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Formations individualisées : comment elles transforment le métier d’enseignant

Sophie Blitman
Publié le
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Amphi - Eric Le Roux
Amphi - Eric Le Roux
« Enseignement supérieur et formation : la révolution de l’individualisation ». Tel était le thème de la conférence organisée le 18 octobre 2011 par EducPros en partenariat avec Auriga. Parmi les problématiques soulevées par les intervenants : la transformation, en profondeur, du rôle des enseignants. Retour d’expériences à Paris 8, l’École des mines de Nantes, l’Epitech, l’EM Grenoble ou encore l’ESC Toulouse.

La massification de l’enseignement supérieur a mis en exergue, depuis quelques années, la nécessité de personnaliser davantage les parcours de formation : introduction de modules à la carte, traduction des savoirs en compétences, adaptation du contenu de la formation aux besoins des entreprises pour la formation continue… Une individualisation mise en œuvre souvent de manière expérimentale qui n’est pas sans conséquences sur le rôle des enseignants.

Une nouvelle relation pédagogique

L’individualisation des parcours transforme la relation pédagogique, renforçant le lien de confiance : c’est le cas, par exemple au sein de la licence information et communication de Paris 8 , qui mise sur l’autonomie des étudiants, libres de choisir dans quel ordre ils vont suivre les 41 cours à valider sur trois ans. Ce contrat incite les jeunes à « être véritablement acteurs de leur formation », souligne le responsable du premier cycle, Pascal Froissart.

La relation pédagogique est alors souvent plus personnelle. Comment faire autrement lorsque l’École des mines de Nantes, introduisant le référentiel de compétences scientifiques mais aussi personnelles, évalue la curiosité, l’éthique personnelle ou encore la manière de conduire un projet ?

De son côté, les « cadres pédagogiques », comme on les appelle à l’Epitech, où la pédagogie est entièrement fondée sur des projets, évaluent les élèves mais ont également pour mission de susciter l’émulation, en indiquant par exemple sur l’intranet que tel groupe a terminé son projet ou que tel autre a de l’avance…

Davantage de travail en équipe

L’individualisation ne transforme pas seulement la relation pédagogique : elle a des incidences sur le travail des enseignants, amenés à davantage interagir avec les autres membres de l’établissement.
Ainsi, la démarche compétences instaurée à l’École des mines de Nantes suppose « un regard croisé », insiste Bernard Pohlenz, directeur adjoint des études. Les compétences individuelles sont en effet évaluées dans diverses disciplines, à travers des exercices et des mises en situation différentes. Dès lors, « la somme des subjectivités peut devenir objective ».

Mais l’équipe avec laquelle un enseignant est amené à travailler ne se résume pas aux autres enseignants. Les programmes sur mesure pour les entreprises que développe l’ESC Toulouse font intervenir les professeurs, des assistantes pédagogiques, le directeur pédagogique qui « définit les contenus et méthodes pédagogiques et coordonne l’équipe pédagogique », ainsi qu’un chef de projet qui « joue le rôle de véritable "tour de contrôle" », d’après les mots de la directrice de la formation continue, Sylviane Fontana.

Formations et parrainage pour aider les enseignants à s’adapter

De telles évolutions peuvent déstabiliser la communauté éducative. À l’EM Grenoble, qui propose plusieurs centaines de parcours possibles à ses étudiants, les enseignants doivent organiser des sessions pour « vendre leur formation », comme le mentionne le directeur Jean-François Fiorina. De quoi surprendre au départ !

Directeur général d’Epitech, Nicolas Sadirac observe également une phase d’adaptation. « Pour les professeurs qui ne "professent" pas, c’est une situation plus inconfortable que celle du porteur de connaissance », explique-t-il. D’où l’importance d’adhérer au projet pédagogique. Ici, les plus anciens accompagnent les nouveaux et c’est ce contact entre pairs qui permet l’adaptation.

Il faut aussi « casser les schémas et former les équipes à conseiller des parcours déstructurés », avance Jean-Michel Delaplagne, directeur général de la pédagogie, de la recherche et du développement d’Eduservices, qui a mis en place des formations notamment dans le cadre de la validation des acquis de l’expérience.

Reste, enfin, à fédérer ses enseignants. Une question cruciale quand on fait appel, comme Sciences po, à 3.400 intervenants extérieurs. Pour développer le sentiment d’appartenance chez ses « maîtres de conférences », l’institut les implique, tout d’abord, « au cœur du fonctionnement décisionnel avec des élus au conseil d’administration et à la commission paritaire », souligne le directeur de la vie universitaire, Nicolas Péjout. Outre des réunions pédagogiques, l’évaluation obligatoire des enseignements par les étudiants permet de dresser un bilan. Enfin, Sciences po a développé différents services aux enseignants, à commencer par une lettre d’information mensuelle sur la vie de l’établissement. Individualiser les parcours de formation ne veut pas dire isoler les enseignants.


Sophie Blitman | Publié le

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