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Fonds de roulement : l'État cherche de nouvelles écoles d'ingénieurs à ponctionner

Céline Authemayou
Publié le
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Centrale Lyon - ©ECL
L'École centrale de Lyon fait partie des écoles d'ingénieurs concernées // © ECL

Le ministère n'a pas encore trouvé les écoles d'ingénieurs sur lesquelles ponctionner une partie des 100 millions d'euros qui lui manquent pour boucler son budget... 2015. Résultat : il a lancé un nouvel audit. Les établissements visés attendent le verdict.

"C'est hallucinant", résume, crispé, un directeur d'école d'ingénieurs. Son établissement, comme une vingtaine d'autres, vient tout juste de répondre à une nouvelle enquête émanant du ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, portée par l'IGAENR (Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche). Le but de cet audit : analyser avec précision l'état de leurs fonds de roulement.

"La demande a été faite dans l'urgence, nous avons eu seulement quelques jours pour y répondre", poursuit-il. Les données devaient être rendues vendredi 10 avril. Parmi les établissements concernés figurent l'UTC (université de technologie de Compiègne), l'ENI de Metz, Centrale Lyon ou encore l'ENI de Brest. "Cet épisode a au moins le mérite de montrer que nos équipes de direction sont efficaces, ironise Romuald Boné, à la tête de l'école brestoise. Si nous avions demandé au ministère de réagir dans les mêmes délais, on nous aurait répondu que cela n'est pas très sérieux..."

"faire tourner le camion dans la cour"

Outre cette précipitation, c'est aussi et surtout la finalité de cette opération qui a du mal à passer auprès des établissements. En effet, le ministère est toujours à la recherche d'écoles susceptibles d'être ponctionnées.

Après un audit de l'IGAENR mené fin mars, six établissements (Bordeaux INP, Arts et Métiers ParisTech, Centrale Lille, Centrale Nantes, INP Toulouse, Insa Toulouse) qui disposaient, selon les premières analyses du ministère, de fonds de roulement prélevables conséquents se sont finalement retrouvés avec un solde négatif car les sommes sont déjà mobilisées sur des projets. Un résultat qui a poussé le ministère a analyser de façon plus détaillée le budget d'autres écoles, pour trouver où piocher une partie des 100 millions d'euros visés.

"J'ai rempli les tableaux demandés", sourit Frank Debouck, directeur de l'École centrale de Lyon. Si son école apparaissait bien dans la liste originelle des structures concernées par la ponction, il n'avait pas encore été sollicité pour fournir des informations financières à sa tutelle. "Cette stratégie autour des fonds de roulement est incompréhensible, regrette le directeur lyonnais. Le risque est de créer un comportement étrange au sein des écoles pour les dix prochaines années, qui consistera à faire tourner le camion dans la cour." À quoi bon faire des économies si le ministère peut venir à tout moment piocher dans la cagnotte ?

Le moral des troupes faiblit

Arrivé en août 2014 à la tête de l'ENI de Brest, Romuald Boné décrit une méthode "maladroite", consistant à faire l'enquête après avoir procédé aux annonces. "Lorsque la liste de la vingtaine d'écoles concernées a été communiquée, il y a plusieurs semaines, j'ai demandé des informations complémentaires au rectorat. Ce dernier n'en avait pas..." Et le directeur de clamer haut et fort que chaque situation est différente.

"Lorsque j'ai rejoint l'école, j'ai proposé au conseil d'administration une nouvelle stratégie. Elle reposait sur une utilisation du fonds de roulement plus forte que celle de mon prédécesseur. Or, quand le ministère voit les chiffres de 2013 ou de 2014, il lit la stratégie de mon prédécesseur... Les décisions prises par la tutelle dans les prochaines semaines pourraient remettre en cause toute la stratégie de développement de l'école."

La vingtaine d'établissements contactés par l'Inspection n'a pour le moment aucune information quant à la suite donnée à cette enquête. Une incertitude qui commence à peser lourdement sur le moral des troupes. Le Cneser (Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche) du 27 avril, dédié à la répartition des dotations, devrait y mettre fin. Mais à quel prix ?

Moins de dix universités concernées par les fonds de roulement
Huit ou neuf universités seront visées par le prélèvement sur les fonds de roulement qui plane depuis plusieurs semaines sur les budgets des établissements d'enseignement supérieur. Le rapport des inspections sur ces bas de laine a été remis aux cabinets ministériels début avril 2015, tandis que les annonces officielles sur le budget des facs et des écoles d'ingénieurs interviendront fin avril.

Céline Authemayou | Publié le

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Lecteur.

On ramasse l'argent qui reste à la fin de l'année et on fait tourner le camion dans la cour tout novembre : n'est-ce pas ce que vivent toutes les équipes de recherche et les départements d'enseignement ?