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Formation des enseignants : des étudiants en tiers-temps dès la L2

Erwin Canard
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Les missions des étudiants prérecrutés évolueraient chaque année entre la L2 et le M1.
Les missions des étudiants prérecrutés évolueraient chaque année entre la L2 et le M1. // ©  erwin canard
Dans le cadre de la réforme de la formation des enseignants actuellement en discussion, les ministères de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur et de la Recherche envisagent la mise en place d'un prérecrutement des enseignants dès la L2. Un document qu'EducPros s'est procuré précise les grandes lignes de ce projet.

Semaine après semaine, la réforme de la formation des enseignants se dévoile, petit à petit. Après avoir présenté aux organisations syndicales des changements dans la gouvernance des Espé, de nouvelles maquettes, un projet d'arrêté relatif aux masters MEEF ainsi qu'un référentiel de formation, le prérecrutement est à son tour mis en avant. Ce 8 novembre, le ministère de l'Éducation nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative a dévoilé aux syndicats ce projet, une mesure chère à Jean-Michel Blanquer.

3.000 professeurs prérecrutés par an

Cette présentation par petites touches des différents points de la réforme – la question de la place du concours est toujours suspendue à la publication du rapport Ronzeau-Saint-Girons, repoussée à de nombreuses reprises – n'est pas sans déplaire aux organisations professionnelles, pour lesquelles il paraît compliqué de ne pas penser la réforme dans son ensemble. Nonobstant, le ministère a persisté dans cette voie avec, dernièrement, la mise en avant de son projet de prérecrutement.

L'idée, présentée dans un document confidentiel qu'EducPros s'est procuré, est celle-ci : permettre à des étudiants qui souhaitent s'orienter vers l'enseignement de s'y préparer dès la deuxième année de licence et attirer de nouveaux étudiants – boursiers, notamment – qui n'auraient pas, sans cela, poursuivi dans cette voie.

Ces enseignants "prérecrutés" suivraient un cycle qui conjuguerait formation universitaire et formation pratique en établissement scolaire.

Actuellement, les EAP (étudiants apprentis professeurs) ont cette fonction mais cela ne concerne que 400 étudiants environ. Une fois la mesure en place, probablement dès la rentrée 2019 pour les L2, le ministère souhaite "prérecruter" 3.000 enseignants par an.

Le dispositif des AED (assistants d'éducation) serait aménagé afin de créer un parcours de trois ans, de la L2 au M1, leur permettant d'exercer des missions d'enseignements. En effet, ces enseignants "prérecrutés" sous le statut d'AED, suivraient un cycle qui conjuguerait formation universitaire et formation pratique en établissement scolaire.

Un tiers-temps en établissement de la L2 au M1

Un des points de tension de la mesure réside justement dans la présence et les missions de ces étudiants dans les écoles, collèges ou lycées. Le ministère souhaite qu'ils exercent, dès la L2 et durant les trois années, en tiers-temps en établissement scolaire. Leurs missions évolueraient selon les années. En L2, il s'agirait essentiellement d'observation et de co-intervention.

Dès la L3, les étudiants qui s'orienteraient vers l'enseignement dans le second degré pourraient, par exemple, être amenés à enseigner dans le cadre des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) ou de l'accompagnement personnalisé. Dans le premier degré, ils pourraient prendre en charge les APC (activités pédagogiques complémentaires).

En M1, les AED seraient amenés notamment à être en responsabilité, seul, devant les élèves, et à diriger des "séquences pédagogiques complètes". Cela huit heures par semaine dans le premier degré et six dans le second.

Les missions des étudiants dans le cadre du dispositif de prérecrutement, selon un document de travail ministériel. // © Ministère de l'Éducation nationale
Les missions des étudiants dans le cadre du dispositif de prérecrutement, selon un document de travail ministériel. // © Ministère de l'Éducation nationale

Ce prérecrutement réduirait la formation académique universitaire et placerait devant les élèves des étudiants non titulaire du concours.

Un emploi du temps universitaire à adapter

Plusieurs organisations syndicales s'opposent à cette mesure. Selon elles, il s'agit, d'une part, pour le ministère d'obtenir une main-d'œuvre peu coûteuse (la rémunération de ces AED reste floue pour l'heure, mais ils seraient payés 312 heures par an), en lieu et place d'enseignants titulaires. D'autre part, ce prérecrutement réduirait la formation académique universitaire et placerait devant les élèves des étudiants non stagiaires, c'est-à-dire non titulaire du concours.

Le ministère de l'Éducation nationale montre là à nouveau sa volonté de privilégier la formation par le terrain. Quant au concours, justement, les AED pourraient bénéficier d'une épreuve adaptée au concours externe enseignant, qui leur permettrait de valoriser les acquis du temps passé dans l'établissement. Ils pourraient également passer le concours interne, celui-ci étant ouvert aux personnes exerçant depuis trois ans.

Les AED, qui seraient recrutés par les chefs d'établissement, devraient bénéficier d'un emploi du temps universitaire adapté en fonction de leurs horaires de présence dans l'établissement scolaire. Ce point laisse perplexe certains acteurs, qui doutent de la capacité des universités à aménager des emplois du temps personnalisés et à dégager huit heures hebdomadaires, en fonction d'impératifs qui lui sont extérieurs. Des syndicats craignent une augmentation des cours à distance, voire le soir ou pendant les vacances scolaires.

Les textes officialisant ce mode de recrutement devraient paraître au début de l'année 2019. En attendant, de nouvelles discussions entre les ministères et les syndicats sont prévues sur le sujet d'ici à la fin du mois de décembre 2018 ou en janvier 2019.


Erwin Canard | Publié le

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Damien.

"Ce point laisse perplexe certains acteurs, qui doutent de la capacité des universités à aménager des emplois du temps personnalisés" C'est sous-estimé les universités et leurs compétences. Il y a nombre de formations qui sont en traditionnelle et en alternance et/ou apprentissage et on arrive à faire des emplois du temps adaptés. De plus, le nouvel arrêté licence indique bien un contrat pédagogique individuel donc implicitement un emploi du temps adapté.