Insertion professionelle des étudiants : comment la mesurer ? Une enquête du Céreq


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Bilan APB 2011
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Jamais l’insertion professionnelle des étudiants n’a été autant scrutée. Information indispensable aux étudiants dans leur choix d’orientation, elle est aussi nécessaire aux établissements pour piloter leurs formations. Paradoxalement, à l’heure où les palmarès d’universités et autres classements d’écoles réalisés par la presse, les institutions ou les établissements eux-mêmes, se multiplient, il est de plus en plus difficile de s’y retrouver. Tel est le postulat de départ posé par Dominique Epiphane et Stéphane Jugnot, chercheurs au Cereq (Centre d'études et de recherches sur les qualifications), dans un article publié dans la revue En bref (N°291) : "Hamoniser les mesures de l'insertion des diplômés du supérieur".  Une plongée dans la jungle des palmarès...

A chacun ses indicateurs et ses règles de calcul

Premier constat de ces deux chercheurs du Cereq : « La presse ou les acteurs et décideurs publics utilisent des indicateurs très différents et parfois discutables pour juger de la qualité de l’insertion des jeunes diplômés. » Autrement dit, comme chaque opérateur utilise ses propres règles de calcul, chacun privilégiant tel ou tel indicateur, seul ou combiné (taux de chômage, taux d’emploi, taux d’actifs employés, salaire…) les résultats varient selon les institutions qui les produisent. Sans compter que les indicateurs ne sont pas toujours bien compris ou bien utilisés, estiment les auteurs de cette analyse. Et que « les populations de référence varient », les uns s’intéressant à tous les diplômés, d’autres excluant ceux qui poursuivent des études ou n’étant pas de nationalité française.

Des enquêtes qui n'ont pas toutes le même recul

D’autre part, l’insertion est mesurée à des échéances différentes par rapport à la sortie d’études : trente mois pour l’enquête du ministère de l’enseignement supérieur sur les diplômés de masters, neuf mois pour l’enquête APEC comme pour la plupart des enquêtes des écoles de commerce et d’ingénieurs, trois ans pour le rapport de performance du ministère de l’Enseignement supérieur… Or, si « les diplômés de certaines écoles mettent moins de temps à accéder à un CDI que ceux de l’université […], trois ans plus tard, les écarts sont moins élevés que pour le premier emploi », notent par exemple les deux chercheurs du Cereq.

D'autres critères à prendre en compte

Autre point soulevé par cette analyse, la quantité ne dit pas la qualité : « Un bon taux d’emploi peut masquer une insertion de mauvaise qualité, sur des postes peu qualifiés, avec des salaires plus bas ou sur des contrats à durée déterminée. » Et surtout, « la qualité de l’insertion professionnelle ne suffit pas à juger de la qualité d’un établissement », estiment Dominique Epiphane et Stéphane Jugnot qui proposent que d’autres critères soient pris en compte notamment la capacité d’un établissement à mener un maximum d’étudiants au diplôme selon l’origine sociale, les taux de réussite ou encore les taux de poursuites d’études.

Pour la création d'un observatoire national

Enfin, ces deux chercheurs estiment que « la diversité des indicateurs qui se présentent sous une même étiquette « mesure de l’insertion » est antinomique avec la clarté de l’information », rappelant que « c’est de la comparaison que naît l’information ». C’est pourquoi cette analyse du Cereq conclut en prônant la mise en place d’un « observatoire de l’entrée dans la vie active », sur la base de quelques règles claires avec « un système coordonné d’indicateurs comparables ». Pour informer sans déformer.


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