Jean-Robert Pitte : « La culture de la formation “tout au long de la vie” doit se diffuser dans notre pays beaucoup plus largement qu’aujourd’hui : c’est une nécessité »


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Jean-Robert Pitte
Jean-Robert Pitte
Ancien président de l’université Paris-Sorbonne, Jean-Robert Pitte s’est fait connaître du grand public par ses prises de position fortes pour l’autonomie des universités, la sélection des étudiants et une augmentation des frais de scolarité. Aujourd’hui, l’auteur de Stop à l’arnaque du bac est depuis 2010 délégué à l’information et à l’orientation auprès du Premier ministre afin de coordonner le service public de l’orientation tout au long de la vie. Promouvant le futur label dont bénéficieront les centres d’orientation, Jean-Robert Pitte publie un guide pratique intitulé Orientation pour tous qui sort en librairie le 6 octobre 2011. Il y dresse le panorama de l’orientation en France pour le grand public, les professionnels comme les familles. EducPros en publie des extraits en exclusivité.

Le pessimisme des jeunes Français

« Faut-il s’étonner […] du profond pessimisme des jeunes Français ? Selon une récente enquête conduite par Dominique Reynié,  47% d’entre eux considèrent que la mondialisation est une menace, contre 34% au Royaume-Uni et en Allemagne, et une proportion encore plus faible dans des pays à l’avenir pourtant incertain: 31% en Israël, 28% en Russie, 12% en Inde et 9% en Chine ! Ils cultivent le paradoxe de se dire satisfaits de leur vie à 83%, mais d’être seulement 53% à penser que leur avenir personnel est prometteur, 25% à estimer que la situation de leur pays est satisfaisante et 17% que l’avenir de celui-ci est prometteur, contre, à propos de cette dernière question, 82% chez les jeunes Chinois et 83% chez les jeunes Indiens. Fâcheux défaitisme en ces temps de forte concurrence, mais aussi d’ouverture de nouveaux marchés parmi lesquels précisément ceux des pays les plus optimistes, par exemple les BRIC: Brésil, Russie, Inde, Chine !

» Dans ces conditions, les protectionnistes et nostalgiques des temps préindustriels ont un boulevard devant eux à la veille des échéances électorales de 2012. Au regard du thème de l’orientation, une réponse est très éclairante : 49% des jeunes Français sont certains qu’ils auront un bon travail dans l’avenir, contre 71% des jeunes Allemands. C’est bien là où le bât blesse. On ne peut accuser la crise économique mondiale de tous les maux. Il existe des spécificités françaises qu’il faut tenter de diagnostiquer avec justesse et auxquelles il faut tenter de porter remède, sans se complaire dans la délectation du déclin, ni dans sa négation hargneuse dont certains intellectuels se sont fait une spécialité. On a peine à croire à la véracité de ce chiffre de 51% de jeunes Français pessimistes quant à leur avenir professionnel et qui se posent en victimes de la société, de la politique, des entreprises et de la mondialisation. »

« Seuls 49% des jeunes Français sont certains qu’ils auront un bon travail dans l’avenir »


Le Label « Orientation pour tous »

« La réforme de l’orientation a été voulue par le Parlement qui a voté la loi du 24 novembre 2009 ; les textes d’application sont parus en mai 2011 et sa réorganisation est en cours. Elle crée un droit pour tous à l’orientation et, pour le mettre en œuvre, s’attache aux deux voies d’accès pratiquées par les usagers : le service dématérialisé et les lieux d’accueil. Un site Internet unique, complet, simple, convivial et anonyme, sera complété par une plate-forme d’accueil par téléphone, tchat ou courriel, d’accès gratuit, offrant un premier niveau d’information et d’orientation personnalisée.

» Par ailleurs, sur tout le territoire français, les différents organismes, rattachés ou non à des réseaux nationaux, se fédéreront grâce à des conventions d’échange et de coopération, de manière à offrir à proximité du domicile de chacun un accueil physique permettant d’obtenir toutes les informations utiles en vue d’engager une démarche d’orientation. Le label “Orientation Pour Tous” est accordé aux organismes qui respectent le cahier des charges prévu par la réglementation. Ils sont signalés par un logotype conforme à celui qui figure sur la couverture de cet ouvrage. Le cas échéant, les usagers seront ensuite dirigés vers l’organisme le mieux à même de traiter leur demande précise et de les accompagner jusqu’à son terme dans le domaine de la formation, de l’acquisition des bases d’un métier, de l’insertion ou de l’évolution professionnelle.

» Une telle réforme a pour but d’inviter les Français de tous âges à recourir davantage aux services des différents organismes d’orientation. Elle vise non seulement les situations critiques, celles des jeunes “décrocheurs” ou des chômeurs, par exemple, mais aussi les désirs plus ou moins clairement formulés d’évolution ou de mobilité professionnelle. La culture de la formation “tout au long de la vie” doit se diffuser dans notre pays beaucoup plus largement qu’aujourd’hui : c’est une nécessité, face à l’évolution des techniques, des marchés et du contexte international. »


« À partir de la rentrée scolaire 2011, la démarche d’orientation active est préparée dès la première »


L’orientation active

« L’orientation active est un dispositif organisé en lien entre universités et lycées en vue de permettre aux lycéens de bénéficier d’entretiens avec des enseignants du supérieur. Ces entretiens ont pour objectif que le futur étudiant puisse vérifier la justesse de ses informations et la pertinence de son choix ; les conseils donnés peuvent porter sur les aides et soutiens qu’il recevra, comme sur la nécessité de renforcer son niveau dans quelques domaines ; dans certains cas, il s’agit d’éviter des erreurs d’orientation qui mèneraient sans doute à l’échec et de proposer de choisir d’autres voies.

» Les propositions sont des conseils ; le choix reste libre, tout au moins en ce qui concerne les filières non sélectives, c’est-à-dire la première année de licence des universités. À partir de la rentrée scolaire 2011, la démarche d’orientation active est préparée dès la première et proposée au premier trimestre de la classe terminale. Des entretiens seront organisés avec des enseignants des classes préparatoires, des sections de techniciens supérieurs (STS) et des instituts universitaires de technologie (IUT). Bien que ce dispositif soit ouvert à tous les lycéens de terminale, le plus souvent, ce sont des élèves sûrs de leur niveau qui demandent à en bénéficier ; les autres redoutent à tort une sélection, alors que la finalité est de leur offrir un conseil personnalisé. Il faut encourager les élèves à demander un entretien d’orientation active.

» Le choix et les classements des vœux restent ensuite entièrement libres : le lycéen peut s’inscrire dans une filière universitaire, même s’il risque d’y rencontrer des difficultés. C’est l’une des particularités et des ambiguïtés du système français. L’orientation active et plus particulièrement la démarche de conseil et d’accompagnement des futurs étudiants par les professeurs de l’enseignement supérieur sont organisées en coordination avec les proviseurs et leurs équipes éducatives. Les lycéens suivront quatre étapes : information, conseil, préinscription, et admission. L’information, premier temps de l’orientation active, permet au lycéen de préparer avec ses parents et ses professeurs le projet de poursuite d’études. Puis, dès le premier trimestre de terminale, un conseil de classe est dédié à l’orientation afin de donner des avis avant les préinscriptions dans APB en janvier. Ainsi, le lycéen peut, au deuxième trimestre de terminale, effectuer sa préinscription dans un ou plusieurs établissements d’enseignement supérieur en fonction de ses projets. Le dossier de préinscription “Les temps forts de l’orientation scolaire” comporte : les notes des bulletins de l’année en cours et de première, le projet professionnel, le domaine et la mention de la licence choisie ou toute autre filière envisagée. À la suite de cette préinscription, l’élève reçoit un avis personnalisé et circonstancié de la part de l’université présélectionnée. »

« Certaines (universités) sont plus en avance que d’autres : Lille, Lorraine, Paul-Sabatier, Rouen »

Les débouchés des formations universitaires

« Les universités, pour leur part, se dotent progressivement d’observatoires de l’insertion professionnelle de leurs diplômés. Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche les y encourage d’ailleurs, surtout depuis la promulgation de la loi du 10 août 2007, relative aux libertés et responsabilités universitaires, qui leur confie explicitement la mission d’aider les étudiants dans leur insertion professionnelle. Certaines sont plus en avance que d’autres et portent à la connaissance du public, sur leur site Internet, des informations précieuses, c’est-à-dire non seulement des statistiques par grande spécialité, mais aussi, diplôme par diplôme, la liste des emplois occupés par les anciens, avec leurs rémunérations, le type d’employeur (taille de l’entreprise, secteur privé ou public), sa localisation et son domaine d’activité (industriel, services aux entreprises, enseignement…). On peut citer, parmi d’autres, les universités de Lille, de Lorraine, l’université Paul-Sabatier à Toulouse ou encore l’université de Rouen ou l’Observatoire régional des formations supérieures de Basse-Normandie. »

« L’Allemagne, la Grande-Bretagne, la Suède ou les Pays-Bas ont valorisé l’alternance en l’intégrant au système éducatif dans l’enseignement supérieur »

L’alternance

« Les formations en alternance sous contrat de travail (apprentissage et contrats de professionnalisation) représentaient en France, au 1er janvier 2008, plus de 610.000 jeunes. Sur ce total, un cinquième préparait des diplômes d’enseignement supérieur public ou privé. Rapporté à la totalité des étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur en 2007-2008, ce chiffre représente à peine 6%. Les éléments d’information sur cette voie de formation, sous contrat de travail de type particulier, sont extrêmement parcellaires. Selon la Direction de l’animation de la recherche des études et de la statistique (DARES), en 2008, 50.245 personnes auraient conclu un contrat de professionnalisation avec un niveau de formation supérieur au niveau IV.

» Le BTS a été longtemps l’un des diplômes les plus préparés par la voie du contrat de professionnalisation, notamment par des organismes privés de formation. Dans certains établissements d’enseignement supérieur, le contrat de professionnalisation se présente comme une alternative à l’apprentissage. Dans d’autres cas, c’est la branche qui a décidé de privilégier cette voie de formation. La voie des contrats de professionnalisation a été mise en valeur par les partenaires sociaux dans leur accord national interprofessionnel du 7 janvier 2009.

» Dans la pratique, les différentes formes d’alternance paraissent bien complexes, ainsi que l’explique l’Académie des sciences morales et politiques : “L’apprentissage fait référence à plusieurs modes de fonctionnement souvent mal identifiés, ce qui crée une grande confusion dans les esprits, voire des oppositions, même parmi les publics directement concernés : professionnels, formateurs, orienteurs, parents et jeunes.” En dépit de cette complexité, il faut valoriser ces formations qui pour beaucoup de jeunes constituent un tremplin vers la réussite. En Europe, de nombreux pays comme l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la Suède ou les Pays-Bas ont valorisé l’alternance en l’intégrant au système éducatif dans l’enseignement supérieur. »

Orientation pour tous. Bien se former et s’épanouir dans son métier, sous la direction de Jean-Robert Pitte, François Bourin éditeur, 19 €.








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