Formation professionnelle : que retirer du modèle allemand ?

Céline Authemayou
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Dans une note publiée le 26 février dernier, le Centre d’analyse stratégique émet quatre propositions visant à améliorer la formation professionnelle initiale française. Pour ce travail d’analyse, le CAS a observé le système allemand. En ressortent quelques enseignements.

Modèle français contre modèle allemand. En matière de formation professionnelle initiale (à savoir lycées professionnels, apprentissage et contrats de professionnalisation tous niveaux) aussi, les deux pays font l'objet de nombreuses comparaisons. Au cœur de l'année célébrant le cinquantenaire du traité de l'Elysée, le Centre d'analyse stratégique a décidé de se pencher sur le système d'Outre-Rhin, porté par un taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans de 8,1%, contre plus de 24% en France.

« Evidemment, la comparaison doit être nuancée, a expliqué Vincent Chriqui, directeur général du CAS lors de la publication de la note. Le système allemand est aussi soumis à des critiques. » Parmi elles : l'orientation précoce de certains jeunes (dès 12 ans) ou encore la participation des entreprises, très différente selon les secteurs d'activité. Des différences également nombreuses dans l'organisation même des cursus.

Autre élément d'analyse – sans doute le plus prégnant -, la voie professionnelle jouie Outre-Rhin d'une valorisation sociale importante. « Ces cursus sont tout à fait légitimes, constate Vincent Chriqui. Pour preuve, 60% des Allemands de moins de vingt ans s'inscrivent dans cette voie. Une voie qui est reconnue et valorisé dans l'ensemble de la société. »

De l'accompagnement des jeunes à la valorisation des formateurs

Se basant sur ces éléments à la fois comptables et structurels, le CAS émet quatre propositions pour améliorer la formation professionnelle initiale en France.

Première d'entre elles : le renforcement de l'accompagnement des apprentis les moins qualifiés (niveau BEP et Bac pro) pour limiter les taux de rupture, très présents dans cette tranche de la population (22% dans les cursus de niveau V). En Allemagne, des tutorats externes sont par exemple proposés par des retraités bénévoles.

Deuxième proposition : la valorisation du statut de maître d'apprentissage. Si un statut juridique existe, le CAS propose d'aller plus loin en répertoriant par exemple les compétences transversales des formateurs.

Troisième piste à explorer, la possibilité pour les entreprises de s'associer pour accueillir ensemble un apprenti. En Allemagne, le modèle de la formation dite « en association » permet à plusieurs sociétés de recruter les jeunes et de coordonner ensemble leur apprentissage. Un atout pour les petites structures. En France, les établissements de moins de dix salariés employaient en 2008 plus de la moitié des apprentis.

Enfin, la quatrième proposition concerne le développement des initiatives binationales. Aujourd'hui, des opportunités sont offertes via notamment l'OFAJ (Office franco-allemand pour la jeunesse). Mais le CAS recommande la création d'une convention-cadre sur la mobilité des apprentis ou encore la mise en place d'un site unique pour présenter les offre d'apprentissage dans les deux pays.

Formation professionnelle : une comparaison France-Allemagne en chiffres

L’Allemagne compte 1,5 millions d’apprentis contre 421 000 en France. Le CAS tempère cette différence en cumulant pour l’Hexagone lycéens professionnels, apprentis et contrats de professionnalisation. Avec l’addition de ces trois cursus, le nombre de personnes en formation professionnelle initiale est de 1,3 millions.

Céline Authemayou | Publié le