L'université revient en ville

Marine Miller
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Mathieu Oui
Les universités sont devenues des acteurs de la ville à part entière.
L'université est en train de reconquérir les centres-villes, selon Hélène Dang Vu. Lors du colloque sur les campus du futur à Poitiers, les 25 et 26 novembre 2015, la maître de conférences en urbanisme à l’université de Nantes juge qu'il est temps d'inventer le campus à la française... En partant de l'existant.

Hélène Dang Vu, maître de conférences à l'université de Nantes.

Quelles sont les particularités des campus français ?

Les implantations universitaires ont été planifiées par l’État français à partir des années 1960 et plus tard, dans les années 1990, dans une logique de répartition équilibrée sur le territoire. L’un des campus emblématiques à cet égard est celui du Mirail, à Toulouse.

Dans les années 1960, à part Jussieu, Strasbourg et Aix, les nouveaux campus sont situés en périphérie des agglomérations à cause de la raréfaction des terrains dans les centres-villes.

Depuis cette époque, il y a un certain nombre de problèmes de fonctionnement. Outre les problèmes énergétiques, la très faible densité ne facilite pas l’interaction, car les lieux n’ont pas été pensés comme des espaces de vie en continu.

Justement, comment les campus doivent-ils se transformer ?

Il faut assumer nos particularités ! Nous avons un patrimoine qui a de l’intérêt, même si certains bâtiments cumulent les problèmes. Pour l’instant, l’étape de diagnostic n’est pas terminée. Pendant longtemps l’université a été traitée comme un grand équipement national, et, de ce fait, il n’y avait pas de volonté locale sur les sites, donc pas de moyens de gérer ce patrimoine. 

Aujourd’hui,  les universités ont envie de faire des choses, c’est dans leur intérêt, car elles ont besoin d’être attractives dans un environnement très compétitif. Avec les réformes de ces dix dernières années, les universités sont devenues des acteurs de la ville à part entière.

Le campus doit être ouvert à tous les citoyens et pas seulement aux étudiants et aux enseignants. On a pensé les campus en termes de surfaces brutes pour l’enseignement et la recherche, mais les espaces de vie pour les étudiants, eux, n’ont pas été envisagés.

Le campus doit être ouvert à tous les citoyens et pas seulement aux étudiants et aux enseignants.

Aujourd’hui, on n'enseigne plus comme dans les années 1960. L’étudiant a évolué. Il est temps de se poser les bonnes questions. Par exemple : a-t-on besoin d'autant d’amphithéâtres ? Il est évident, également, qu’un chercheur en sciences exactes n’occupe pas les locaux de la même façon qu’un chercheur en sciences humaines. Il faut réfléchir aussi à cela.

Pas besoin de lorgner sur les campus d'Oxford ou d'Harvard, il est temps d'inventer un modèle de campus à la française en partant de l'existant sans avoir à reconstruire des mètres carrés. L'université est en train de revenir dans la ville, comme à Nantes et à Amiens, ce modèle est revalorisé.

Le numérique va-t-il bouleverser l'organisation des campus ?

Le numérique ne remplacera jamais l’interaction entre les étudiants et les enseignants et entre les étudiants eux-mêmes. Le numérique peut suppléer les cours magistraux, parce qu’il y a, dans ce format, très peu d’interactions entre les étudiants et les enseignants. Pour les TD, l’interaction me semble primordiale, le numérique reste alors un outil.

À Nantes, le théâtre universitaire est devenu un lieu de rencontre. Il y a une cafétéria, où se retrouvent les étudiants et les professeurs. Il s'agit aussi de réfléchir aux modes de déplacement des étudiants sur le campus. Que se passe-t-il en cas de pluie ou quand il fait froid ? Les espaces de rencontre ne sont pas toujours prédéterminés... 

Les trois modèles d’implantation universitaire, selon Hélène Dang Vu

- L’université dans la ville. C'est le modèle des universités médiévales (Paris, Bologne, Montpellier) qui se concentrent dans un quartier de la ville.
- La ville universitaire. C'est l'exemple d'Oxford, qui, par défiance envers la ville, s'est construite dans un  petit bourg. Très rapidement, l’université propose des services et se configure sur le modèle du monastère, avec sa cour carrée, sa chapelle, son réfectoire, ses salles d’études et ses chambres.
- Le campus. Sur le modèle de Harvard, qui a été pensé comme entièrement dédié à l’activité universitaire. Il est en retrait de la ville et de la société. Il permet de soustraire les étudiants des tentations de la ville et le campus magnifie la nature qui permet la concentration des étudiants.
Le colloque "Voyage vers les campus du futur" s'est tenu les 25 et 26 novembre 2015 à Poitiers. Il était organisé par l'Avuf (Association des villes universitaires de France) avec la CPU (Conférence des présidents d'universités).

Marine Miller | Publié le