Jean-Louis Billoët (Insa Rouen) : "Avec l'Insa international, Marocains et Français vont conquérir ensemble de nouveaux territoires"

Sophie Blitman
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Jean-Louis Billoët, directeur de l'Insa Rouen
Jean-Louis Billoët, directeur de l'Insa Rouen
La perspective de création d'un Insa international au Maroc prend forme. Une étude de faisabilité doit être réalisée d'ici fin 2013. Objectif : recruter des élèves ingénieurs à partir de 2015, tout en ouvrant des formations de type mastères spécialisés dès 2014. Les explications de Jean-Louis Billoët, directeur de l'Insa Rouen, coordinateur du projet pour le groupe Insa (Institut national des sciences appliquées).

A l'occasion de la visite de François Hollande au Maroc les 3 et 4 avril 2013, les ministères de l'Enseignement supérieur français et marocain ont signé, avec le groupe Insa, une déclaration conjointe dans la perspective de créer un Insa international au Maroc.  Quelle est la genèse de cet accord et en quoi consiste-t-il ?

Les Insa sont bien connus au Maroc et notre groupe a signé en 2009 une convention de partenariat avec la CPU (Conférence des présidents d'université) marocaine. C'est en cohérence avec ce rapprochement que nous avons répondu à l'appel de la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, qui souhaitait renforcer les liens entre la France et le Maroc : nous avons ainsi travaillé à la création d'un Insa international.

Par cette déclaration conjointe, nous nous sommes engagés à financer une étude de faisabilité du projet. L'investissement de chacun des trois partenaires doit être déterminé d'ici le 30 juin 2013 et l'étude finalisée à la fin de l'année. Elle déterminera l'implantation du futur Insa, son coût, ainsi que les partenaires qui y seront associés, puisque nous souhaitons travailler avec un consortium d'universités marocaines, notamment pour développer des actions de recherche.

Comment devrait fonctionner ce futur Insa international ?

L'organisation sera typiquement insaienne avec une première année similaire à celles des Insa français – que nous sommes en train d'uniformiser –, de grands départements thématiques, des enseignements proches de la R&D, dans le but de former des ingénieurs en sciences appliquées.

Le recrutement principal se fera au niveau bac, complété d'étudiants arrivant à bac+2. Nous souhaitons que deux tiers des étudiants viennent du Maroc et 20% du Moyen-Orient, Afrique du Nord et subsaharienne, quelques places restant pour des étudiants européens. La première promotion devrait faire sa rentrée en septembre 2015.

A terme, l'objectif est de rassembler 2.000 élèves et de compter 300 diplômés par an, comme c'est le cas des Insa de Rouen, Rennes ou Strasbourg, ainsi que du futur Insa Val-de-Loire.

Les cours seront dispensés en français, anglais et arabe. Outre la maîtrise de ces trois langues, l'accent sera mis sur des problématiques liées aux échanges culturels et économiques dans la zone euro-méditerranéenne. Dans cette perspective, deux mobilités internationales seront obligatoires dans le cursus : un séjour académique d'un semestre et un stage en entreprise de quatre mois.

L'objectif est de rassembler 2.000 élèves et de compter 300 diplômés par an, comme c'est le cas des Insa de Rouen, Rennes ou Strasbourg

Le projet prévoit la création d'un Centre des hautes études en ingénierie, technologie et management euro-méditerranéen, qui pourrait associer des universités européennes et être intégré à l’Insa. De quoi s'agit-il ?

Nous souhaitons développer des formations de haut niveau destinées à des diplômés de niveau bac+5, de type mastères spécialisés multilingues et multipartenaires, sur le modèle de ce que propose l'Insead.

Il s'agit d'apporter, en 12 ou 18 mois, des compétences pointues en ingénierie, technologie et management, ainsi que la maîtrise des spécificités culturelles à cette zone euro-méditerranéenne. L'objectif est aussi qu'un tel centre puisse être dupliqué dans d'autres pays.

La première formation labellisée par ce centre pourrait démarrer dès septembre 2014.

Comment l'établissement sera-t-il financé ?

Outre le fond d'amorçage apportés par les deux ministères, français et marocain, les frais de scolarité des élèves devraient s'établir entre 3.000 et 6.000 € selon le cycle, ce qui correspond par exemple au coût des études de l'université de Rabat. Cependant, nous souhaitons recruter 25 à 30% de boursiers, qui bénéficieront d'une grille de frais d'inscription modulés.

Enfin, les entreprises seront incitées à financer l'Insa par le biais d'une fondation (ou deux, si les textes juridiques ne nous permettent pas de créer une fondation binationale).

Au total en phase de croisière, le coût de fonctionnement sera proche d'un Insa de cette taille, soit environ 20 millions d'euros par an. Le groupe Insa participera via le partage de son savoir-faire et la mise à disposition d'enseignements, mais n'apportera pas d'argent directement [hormis pour l'étude de faisabilité].

Quel est l'enjeu pour le groupe Insa ?

Il s'agit d'une part de diffuser de plus en plus notre marque à l'échelle internationale, auprès des étudiants mais surtout des entreprises afin de rester dans la compétition mondiale : nous voulons que l'ingénieur Insa soit incontournable pour les entreprises françaises et étrangères.

D'autre part, ce projet rend visible l'intérêt que nous portons à cette zone géographique à fort potentiel de développement. Nous souhaitons mettre en place des formations qui irriguent cette partie du continent, mais pas en y implantant une école française : l'idée est que Marocains et Français aillent conquérir ensemble de nouveaux territoires.

 

Centrale Casablanca devrait ouvrir à la rentrée 2014

Le voyage de François Hollande au Maroc a aussi été l'occasion de signer une convention entre Centrale Paris et l'Etat marocain, relative à la création de l'Ecole centrale Casablanca. Celle-ci fonctionnera sur le modèle de l'école française et devrait être financée par une fondation à but non lucratif qui doit être créée prochainement.

Après Pékin, cette convention permet au groupe des Ecoles centrales de poursuivre son expansion, tandis que le Maroc entend renforcer son développement industriel, dans le cadre de son Pacte national pour l’émergence industrielle 2009-2015. Le Royaume chérifien entretient déjà des relations étroites avec Centrale Paris qui compte 145 étudiants marocains, tandis que plus de 300 centraliens travaillent au Maroc.
ESR : coopération resserrée entre la France et le Maroc

Premier pays d'accueil des étudiants marocains, la France en compte 32.000 inscrits dans ses établissements d'enseignement supérieur. Ceux-ci représentent ainsi les effectifs les plus importants d'étudiants étrangers, devant la communauté chinoise.

Outre les projets d'Insa et d'Ecole centrale, six autres accords stratégiques, dans le domaine de l'ESR, ont été signés entre la France et le Maroc. Ils concernent la création de :
- la
faculté de médecine d'Agadir, soutenue par six facultés françaises réunies en consortium
- un établissement de formation tout au long de la vie, en partenariat avec le CNAM (Conservatoire national des arts et métiers)
-
l'Ecole d’architecture de l’université internationale de Rabat, en collaboration avec l'Ecole d'architecture de Nancy et l’Ecole d'architecture de la ville et des territoires de Marne-la-Vallée
-
un Institut méditerranéen de la logistique et des transports soutenu par l'Ecole des ponts ParisTech
- une UMI
(Unité mixte internationale) miroir de l’UMI de GeorgiaTech Lorraine (CNRS INSIS) dans le domaine des matériaux pour l’énergie
- un IUT international
, en collaboration avec l'ADIUT (Association des directeurs d'IUT).

Sophie Blitman | Publié le