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Formation des enseignants : le concours de recrutement placé en M2 ?

Aude Lorriaux
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Étudiants admissibles admissibles aux concours enseignants du 2nd degré des ESPE de l'Académie de Toulouse.
Cinq académies ont mis en place une formation en alternance en première année de master MEEF. // ©  ©Lydie LECARPENTIER/REA
Mercredi 23 janvier 2019, à l’Assemblée nationale, le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a relancé l'idée du passage du concours pour devenir enseignant en M2, déclenchant l’ire des syndicats.

C’est une petite phrase qui rebat les cartes d’un sujet maintes fois débattu : "La vocation normale c’est que le concours [de recrutement des professeurs de collège et lycée] se passe en M2", a déclaré le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, mercredi 23 janvier 2019.

Lâchée à la fin des débats à l’Assemblée nationale sur le projet de loi "Pour une école de la confiance", devant la commission des affaires culturelles, la petite phrase est cependant assortie de nuances.

"Je serai amené à être un peu plus précis dans les débats que nous allons avoir, je voudrais affiner certains points avec les organisations syndicales", a ajouté Jean-Michel Blanquer. Voilà qui donne l’impression d’un débat déjà tranché, avant même que les concertations sur le sujet n'aient commencé.

Un concours en milieu ou en fin de master ?

Aujourd’hui, les étudiants voulant enseigner au collège ou au lycée passent le concours en fin de M1. S’ils sont admis, ils doivent effectuer leur année de stage en même temps que leur M2.

Conséquence du système actuel, sur laquelle s’accordent à peu près la Rue de Grenelle et les syndicats, c’est que les apprentis enseignants sont surchargés en M2.

Lire aussi : Une année à l'Espé : "les enseignants-chercheurs veulent tout, tout de suite !"

Autre problème : avoir un concours en fin de M1 "coupe" le master en deux. Mais vaut-il mieux le placer en fin de licence ou en fin de master ?

L'autre option étudiée serait de découpler admission et admissibilité, avec des épreuves écrites en fin de M1 et des épreuves orales en M2. Un rapport sur le sujet, de Monique Ronzeau, ex-IGAENR (inspectrice générale de l'administration de l'Éducation nationale), et Bernard Saint-Girons, ancien recteur de l’académie de Créteil, a été remis à Jean-Michel Blanquer, mais il n’a pas ecore été rendu public.

Un pavé dans la mare

Alors que le débat est encore loin d’être tranché pour les syndicats, l’annonce ministérielle a jeté un froid. "C’est une affirmation purement gratuite. Cela ne repose sur rien de concerté", fustige Karine Lamoureux, du SE-Unsa.

"Nous sommes surpris sur la façon de procéder. C’est une manière de procéder qui nie toute négociation", affirme Laurent Alexandre, secrétaire fédéral du Sgen-CFDT, qui regrette une "lecture très pyramidale et verticale".

Une annonce d’autant plus surprenante qu’elle intervient en plein milieu de discussions sur des textes reposant sur l’architecture actuelle.

Lire aussi : Réforme de la formation des enseignants : le ministère donne la priorité au terrain

Une remise en cause de la place du concours viendrait anéantir le travail effectué, regrettent plusieurs représentants d'organisations syndicales, dont Jean-Rémi Girard, président du Snalc-FGAF.

"Nous planchons actuellement sur le dossier de la formation initiale. On peut se demander si notre travail sert à quelque chose, et s’il faudra le recommencer…" pointe-t-il.

Furieux, le Sgen a demandé de retirer des arrêtés liés à la formation de l’ordre du jour d’un comité technique du 30 janvier 2019 ; ce qui a été accepté par le ministère.

"Il n’est pas envisageable de voter des textes ne tenant pas compte de ce qui vient d'être annoncé : tout a été écrit avec un concours en fin de M1", s’emporte Laurent Alexandre.

Des économies sur le dos des enseignants-stagiaires ?

Sur le fond, les SE-Unsa et Snalc ne sont pas opposés au placement du concours en fin de M2.

Ils mettent néanmoins en garde sur la perte de salaire potentielle que cela pourrait représenter pour les élèves, si l’année de stage rémunérée comme un plein temps de professeur était repoussée d’un an.

Autre risque : l'assèchement du vivier des candidats pourrait s'accentuer, "notamment parmi les catégories défavorisées", alerte Jean-Rémy Girard.

Le ministère chercherait-il par là à faire des économies ? C’est une hypothèse que n’exclut pas Philippe Watrelot, professeur en sciences économiques et sociales et en Espé (École supérieure du professorat et de l'éducation), et blogueur.

"Les stagiaires payés à temps plein pour se former la moitié du temps, cela représente 25.000 postes", glisse-t-il.

Karine Lamoureux estime que changer la place du concours sans en changer le contenu n’a pas grand sens : "En déplaçant la place du concours, on risque de perdre tout le monde. Il faut d’abord en changer le contenu en l'adaptant à une formation professionnalisante."

Les conditions du Sgen-CFDT

Quant au SGEN-CFDT, il a toujours demandé à que le concours soit placé en fin de M2, pour aligner la formation sur le système LMD (licence, master, doctorat) et "l’universitariser".

Mais à deux conditions : que les épreuves soient suffisamment professionnalisantes "pour que les deux années de master ne soient pas des années de bachotage, mais des années de formation", précise Laurent Alexandre.

Et ensuite, que tout soit mis en œuvre "pour garantir deux années de formation en alternance", c’est-à-dire pour offrir une garantie de salaire en formation dès l’année de M1.

Actuellement, cinq académies (Guyane, Créteil, Versailles, Amiens, Reims) ont mis en place une formation en alternance en première année de master, qui représente un tiers temps de service, payé mi-temps. Est-ce vers ce modèle-là que le ministre se dirige ? Impossible de le dire actuellement.


Aude Lorriaux | Publié le

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