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Après des départs en série, Hésam poursuit sa mue

Morgane Taquet
Publié le
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USAGE UNIQUE. Cnam
Avec le départ de Paris 1, de l'ENA et de l'ESCP Europe, Hésam doit repenser son modèle. Avec pour établissement moteur, le Cnam. // ©  Fred MARVAUX/REA
Après l'université Paris 1, l'ENA et de l'ESCP Europe ont annoncé leur volonté de quitter le navire Hésam. Une période de reconfiguration, portée notamment par le Cnam, se profile pour la Comue.

La liste des départs de la Comue Hésam n'en finit pas de s'allonger. Après l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne mi-novembre, c'est au tour de l'ENA et de l'ESCP Europe d'annoncer leur volonté de quitter le regroupement d'établissements.

Le 30 novembre, le conseil d'administration de l'École nationale d'administration s'est prononcé en faveur de l'enclenchement d'une démarche de sortie de la Comue. "L'annonce du départ de Paris 1 s'ajoute au fait que d'autres institutions consacrées aux sciences humaines et sociales – l'EHESS, l'EPHE et la Maison des Sciences de l'Homme –, ont déjà quitté la Comue.

Dès lors, le périmètre d'Hésam Universités se trouve profondément modifié, comme est modifié le cœur de métier des établissements qui la composent", indiquait l'école dans un communiqué publié fin novembre.

Du côté de l'ESCP Europe, si le départ n'est pas encore acté, ce n'est plus qu'une question de semaines avant qu'il ne soit effectif. "La demande de retrait sera présentée au bureau de la CCI [chambre de commerce et d'industrie] Paris-Île-de-France, le 15 décembre 2016, puis l'assemblée générale des élus de la chambre de commerce régionale, qui gouverne l'école, s'exprimera sur le sujet début janvier", indique Franck Bournois, directeur exécutif de l'école. Une demande formelle sera adressée à Hésam lorsque la Chambre aura rendu sa décision.

PLUS DE COMPLÉMENTARITÉS POUR L'ESCP

Pour les deux écoles, le départ de Paris 1 a agi comme un déclencheur. "La sortie de Paris 1 pose des questions de complémentarités, en particulier en matière de sciences sociales, confirme Franck Bournois. Hésam a été très courageux en affirmant son choix de ne pas fusionner. Cela a conduit à ne pas obtenir de financements des programmes d'investissements d'avenir. S'il n'y a pas de complémentarités scientifiques, ni de financements, cette configuration n'a plus d'intérêt pour nous", poursuit le directeur général, qui affirme "n'avoir aucune rancœur vis-à-vis d'Hésam."

S'il n'y a pas de complémentarités scientifiques, ni de financements, cette configuration n'a plus d'intérêt pour nous.
(F. Bournois) 

En quittant la Comue, l'ESCP Europe devra se poser la question de ses projets de collaboration. "Nous n'avons aucune obligation à être dans un regroupement, rappelle Franck Bournois. Toutes les possibilités sont ouvertes. Nous pouvons rester hors de tout et travailler avec nos partenaires internationaux. Je peux aussi voir, avec mes instances internes, si cela fait sens de rejoindre une autre Comue ou de reconfigurer autre chose."

Du côté de l'ENA, aucune piste n'est encore avancée. L'école "marque son attachement aux partenariats bilatéraux qu'elle a noués avec plusieurs établissements membres d'Hésam Universités, dont elle souhaite la poursuite et l'approfondissement", précise-t-elle tout de même. Les établissements ont désormais six mois devant eux avant de sortir définitivement de la Comue.

VERS UN NOUVEL ÉTABLISSEMENT ?

Du côté des établissements restant arrimés à Hésam, on digère les annonces. "C'est évidemment une déflagration pour Hésam qui n'avait pas prévu ces départs", commente Olivier Faron, administrateur général du Cnam. Évoquant notamment le cas de Paris 1, ce dernier fulmine : "C'est irrespectueux pour nos établissements et pour tous les personnels qui ont travaillé sur le projet Hésam. C'est le triomphe des intérêts à la petite semaine au détriment des grands enjeux en cours dans l'enseignement supérieur."

C'est évidemment une déflagration pour Hésam.
(O. Faron)

Quant à l'avenir même de la Comue, "ces départs ont plutôt resserré les liens unissant les établissements d'Hésam", souligne l'administrateur général. Reste donc à imaginer un nouveau scénario d'alliances et à construire des proximités avec d'autres établissements "dont une ou deux universités", souhaite Olivier Faron.

Ce dernier imagine pour son établissement un "rôle important" dans la nouvelle configuration du regroupement : "Il est clair qu'aujourd'hui, se dessinent trois pôles : un axe fort autour des arts et métiers, avec le Cnam et Arts et Métiers (dont la direction générale sera renouvelée en février 2017), un pôle arts, avec nos écoles et les lycées d'art qui vont nous rejoindre, et un volet ingénieur, qui sera renforcé avec l'arrivée du groupe privé Cesi en tant que membre affilié."

Quant à la forme administrative que pourrait prendre le regroupement, "le rapport Cytermann, qui aboutit à la conclusion que le grand établissement est la forme la plus réussie existant dans le supérieur, ouvre la porte à de nouvelles expérimentations, analyse Olivier Faron. À nous de nous en saisir !" Mais il avertit : "Si nous construisons la politique proposée par notre tutelle, il faut aussi que nous soyons soutenus et accompagnés financièrement."

Après cette vague de départ, la prochaine étape pour Hésam sera celle de la réflexion. Avec pour objectif la construction d’un nouveau projet, début 2017.

Hésam : une histoire mouvementée
Né sous forme de Pres en décembre 2010, le regroupement, constitué en partie pour répondre aux appels d'offres du grand emprunt, tangue depuis plusieurs années. En septembre 2014 déjà, quatre établissements, dont plusieurs étaient à l'origine du rassemblement parisien, l'EHESS (École des hautes études en sciences sociales), l'EPHE (École pratique des hautes études), l'EFEO (École française d'Extrême-Orient) et la FMSH (Fondation maison des sciences de l'homme) avaient quitté Hésam.

En 2012, le regroupement avait bénéficié d'une Idex prometteur lors du PIA 1, en décrochant 14,5 millions d'euros sur trois ans pour le projet intitulé alors Paris Nouveaux Mondes. Depuis, Hésam n'a jamais réussi à décrocher le précieux label. Alors que le regroupement avait indiqué sortir de la compétition lors de la vague 1 du PIA 2, une fois passé sous la présidence de Jean-Luc Delpeuch, celui-ci a finalement présenté une nouvelle candidature en mars 2016, avant d'être une nouvelle fois retoqué en juin lors de l'étape de la présélection.

Morgane Taquet | Publié le

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