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Grade de licence : la CEFDG dévoile sa proposition

Cécile Peltier
Publié le
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Ecoles de commerce : Grenoble EM, Rennes SB, Neoma, Toulouse BS
Le grade de licence est réclamé à cor et à cri par les directeurs des grandes écoles de management, qui souhaitent une clarification. // ©  Grenoble EM /  Rennes SB /  Neoma /  Toulouse BS
Attendu par les directeurs des écoles de management, désireux de faire le ménage sur le marché foisonnant des Bachelors, le chantier autour du grade de licence est relancé. La CEFDG (Commission d'évaluation des formations et diplômes de gestion) a transmis au ministère un projet de référentiel. Réservant ce grade aux seules formations en trois ans.

"Il y a urgence à statuer sur le grade de licence et la CEFDG est prête". C'est ce qu'a affirmé vendredi 20 janvier 2017 Véronique Chanut, présidente de la Commission d'évaluation des formations et diplômes de gestion, devant un parterre de directeurs d'écoles de management, réunis pour un après-midi d'échanges au secrétariat d'État à l'Enseignement supérieur et à la Recherche.

En 2014, la CEFDG s'était vu confier par la Dgesip (Direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle) une mission visant à étudier "la faisabilité d'un grade de licence" dans le secteur des écoles de management. Elle a rendu son verdict fin 2016, adressant au ministère une proposition de référentiel dédié au grade de licence.

Sur le marché foisonnant, voire cacophonique des Bachelors en trois ans, dont le nombre est passé entre 2009 et 2016 de 80 à plus de 150, un grade de licence doit "permettre à l'État de protéger les diplômes de qualité et aider les familles à y voir plus clair", estime Véronique Chanut.

"PAS D'OPPOSITiON" AU SEIN DE LA CEFDG

Réclamée à cor et à cri par les directeurs des grandes écoles de management, en quête de clarification, cette notion de grade, qui permettrait notamment de gagner en visibilité à l'international, suscite en revanche peu d'enthousiasme au sein d'une partie du monde universitaire, peu enclin à "brader ses diplômes".

Des divergences, qui, à en croire sa présidente, n'ont pas cours parmi les membres de la CEFDG. "Il y a eu des discussions nourries concernant les potentiels bénéfices pour les différentes parties prenantes – familles, employeurs, directeurs, État –, mais pas d'opposition, assure Véronique Chanut. Concernant l'université, nous avons veillé à produire un projet compatible avec le cahier des charges imposé aux universités. L'idée n'est surtout pas pour les écoles de management de faire bande à part !"

L'idée n'est surtout pas pour les écoles de management de faire bande à part !
(V. Chanut)

LES BACHELORS EN QUATRE ANS EXCLUS DU PROJET

Dans ce chantier, une autre grande question était celle de son champ d'application, et de la possibilité d'y inclure les Bachelors en quatre ans. Dans un souci de cohérence – "un grade est rattaché à un diplôme", insiste Véronique Chanut –, la CEFDG a tranché en faveur d'un grade limité aux Bachelors en trois ans.

Outre sa compatibilité avec le référentiel licence, la crédibilité de ce grade passera par sa capacité à intégrer les niveaux de reconnaissance existants que sont le RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles) et le visa. "Il faut être capable de donner aux familles une idée claire des différents niveaux de reconnaissance, mais aussi et surtout de bien faire la différence entre visa et grade", souligne Véronique Chanut.

UNE "CONTRIBUTION INTELLECTUELLE" PAR LES PROFESSEURS PERMANENTS

Dans la proposition de la commission, la principale différence entre le Bachelor bénéficiant d'un visa et celui bénéficiant d'un grade se trouverait dans le niveau d'implication du corps professoral permanent dans les enseignements – a priori 40 % pour le grade, contre 30 % actuellement pour le visa – et dans les "contributions intellectuelles" de cedit corps enseignant.

Alors que le grade de master impose une production de recherche minimale par enseignant permanent (0,5 article par an et par professeur permanent docteur du programme, dans des revues référencées Fnege et/ou CNRS, etc.), la commission a opté pour une "contribution intellectuelle" au sens large – a priori autour de 0,25 contribution par an et par professeur permanent –, qui prendrait en compte les articles de recherche, mais aussi les études de marché, la rédaction de manuels, les jeux d'entreprise ou encore les fiches pédagogiques.

"Sur un bachelor, nous ne sommes pas dans la recherche fondamentale. L'idée est de mesurer l'adossement académique de la formation à travers la valorisation des connaissances auprès des entreprises", explique Véronique Chanut. Mais également de mesurer la cohérence entre ces contributions intellectuelles, l'objectif du programme et les débouchés à la sortie pour les étudiants.

Le SUIVI DES ÉTUDIANTS TRÈS REGARDÉ

La commission a choisi de ne pas faire du niveau de poursuite d'études – qui concerne aujourd'hui un diplômé de Bachelor visé sur deux – un élément discriminant, alors que ces formations sont initialement conçues pour une insertion directe. "Nous avons préféré évaluer la qualité du placement à la sortie de la formation, à travers le taux d'insertion professionnelle, le niveau de salaire, etc.", argumente la présidence de la CEFDG. Un moyen, espère-t-elle, de mettre en valeur ce potentiel d'insertion et de canaliser les poursuites d'études.

Plus encore que dans le cadre des labels existants, la commission entend être très attentive à la qualité du suivi des études et à l'accompagnement des étudiants dans la construction de leur projet professionnel. "Les Bachelors déploient de plus en plus de moyens en la matière. Il faudra le justifier."

Nous avons préféré évaluer la qualité du placement à la sortie de la formation, à travers notamment le taux d'insertion professionnelle.
(V. Chanut) 

Autre critère essentiel : la capacité des écoles à améliorer la qualité pédagogique de leur Bachelor, à travers la formation continue des professeurs, l'actualisation des curriculums ou encore l'adoption de processus de certification qualité ou d'accréditations...

UN PROJET VOUÉ À RESTER LETTRE MORTE ?

Mais aussi précis soit-il, ce projet de référentiel n'est rien d'autre qu'une "contribution technique" visant à alimenter une réflexion plus large du ministère, insiste avec modestie la commission. Il faut dire que la question du Bachelor, prégnante dans le secteur du management, se pose désormais pour les établissements d'arts appliqués ou encore pour les écoles d'ingénieurs.

Du côté de la rue Descartes, on confirme en effet que cette contribution sera un "complément" utile au  travail de benchmarking accompli par la Dgesip sur l'offre de Bachelors en général.

Les échéances électorales plaident peu en faveur de l'action. "Honnêtement, je ne vois pas quand ce projet verra le jour", confie avec dépit un membre de la commission, tandis que la présidente se veut plus optimiste. "C'est un dossier de fond de l'administration. Les nouvelles équipes politiques auront déjà des éléments sur lesquels s'appuyer", relativise Véronique Chanut.

Le référentiel d'évaluation de la CEFDG rénové
La rencontre du vendredi 20 janvier 2017, placée sous le signe de l'"échange", a également été l'occasion pour la Commission Chanut de présenter son référentiel d'évaluation rénové, deuxième grosse réalisation du mandat. Ce vade-mecum d'une dizaine de pages, disponible sur le site de la commission, formalise les critères d'évaluation existants pour un visa (bachelor ou master) ou un grade de master et introduit un certain nombre de nouveautés.

Citons notamment l'instauration d'une instruction préalable du dossier par la Dgesip. Avant de s'adresser à la CEFDG, l'école devra désormais vérifier auprès du ministère que son dossier est complet et répond bien aux critères de recevabilité : reconnaissance de l'établissement par l'État, existence de trois promotions diplômées ou justification d'au moins trois ans de fonctionnement pour l'extension du visa à de nouveaux sites, etc.

Autre enrichissement : le référentiel explicite ce que la commission peut attendre lorsqu'elle évalue la "cohérence" du projet ou les progrès accomplis depuis la dernière évaluation.

Enfin, pour répondre à la demande croissante de grades de master pour des formations à bac+5 hors programme grande école, la CEFDG a tenté d'imaginer des critères spécifiques à ces formations souvent plus spécialisées : "En matière de recherche, par exemple, il faut vérifier que les enseignements sont adossés à une activité de recherche menée par des professeurs permanents dans les domaines de spécialisation du programme", détaille Anne Stefanini, ancienne directrice de Novancia et membre de la commission. Mais ces grandes lignes devront encore être affinées.

Cécile Peltier | Publié le

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