L’année 2015 dans les universités : budget, budget, budget

Camille Stromboni
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Université Lille 2
Lille 2 fait partie des universités les plus fortement ponctionnées en 2015 sur leurs fonds de roulement. // ©  Université Lille 2
RÉTROSPECTIVE 2015. Entre l'annonce des budgets repoussée de plusieurs mois et la ponction sur les fonds de roulement, l'année 2015 a eu pour fil rouge la question budgétaire dans les universités et les grandes écoles publiques. L'explosion du nombre d'étudiants à la rentrée n'a pas manqué de la remettre sur le devant de la scène.

S’il est une préoccupation qui a dominé l’année 2015 dans les universités, c’est bien celle des moyens. Avec une situation inédite : durant les quatre premiers mois de l’année, les facs et les écoles d’ingénieurs ne connaissaient pas leur budget.

100 millions ponctionnés sur les fonds de roulement

L’État a décidé d’opérer un prélèvement de 100 millions d'euros sur les fonds de roulement des établissements. Il a donc retardé cette répartition des moyens – traditionnellement annoncée fin décembre – afin de déterminer quels établissements seraient ponctionnés, en s’appuyant sur le rapport des inspections générales.

Un procédé qui a provoqué une levée de bouclier de l’ensemble des représentants de la communauté universitaire. Universités et écoles d'ingénieurs se sont élevées contre ce choix "périlleux" qui encouragerait une gestion à risque. Les établissements visés ont dénoncé ce qu’ils considéraient comme une sanction à la bonne gestion.

"Pendant plusieurs années, nous avons économisé pour pouvoir mener à moyen terme des projets d'envergure, expliquait Sophie Commereuc en juin, alors directrice de l'École nationale supérieure de chimie de Clermont-Ferrand. Au moment où l'on veut investir, l'État nous retire des fonds. Il vient rompre cette logique."

Le Cneser (Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche) a marqué son opposition à plusieurs reprises. En vain.

En avril, ce sont 47 établissements qui ont vu tomber le couperet – 11 universités à hauteur de 60 millions d'euros, 22 écoles d’ingénieurs, pour un montant global de 23.5 millions d'euros, ainsi qu’une dizaine d’autres établissements (IEP, observatoires, écoles...) et les chancelleries des universités.

Une période de turbulences, marquée par une vacance de pouvoir au secrétariat d'État à l'Enseignement supérieur et à la Recherche : Geneviève Fioraso a quitté ses fonctions le 5 mars et la rue Descartes est restée sans locataire pendant plusieurs mois, jusqu'à la nomination de Thierry Mandon, le 17 juin.

Une nouvelle cristallisation des mécontentements s'est opérée à la rentrée universitaire de septembre. Les universités ont fait face à 38.000 étudiants supplémentaires. Les difficultés pour les accueillir dans de bonnes conditions, allant de pair avec le manque de moyens des établissements, ont été largement médiatisées.

Notamment avec le Tumblr #MaSalleDeCoursVaCraquer, lancé par l'Unef. "Tous les voyants sont au rouge ! a dénoncé le président du syndicat étudiant, William Martinet, lors de la conférence de presse de rentrée, le 7 septembre. La réponse politique n'est pas à la hauteur des enjeux. C'est la pire rentrée universitaire du quinquennat."

Plusieurs organisations syndicales ont estimé à 500 millions d’euros l'enveloppe nécessaire pour répondre à l'afflux d'étudiants, simplement pour que les universités puissent fonctionner normalement. Plusieurs milliers d'étudiants en Staps ont manifesté le 23 septembre dans toute la France pour dénoncer le manque de moyens dont souffre leur filière.

Les négociations autour du budget 2016 de l'enseignement supérieur et de la recherche ont débuté au même moment. Parmi les inquiétudes : une nouvelle ponction potentielle sur les fonds de roulement. Inquiétude levée par Manuel Valls, fin septembre, lors d'un déplacement à Avignon. Le Premier ministre a annoncé 100 millions d'euros supplémentaires pour le budget 2016 de l'enseignement supérieur et de la recherche, écartant ainsi toute ponction.

Dans le projet de loi de finances 2016, présenté ensuite en Conseil des ministres, l'enveloppe pour l'enseignement supérieur et la recherche est restée la même qu'en 2015. C'est par un amendement, proposé par le gouvernement lors des débats parlementaires, que les 100 millions ont été ajoutés au programme 150, dédié aux établissements. Le secrétaire d'État Thierry Mandon a également insisté sur les 65 millions d'euros dégagés sur l'immobilier au profit des universités.

Un budget jugé insuffisant pour répondre aux besoins du secteur par l'ensemble des syndicats et collectifs — étudiants, enseignants, chercheurs, administratifs. Ils ont appelé ensemble à une marche parisienne le 16 octobre, pour dénoncer le manque de moyens à l'université et dans la recherche. La mobilisation est restée timide, avec 4.000 manifestants d'après les organisateurs, 1.000 selon la police. L'année s'est cloturée par un vote négatif du Cneser sur ce budget, à une très large majorité.


Camille Stromboni | Publié le

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