés par cette voie à 15 %, au lieu de 10 %, de façon à atteindre a minima 30 % de boursiers sur l’ensemble de la promotion. Dans les prochaines années, le nombre d’établissements partenaires devrait aussi passer de 106 à plus de 200 sur toute la France. L’enjeu, aller chercher des jeunes dans des territoires qui, aujourd’hui, sont trop peu représentés auprès des IEP, notamment dans les Hauts-de-France ou le sud de la France. "Le cahier des charges de ce nouveau parcours dans le lycée sera un parcours d’excellence. Nous laisserons les équipes des lycées décider pour elles-mêmes comment elles accompagnent les lycéens pour construire ces parcours", précise la directrice des études.

Avec la nouvelle de l'abandon de son concours sélectif, Sciences po confirme son souhait de s'éloigner des modes traditionnels de recrutement des grandes écoles. Reste toutefois des inconnues, notamment sur les éléments de pondération des différents "blocs" d'une candidature, même si la direction de l'école a promis d'"être beaucoup plus exigeante dans la transparence".


Éléonore de Vaumas | Publié le

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Nuttin.

Bonne idée, demandons à l ENA, X et centrale de recruter sur dossier scolaire, ce sera une catastrophe tellement les petits génies peuvent péter un câble et devenir des kassos. Si tu ne crées pas une durée dans la volonté de travailler pour un but, tu n es pas investi donc tu ne t impliques pas. Je pense qu il est temps de mettre fin aux fonctions du directeur de sciences po . Je suis prêt.

nuttin (promotion 1984).

Je trouve ces modifications complètement démagogiques et anti démocratiques. Pourquoi? on privilégie les dossiers scolaires donc les grands lycées parisiens qui vont reproduire leurs élites de classe. On se donne bonne conscience en créant une filière d'assimilation dans les zones défavorisées. Mais la grande masse des candidats qui étaient motivés pour rentrer à sciences po et qui venaient de la province de lycées pas forcément de qualité pouvaient réussir à y entrer par leur travail et leur preparation personnels. Maintenant c'est fini, vous êtes condamnés à rester à votre place dans votre province. Jamais je n'aurais été admis à sciences po avec mon dossier scolaire. J'ai été admis en 81, diplome en 84 et même admissible à l'ENA en 85 simplement parce qu'un concours redonne ses chances à tous.

Sirius.

La démonstration que SciencesPo n'est pas une grande école est faite par l'absence de réaction à l'annonce de la suppression du concours d'entrée. Dans n'importe quelle grande école, une telle annonce aurait déchaîné des réactions. A ScPo, côté élèves, rien, côté alumni : la seule actualité est la garden party annuelle.

parent de boursiers.

ENFIN!!de la mixité sociale chez nos élites car la pratique du pouvoir politique,économique ou social diffère selon le vécu de chacun et si l'entre soi est sécurisant il fini par rendre c..

Sirius.

La question posée en conclusion vise le sensationnalisme, mais elle n'a pas de sens. L'abandon du concours par SciencesPo ne risque pas de "sonner le glas de tout un modèle fondé sur l'accès aux formations sélectives par concours ", pour la bonne raison que SciencesPo n'est pas et n'a jamais été représentatif des grandes écoles. La question serait pertinente si l'X ou HEC annonçaient mettre fin à leur concours, qui sont beaucoup plus sélectifs et rigoureux que ne l'a jamais été celui de SciencesPo. Il aurait été plus judicieux de souligner les vrais problèmes posés par cette réforme : l'instauration d'un quota sur base sociale, l'absence totale de transparence de la procédure annoncée. ScPo va faire sa petite cuisine pour optimiser le modèle économique inventé par Richard Descoings : une minorité de boursiers pour l'image "sociale" et une majorité de CSP+ pour remplir les caisses.