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Handicap : l’université Toulouse 3 fait école

Camille Pons
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Handicap : l’université Toulouse 3 fait école
Les étudiants handicapés de l'université Toulouse 3 ont accès au moins à une activité de sport adaptée. // ©  UPS
Ils étaient 43 il y a quinze ans. Ils sont 511 en 2018. Certes, la loi de 2005 a boosté l'intégration des étudiants handicapés en définissant un cadre pour leur accueil, mais l’université Toulouse 3 va au-delà des aménagements classiques en proposant des accompagnements spécifiques.

"Ici, on est aux petits soins pour nous", confie avec le sourire Massim Abid, qui participait le 9 février dernier au forum emploi handicap de l'université Toulouse 3 Paul-Sabatier. Cet événement est le point d’orgue des aides mises en place pour les étudiants en situation de handicap par l'établissement. La responsable de la Mission handicap, le médecin Laurence Cadieux, donne un premier aperçu de ce qui est proposé : "Là, la chargée d'accueil, là les deux accompagnants, là, notre salle avec le tableau interactif où l'on fait du soutien pédagogique, là, l'infirmerie, là, des tablettes – une quinzaine –, des ordis – une dizaine –, des souris et stylos scan, des micros HF adaptés à des prothèses auditives…"

Aux équipements s'ajoutent les aménagements prévus un peu partout : pour les examens, salle à part, temps supplémentaire, secrétaire qui compose ; pour les cours, preneur de notes, impressions et photocopies gratuites, postes adaptés, notamment à la basse vision ; accès à des salles isolées à la bibliothèque universitaire, à tous les contenus de celle-ci mais aussi à ceux de la Bibliothèque nationale de France, et cela gratuitement – en effet l'université (avec quatre autres seulement) a obtenu dès 2016 que les personnes handicapées bénéficient de l'accès de niveau 2 à Platon (Plate-forme de transfert des ouvrages numériques), qui les exclut du droit d'auteur.

Minibus et joëlette pour étudiants à mobilité réduite

Mais ce qui fait la spécificité de Toulouse 3, ce n'est pas ça. Ce sont d'abord ses minibus, alors que le transport relève normalement de la MDPH (maison départementale des personnes handicapées). Ils sont utiles sur le deuxième campus le plus étendu de France après Saclay (264 hectares). S'y ajoutent une joëlette, un fauteuil de transport doté d'une seule roue qui sert à emmener les étudiants sur le terrain, lors des TP de biologie, de géologie…

C'est aussi une mission totalement dédiée à l'insertion, à l'origine du forum de février. Lancé il y a trois ans, le projet APIPESH (Accompagnement personnalisé vers l'insertion professionnelle des étudiants en situation de handicap) est parti d’un constat : les étudiants handicapés n'effectuaient pas toujours leurs stages dans les meilleures conditions d'accueil et utilisaient peu l'alternance. Depuis 2015, ils bénéficient d'entretiens individuels pour soigner leur projet, leurs CV et lettres de motivation, d'ateliers collectifs pour apprendre à communiquer, de visites d'entreprises et de simulations d'entretiens grâce à des conventions signées avec des entreprises. Et la chargée de mission effectue aussi un travail de prospection auprès des entreprises.

Un service de minibus assure les déplacements des personnes handicapées sur le campus / ©UPS // © UPS
Un service de minibus assure les déplacements des personnes handicapées sur le campus / ©UPS // © UPS

Binôme et parcours aménagés pour les étudiants autistes

Et l’université va plus loin. Les étudiants avec trouble du spectre de l'autisme, de plus en plus nombreux à intégrer l'université – 38 actuellement – font, depuis 2016, l'objet d'un accueil spécifique, encore rare en université, pour tenter de pallier l'un des grands facteurs de leur échec : l'incapacité de beaucoup d'entre eux à gérer un environnement nouveau. Le dispositif consiste à leur proposer un binôme, un étudiant en M2 de psychologie spécialisé sur l'autisme ou de la filière Staps Apas (activité physique adaptée et santé) qui, dans le cadre des mises en situation incluses dans le cursus, les aide à s'organiser, se repérer, prendre les transports en commun…

Quatre étudiants ont accepté le dispositif en 2017–2018, mais cette mesure sert d'appui à un autre projet interétablissement "Aspie friendly", retenu dans le cadre du PIA 3 et piloté par Toulouse 3 et la Comue toulousaine. Outre l'accompagnement par un binôme, chaque Aspie (nom donné à ces étudiants) profitera progressivement dès la rentrée 2018 d'une adaptation de son parcours universitaire, "comme passer le L1 sur plusieurs années ou encore suivre des modules de deuxième année avant certains de première année pour s'adapter aux personnalités", précise Cédric Haurou-Béjottes, le vice-président délégué à la responsabilité sociale et sociétale de l’université.

Le 9 février 2008, un forum emploi destiné aux étudiants en situation de handicap était organisé par l'université Toulouse 3. / ©UPS // © UPS
Le 9 février 2008, un forum emploi destiné aux étudiants en situation de handicap était organisé par l'université Toulouse 3. / ©UPS // © UPS

Donner accès au moins à une activité de sport adaptée

La vie étudiante n’est pas négligée. À Toulouse 3, les étudiants handicapés font du foot, du rugby et du basket, ou de la danse… La mission souhaite en effet "que tous aient accès au moins à une activité du Scuaps (Service commun universitaire des activités physiques et sportives)", elle paie des vacations à la médecine du sport pour offrir la gratuité de la visite médicale, propose un encadrement effectué par ses étudiants de la filière Apas, et investit dans des balles sonores pour du cécifoot, des sarbacanes, des vélos à pédales à main, des fauteuils de foot, de basket, d'athlétisme… Et l'université accompagne aussi des sportifs de haut niveau, dont l'escrimeur Maxime Valet et le rugbyman Jonathan Hivernat, qui ont participé aux Jeux paralympiques de Rio 2016 en fauteuil.

Pour autant, même si ces aménagements visent "à rétablir l'égalité des chances […], rien n'est gagné. Car le sport leur demande aussi des efforts, en termes de cognition, de concentration…", observe Laurence Cadieux. Alors comment surmonter ces difficultés qu'avait confirmées une étude de l'Agefiph en 2015, dans laquelle 59 % des répondants qualifiaient la vie universitaire de difficile ? "En mutualisant davantage avec différents établissements", comme c'est le cas au travers de la convention "Atouts pour tous" qui l'unit depuis trois ans à la Comue, au rectorat, à l'État, à l'Onisep et à des entreprises pour proposer des moyens supplémentaires.

À partir de la rentrée 2018, une UE citoyenne doit aussi permettre l'implication d'autres étudiants sur ce champ. Pas question pour autant de "considérer les étudiants handicapés comme à part", d'autant qu'une fois leur vie universitaire enclenchée, ils "se socialisent de façon impressionnante". Et Laurence Cadieux de dire avec le sourire : "Ils font la fête comme les autres et il arrive qu’ils oublient de se réveiller le vendredi matin !"

440.000 euros par an dédiés au handicap

L'université toulousaine fait partie des universités les plus dynamiques en matière d’accueil d’étudiants handicapés. Après la création de la Mission handicap en 2009 et le choix d'y affecter un médecin, la mise en place d'une vice-présidence à l'égalité active en 2012, d'une déléguée à la RSS (responsabilité sociale et sociétale) et d'une mission insertion en 2015 s'inscrivent dans la même logique. Aux 140.000 euros annuels de dotations de l'État, s'ajoute un budget sur fonds propres de l'ordre de 300.000 euros pour faire fonctionner la mission, incluant la rémunération des cinq postes à temps plein et celui de la chargée de mission insertion.

En 2016–2017, 136 des 490 étudiants en situation de handicap bénéficiaient d'aides, majoritairement d'un preneur de notes (70), d'un tutorat pédagogique (32) et d'un secrétaire pour les examens (21). Les budgets les plus importants concernent la prise de notes (37.250 euros) et le recours à des interprètes pour la communication LSF (33.550 euros).


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