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Fonds de roulement : les élèves ingénieurs craignent un effet sur les droits d'inscription

Céline Authemayou
Publié le
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Etudiants de Centrale Paris © Centrale Paris
L'École centrale de Paris, à la suite de sa fusion avec Supélec, voit passer ses droits d'inscription de 620€ à 1.850€ pour la rentrée 2015. // ©  CentraleSupelec

Si le dossier des fonds de roulement a attisé la colère des directeurs(trices) d'écoles d’ingénieurs, il a également eu un effet collatéral : délier les langues au sujet de la hausse des droits d’inscription. Alors que bon nombre de directions plaident en faveur de cette augmentation, le président du BNEI (Bureau national des élèves ingénieurs), Maxime Gaudubois, souhaite trouver des solutions de financement plus "pérennes".

undefinedL'affaire des fonds de roulement suscite l'émoi au sein de la communauté de l'enseignement supérieur. Comment vous positionnez-vous, vous, élèves ingénieurs ?

Nous déplorons la démarche qui a consisté à cacher le maximum d'informations aux écoles concernées. Il est pourtant indispensable de travailler en toute transparence et en bonne intelligence... L'analyse des fonds de roulement s'est faite en partant du principe que l'argent stocké était de l'argent "dormant". C'est faux. Les fonds de roulement sont au contraire un indicateur de bonne gestion. Le ministère veut donc taxer les établissements qui gèrent bien leur budget. Finalement, cette situation risque de pousser les écoles à cacher cet argent ou à prendre des risques inconsidérés.


De plus, une grande partie des fonds de roulement permet de financer des projets ambitieux de long terme. Si les ponctions sont confirmées (de 100.000 euros à 6 millions d'euros), certains investissements devront tout simplement être annulés.

Plusieurs directeurs d'école se prononcent depuis quelques mois en faveur d'une hausse des droits d'inscription... Et la question des fonds de roulement semble amplifier le phénomène.

Le sujet revient sur le devant de la scène, c'est certain. Nous sommes aujourd'hui dans un contexte bien particulier : diminution des revenus issus de la taxe d'apprentissage, contrats de plan État-Région revus à la baisse... Ajoutez à cela le dossier des fonds de roulement, il y a un gros risque que les établissements veuillent récupérer de l'argent via les droits d'inscription. Si les écoles des ministères techniques ont franchi le pas, le ministère de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur tenait un discours clair : aucune des écoles de sa tutelle ne pouvait augmenter ses droits. Mais un établissement a cassé cette logique. Du fait de sa double tutelle et grâce à des textes flous, Centrale Paris, dans le cadre de sa fusion avec Supélec, a créé un précédent. Cette situation risque d'avoir un effet ricochet sur les écoles du réseau. Pour les Centrales, le verrou a déjà sauté.

Quelles sont vos relations avec les directeurs d'école sur le sujet ?

Nous les mettons en garde : nous n'aimerions pas qu'ils prennent des décisions sans en discuter au préalable avec nous, à l'image de ce qu'a fait le ministère avec eux au sujet des fonds de roulement. Nous sommes convaincus qu'une hausse des droits d'inscription ne résout pas un problème de gestion et que cette solution repousse le problème à plus tard.

Il y a un gros risque que les établissements veuillent récupérer de l'argent via les droits d'inscription.

Parmi les arguments avancés en faveur de cette hausse, il y a le fait de mettre en adéquation le salaire de sortie avec le coût de la formation. Les jeunes ingénieurs gagnent bien leur vie, c'est un fait.

Le fait de payer un diplôme plus cher n'augmentera pas sa valeur. Les écoles d'ingénieurs ont des frais d'inscription très divers : il n'existe aucune corrélation entre qualité du diplôme et montant des frais. Quant à dire que les étudiants gagneront bien leur vie une fois diplômés, certes mais au moment de leur formation ils ne disposent pas de ces fonds. Le risque est de retrouver en école d'ingénieurs deux populations : les boursiers et les élèves très aisés. La classe moyenne n'ayant plus les moyens de payer sa scolarité. Cette situation finirait par donner raison à la réputation – fausse – d'élitisme qui colle aux écoles d'ingénieurs. Nous ne voulons pas subir le sort des écoles de commerce.

Que propose le BNEI ?

Un groupe de réflexion doit être mis en place, pour que toutes les parties prenantes discutent ensemble de façon posée et sereine. Administration, personnels, étudiants... Tous les acteurs ont des idées intéressantes qui méritent d'être écoutées. Il est indispensable de réfléchir ensemble, sur le long terme, pour stabiliser les situations financières de nos établissements.


Céline Authemayou | Publié le

Vos commentaires (3)

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Lecteur énervé.

L'argument de la CDEFI (je ne parle pas de la CGE, qui est un troll des écoles de commerce chez les ingénieurs) "payer plus parce qu'on gagnera plus" est un aveu d'échec de la société : c'est un impôt préventif sur la jeunesse captive, parce qu'on n'a pas le courage d'assumer l'impôt après gains effectifs. D'autre part, pourquoi le prélèvement sur revenu (à venir ou venu) irait-il directement aux établissement plutôt que dans le pot commun de la société ? Pourquoi un tel fléchage ? C'est la même mentalité que celui qui ne veut payer l'impôt que pour réparer le nid de poule en face de chez lui mais pas ailleurs. Pour le bonus HSBC, autorégulation svp....

Guillaume Helluy.

Bonjour à tous, Je tiens à vous faire remarquer qu’il ne s’agit pas là des remarques de “Maxime Gaudubois” mais bien celles du réseau d’élus dans les écoles. Aujourd’hui, sur les 25 écoles qui seront impactées par les prélèvements sur les fonds de roulement, pour un total de 34 millions d’euros (eh oui ca fait beaucoup sur pas beaucoup de monde), la plupart d’entre elles qui ont aujourd’hui des fonds de roulement important, l’ont en grande partie investi dans des plans pluriannuels d’investissement pour ne garder que les fonds nécessaires à la stabilité financière de l’établissement. Ainsi, nous affirmons que l’argent des FDR n’est pas dormant et que le considérer comme tel est une grave erreur. Aujourd’hui ces écoles sont-elles surdotées? Non, elles ont réussi à dégager des marges pour investir dans la qualité de leur formations et ces marges, issues de nombreuses origines, sont aujourd’hui prélevées dans l’urgence pour boucler un budget 2015, faute d’avoir trouvé une meilleure solution...Par ailleurs, une fois que l'on aura enlevé tous les FDR des établissements, à qui prendra-t-on de l'argent l'année prochaine pour boucler les budgets ? Pour finir, les fonds de roulement ne sont pas non plus la preuve de l'écart entre une dotation de fonctionnement allouée pour charge de service public et la réalité de ces charges puisque les écoles génèrent une partie de cet argent sur fonds privés. Une entreprise ne veut pas investir dans l’enseignement supérieur dans son ensemble mais dans une activité précise proche de ses préoccupations. Ainsi prélever sur la marge d’investissement des écoles c’est aussi court-circuiter les partenariats locaux entre écoles et investisseurs et donc créer des besoins en dotations futures plus importants. Alors oui, si l’on veut boucler le budget cette année, il est possible de prendre l’argent des FDR, mais si l’on veut un enseignement pérenne de qualité avec des établissements publiques moteurs et innovant, ils faut leurs laisser leurs fonds de roulements !

yann Bisiou.

Bonjour, Maxime Gaudubois aurait pu se renseigner avant de faire telles déclarations! Oui cet "argent" est "dormant" dans la plupart des cas avec des fonds de roulement stables à des niveaux excessifs depuis 4 ans au moins. Oui c'est une menace pour tout l'enseignement supérieur car ce sujet est instrumentalisé par Bercy et la Cour des comptes pour justifier des coupes dans les budgets récurrents. Non les fonds de roulement ne sont pas un signe de bonne gestion mais ils sont la preuve de l'écart entre une dotation de fonctionnement allouée pour charge de service public et la réalité de ces charges

Sirius.

Ainsi, l'existence de fonds de roulement élevés dans certaines universités serait une "menace, pour tout l'enseignement supérieur" car il va "justifier des coupes dans les budgets". Raisonnement hautement jésuitique pour quelqu'un qui se prononce sur son blog en faveur de ces coupes. Et qui prétend qu'ainsi seront sauvés plus d'un millier de postes d'enseignants-chercheurs, alors que par définition un prélèvement sur un fond de roulement est un fusil à un coup. On ne pourra pas le reproduire l'année suivante. Sur le fond de roulement (FDR) quelques rappels. Un FDR élevé n'est pas forcément un signe de bonne gestion, mais un FDR insuffisant est le signe certain d'une mauvaise. Une FDR élevé peut avoir en effet de multiples causes (des projets immobiliers bloqués par des problèmes de permis de construire, des projet de création d'instituts ou de grands projets de recherche retardés parce que des partenaires font trainer les choses ayant eux-mêmes de difficultés budgétaires, etc.). Le raisonnement global est absurde. Il y 77 cas différents. Et il n'est pas surprenant que des présidences, légitimement inquiètes face à une grande incertitude budgétaire, choisissent d'être particulièrement précautionneuses. Les vues de Bercy sur les "économies" de certaines universités n'ont aucunement pour origine le soucis d'une gestion optimale et équitable des deniers publics. C'est une mesure à très court terme visant à boucher les trous en prenant l'argent là où il y en a (un peu). Maxime Gaudubois à raison de se placer dans une perspective de long terme.