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Formation à la pédagogie : les bonnes pratiques des universités

Morgane Taquet
Publié le
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Université de Strasbourg - Atelier de formation à l'Idip - octobre 2014
À Strasbourg, l'Idip a pu être créé grâce à des financements Idex. // ©  Sophie Blitman
À la rentrée 2018, les nouveaux maîtres de conférences seront formés à la pédagogie. Qu’ont déjà mis en place les universités pour leurs nouveaux enseignants ? Revue de bonnes pratiques à Clermont, Strasbourg, Sorbonne-Paris-Cité et Perpignan.

Publié en mai 2017, le décret relatif à la formation des maîtres de conférences a instauré une obligation d'accompagnement des nouveaux maîtres de conférences à la rentrée 2018. Ces derniers seront toujours nommés stagiaires pour un an, mais au cours de cette période, ils bénéficieront d'une “formation visant l'approfondissement des compétences pédagogiques nécessaire à l'exercice du métier”, sous la forme d'une décharge de 32 heures durant la première année d'exercice. Mais certaines universités n'ont pas attendu le décret et l'arrêté publiés début février 2018 pour former les nouveaux entrants à la pédagogie.

À l'université Clermont-Auvergne, un accompagnement individualisé

À l'université Clermont-Auvergne, c'est le pôle Ippa (Ingénierie pédagogique & production audiovisuelle) qui se charge de la formation à la pédagogie, service issu de la fusion des universités Blaise-Pascal et Auvergne, ainsi que de leurs services Tice. Dix personnes animent ce pôle, des conseillers et ingénieurs pédagogiques, ainsi qu'une équipe pour la production audiovisuelle et l'enseignement à distance.

L'université a fait le choix de proposer une année d’expérimentation dès 2017–2018, en amont du décret. "Le texte étant déjà en préparation, nous avons eu l'idée d'amorcer un premier accompagnement pédagogique avec cette année test, pour le proposer ensuite aux nouveaux maître de conférences", déclare Sophie Serindat, conseillère pédagogique à l'Ippa. Avec une philosophie : "Traiter ces personnels de manière individuelle et appropriée en fonction de leurs expériences antérieures."

Notre philosophie : traiter ces personnels de manière individuelle et appropriée en fonction de leurs expériences antérieures. (S. Serindat)

Depuis la rentrée, 12 nouveaux maîtres de conférences suivent le programme. "Cette expérimentation a consisté en une décharge de 32 heures, soit 9 heures d'accompagnement et 23 heures de formation", détaille Audrey Keraval, ingénieure pédagogique. Le dispositif se compose de trois rendez-vous individuels dans l'année, "avec un seul et même conseiller pédagogique".

"Le premier rendez-vous définit trois ou quatre objectifs de transformation de son enseignement, tels que 'Comment faire participer davantage mes étudiants, comment interagir en amphi, comment organiser du travail de groupe", rapporte Sophie Serindat. "Dans un second temps, les enseignants font des choix. Soit dans le catalogue de formations de l'université, soit de modules du DU 'Enseigner dans le supérieur', soit le Mooc 'Se former pour enseigner dans le supérieur', ou encore les Journées de la pédagogie universitaire", ajoute Audrey Keraval.

"Le deuxième rendez-vous intermédiaire, en mars, doit servir de bilan de mi-parcours. À ce stade de l'expérimentation, ils sont globalement bien entrés dans le vif du sujet, et ont atteint leurs objectifs", assure Sophie Serindat. Un troisième rendez-vous individuel concluera le cycle, avant une restitution collective des innovations pédagogiques.

Comment les stagiaires se sentent-ils, à mi-chemin ? "Enthousiastes et motivés", selon Sophie Serindat. Seule observation en termes de charge de travail : les maîtres de conférences voudraient faire débuter les rendez-vous dès la rentrée, dès la première quinzaine de septembre, afin de coller au maximum à leur calendrier de cours.

À l'université de Strasbourg, un diplôme universitaire

À Strasbourg, la formation à la pédagogie est assurée par l'Idip (Institut de développement et d’innovation pédagogiques), le service intrauniversitaire de pédagogie universitaire, créé en 2013 grâce à des financements Idex. "En 2016–2017, le service, qui compte 13 personnes, a formé 230 enseignants-chercheurs", indique Sophie Kennel, directrice de l'Idip.

Comme à Clermont, à la rentrée 2017, l'université strasbourgoise a testé la possibilité d'une décharge de 32 heures, comme prévu par le décret. Sur l'année 2017–2018, 32 nouveaux MCF ont été nommés à l'université de Strasbourg, 13 ont bénéficié de la décharge de 32 heures et 16 ont participé aux cycles de formation. Ces enseignants choisissent parmi un catalogue de 25 ateliers fondamentaux répartis sur six cycles, et doivent proposer une nouvelle pratique pédagogique, "dans l'idée de l'appliquer directement en classe".

Pour les enseignants-chercheurs, cela permet de concilier les deux facettes enseignement et recherche en ayant une position réflexive sur sa pédagogie.
(S. Kennel)

Autre expérimentation cette année qui pourra être ouverte aux nouveaux entrants : le DU de pédagogie dans l'enseignement supérieur de 200 heures, qui s'adresse à toute personne assurant une charge d'enseignement novices et/ou expérimentées. Il comporte la participation aux ateliers de l'Idip sur 36 heures, l'élaboration d'un portfolio réflexif, celle d'un projet pédagogique de transformation ou d'innovation pédagogique (100 heures), sans oublier la participation à une conférence de synthèse.

Cette première promotion a vu 14 enseignants-chercheurs de toutes disciplines y participer. "Nous avons pris appui sur le SoTL (Scholarship of Teaching and Learning), afin de mettre en œuvre une démarche scientifique sur sa pédagogie. Pour les enseignants-chercheurs, cela permet de concilier les deux facettes enseignement et recherche en ayant une position réflexive sur sa pédagogie. Concrètement, nous documentons tout, et tous les enseignants doivent écrire un article sur leur projet pédagogique, qui donnera lieu à une publication dans une revue interne, ou mieux, dans des revues scientifiques", espère Sophie Kennel.

À l'USPC, le certificat de pédagogie

Créé en 2014, Sapiens est le service d'accompagnement aux pédagogies innovantes de la Comue USPC (Université Sorbonne-Paris-Cité). Depuis sa création, il y a quatre ans, Sapiens a connu une montée en puissance, et formé plus de 1.300 enseignants, au rythme d'une quarantaine d’entre eux formés par semaine et de 180 heures de formation par an.

À la rentrée 2017, Sapiens a testé auprès de 15 enseignants-chercheurs le certificat de pédagogie Sapiens-USPC. "Ce certificat peut se dérouler sur une ou deux années et sera proposé aux établissements pour leurs nouveaux enseignants-chercheurs", pointe Antoinette Bouziane, directrice du service.

Notre souhait étant que ces enseignants deviennent ensuite des pairs accompagnants pour les nouveaux enseignants-chercheurs.
(A. Bouziane)

Il consiste en une trentaine d'heures de modules obligatoires de questionnement de la pratique pédagogique comme : "questionner mes pratiques réflexives", "définir mes objectifs pédagogiques, scénariser mon enseignement, rédiger mon syllabus, motiver mes étudiants, etc.". En parallèle, les enseignants doivent conduire leur projet de transformation pédagogique et peuvent être accompagnés par un conseiller. Une fois le cours mis en place, les équipes de Sapiens viennent observer le cours transformé. Enrichie de l’auto-analyse de l'enseignant, un article présentant l’expérience est rédigé.

"Chaque établissement aura le choix de le proposer ou non aux nouveaux maîtres de conférences, précise la directrice. Notre souhait étant que ces enseignants deviennent ensuite des pairs accompagnants pour les nouveaux enseignants-chercheurs." Pour les maîtres de conférences ayant déjà un bon bagage pédagogique derrière eux, "il s’agira plutôt d’un perfectionnement, par exemple en proposant une grille d'autoévaluation pour débuter, plutôt que des formations à la carte", renchérit Antoinette Bouziane. Pour les nouveaux entrants, "le learningScape d'USPC pourra également être joué dans la phase de sensibilisation", complète-t-elle. Pour l’instant, Paris-Descartes se montre intéressée.

À l'université de Perpignan, le Cepi vise les enseignants expérimentés
Les nouveaux enseignants-chercheurs ne sont pas les seuls à pouvoir se former. Lauréate du prix Peps (Passion enseignement et pédagogie dans le supérieur) 2016, Perpignan propose depuis quatre ans le Cepi (Contrat enseignant pédagogie innovante), dans le cadre de son projet d'établissement 2014–2020. Ce contrat s'adresse aux enseignants-chercheurs expérimentés "qui souhaitent réfléchir sur leur pratique pédagogique et impulser un changement", indique Anne Lacroix, vice présidente chargée de formation de l'établissement.

Se former demande du temps. Le Cepi consiste donc en une décharge de 96 heures sur le service statutaire annuel pour dix enseignants-chercheur de tous statuts et toutes disciplines sélectionnés après un appel à candidatures. Ce contrat les engage à créer un enseignement innovant d'une trentaine d'heures.
À la rentrée 2018, un centre d'appui à la pédagogie verra le jour à Perpignan. "Il coordonnera l'ensemble des activités de pédagogies innovantes ouvertes à tous (conférences et ateliers, formations internes, des communautés de pratiques, etc.), en lien avec le service de formation des personnels, et proposera en plus un conseil personnalisé aux collègues qui en feront la demande", énumère Anne Lacroix.

Début février, EducPros vous a fait voter sur les sujets que vous aimeriez voir traités sur le site. La formation à la pédagogie des enseignants-chercheurs est celui qui a recueilli le plus de voix.


Morgane Taquet | Publié le

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Jérôme.

J'anime des formations de formateurs pour de nombreux publics. Je suis atterré de "l'incompétence pédagogique" de la plupart des enseignants-chercheurs et des universitaires. Ils croient qu'il suffit de maitriser le contenu et de le présenter en amphis pour être des bons pédagogues. Être formateur est un métier à part entière, il ne suffit pas d'avoir été un bon élève pour savoir enseigner ... Quand on regarde les autre pays, ça fait bien longtemps qu'ils ne pratiquent plus le gavage des élèves, qui reste une grande pratique dans les études supérieures.

LéaSeg.

je l'ai vécu 8 ans durant au sein d'une formation en cycle master en alternance : les étudiants suivis en entreprise par les maitres de conf. et professeurs d'université ne comprenaient souvent rien à leurs attentes et/ou leur suivi pédagogique, inadapté, verbeux ou inexistant, décorrélé de la vraie vie en entreprise. Ces titulaires se ruent habituellement sur ces suivis car c'est très bien rémunéré, parcontre, je devais recadrer une majorité de problématiques en off, sinon mes étudiants "allaient dans le mur". Il va sans dire, qu'en tant que professeur associé dans le domaine d'expertise du master, et non titulaire, je ne recevais en retour que crispations et mépris pour tout remerciement. Fêtée par mes étudiants, et méprisée voire haie par mes collègues. Qu'on ne me parle pas du "vivre ensemble" lorsque qu'à ce niveau d'éducation, dans un lieu où le seul objectif commun devrait être de porter plus haut nos apprentis, les enseignants titulaires s'auto définissent par leur statut et n'adressent la parole qu'à leurs "pairs". Les très rares personnes ouvertes, bienveillantes et professionnelles sont tout simplement broyées par le système et leur avancement pourtant mérité, gelé.

RING Laurence.

Bonjour, Au contraire : avoir assisté à un seul cours magistral en Sorbonne vous dégoûte à vie d'apprendre quoi que ce soit, les rares enseignants qui réfléchissent pédagogie arrivent d'autres universités où la démarche est déjà lancée. Il n'est pas question de remettre en cause l'expertise des enseignants, mais les inciter à revoir leurs pratiques qui datent d'il y a 35 ans pour certains, càd : ils répètent mot pour mot, avec les mêmes exemples et les mêmes blagues, ce qu'ils ont dit la première année où ils ont enseigné !!!!! A part ça, ce sont des sommités dans leur spécialité, mais ce n'est pas ça qui fait un bon enseignant ......

Laurent.

Attention, méfiance. Les "pédagogistes" ont déjà fait d'immenses dégâts dans le secondaire depuis 30 ans - on commence maintenant à en voir les effets grâce aux classements internationaux dans lesquels la France s'effondre - ; maintenant que les masques sont tombés (dans le secondaire), ils tentent désormais de trouver un autre terrain d'action pour se recycler : former les universitaires.