L’annulation des oraux aux concours internes de l’Éducation nationale, une victoire en demi-teinte

Alexandre Malesson
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L’annulation des oraux aux concours internes de l’Éducation nationale, une victoire en demi-teinte
Les oraux des concours internes de l'Éducation nationale ont finalement été annulés. // ©  plainpicture/Erickson/Jim Erickson
Initialement décalés à la rentrée scolaire, les oraux des candidats internes admissibles aux concours de l’Éducation nationale ont finalement été supprimés par le ministère, comme certains oraux des concours externes auparavant. Une "mesure de bon sens" pour les syndicats mais qui ne tend pas vers "une solution acceptable".

C’est un soulagement pour Marie Julien. Voilà un an que cette enseignante de 37 ans prépare le concours interne – destiné aux candidats ayant déjà travaillé au moins trois ans dans la fonction publique – du Capes de lettres modernes. Elle appréhendait un report des oraux en septembre, leur annulation lui permet de souffler. "Attendre la rentrée était inenvisageable", assure-t-elle. "Je travaille du matin au soir depuis un an en jonglant entre la nouvelle réforme du lycée et la préparation des écrits. J’ai deux enfants, je suis déjà professeur depuis cinq ans au sein de l’Éducation nationale… Garder ce rythme jusqu’en septembre pour un oral ? Impossible pour moi."

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Un collectif d’internes pour se défendre

Pour rejoindre les rangs de l’Éducation nationale ou gravir les échelons, deux catégories de concours existent : externe, qui est la principale voie de recrutement, et interne, pour les candidats ayant déjà travaillé au moins trois ans dans la fonction publique. Avant le confinement, les candidats internes, ainsi que certains externes, avaient déjà passé leurs écrits ou envoyé leur dossier. En revanche, la grande majorité des externes n’avait encore passé aucune épreuve.

Fin avril, le ministère de l’Éducation nationale annonce les nouvelles règles : les concours externes qui ont commencé iront à leur terme avec un oral d'admission décalé et ceux qui n’ont pas pu avoir lieu sont reportés aux mois de juin et de juillet, les écrits faisant office d’épreuves d’admission. Côté interne, les oraux sont décalés à la rentrée 2021, à l’exception du CRPE (Concours de recrutement de professeurs des écoles) interne qui n’avait pas commencé avant le confinement.

Se sentant lésés par le ministère, plusieurs candidats se sont réunis dès le 25 avril dans un collectif d’admissibles aux concours internes. Leur revendication : l’admission directe de tous, sans oral. L’organisation compte désormais près de 3.000 membres sur les 8.000 ayant réussi les écrits, selon leurs estimations. S’en est suivie une large mobilisation sur les réseaux sociaux qui leur a permis de s’entretenir le 27 mai avec le cabinet de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale.

"Nous leur avons fait une contre-proposition", explique Quentin Lhuillier, porte-parole du collectif et admissible au Capes de sciences économiques. "Admettre l’intégralité des admissibles aux concours internes sur deux ans : 6.000 cette année (contre les 4.000 prévus) et les 2.000 restants l’an prochain."

Une proposition finalement rejetée, incompréhensible pour le collectif. "On a compté les postes qui n’ont pas été pourvus sur les trois dernières sessions", s’indigne Quentin Lhuillier. "On en est à plus de 4.000 ! Ces places existent puisqu’elles ont été ouvertes d’année en année. Nous sommes nombreux à être contractuels, pourquoi nous laisser dans cette précarité ?"

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Un oral de titularisation qui pose question

A la suite de cette contestation, le ministère décide finalement fin mai d’annuler aussi les oraux pour les concours internes. Cependant, comme pour les admis aux concours externes n’ayant pas passé les écrits avant le confinement, cette épreuve est remplacée par un oral de titularisation l’an prochain "pendant lequel une attention très particulière sera portée à la compétence orale", prévient le ministère de l’Éducation nationale. Un entretien différent de l’inspection habituellement prévue pour valider définitivement le concours à l’issue de l’année de stage. Pour l’heure, aucune information n’a été donnée aux candidats sur le contenu de cet oral.

"Toute l’année, tu es agrégée, et d’un coup si tu rates cet oral de titularisation tu ne l’es plus ?", s’interroge Karine Linda, candidate en interne à l’agrégation d’espagnol. "C’est le flou complet cette épreuve. Je ne vois pas ce qu’ils vont nous demander de plus. Je suis en poste depuis 19 ans, j’ai le Capes et mes rapports d’inspection sont bons. Mes preuves à l’oral, je les ai déjà faites."

Le gouvernement évoque pourtant une décision "d’équité" pour permettre à chaque concours d’avoir un écrit et un oral. "Sauf qu’il change nos règles en cours de jeu", déplore Karine. "Les externes vont plancher sur leurs écrits en sachant qu’ils valent admission, ce n’était pas notre cas lorsque nous avons passé l’épreuve avant le confinement."

Dans quelques jours, le ministère de l’Éducation nationale publiera une liste d’admis pour les concours internes. Le collectif a décidé d’interpeller Jean-Michel Blanquer sur les réseaux sociaux avec le #MonBlanqueràmoi "pour montrer ce que vit un contractuel aujourd’hui dans l’Éducation nationale". Avec un espoir : obtenir, enfin, une admission définitive pour tous.


Alexandre Malesson | Publié le

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marie curie.

Les moyennes dont certains parlent n'ont rien à voir avec les examens. Un 18 en Master 2 ne vaut plus qu'un 8 au concours et pour l'agrégation encore moins - les chiffres sont trompeurs et la question de la moyenne est sujet à caution. Je conçois que l'annulation des oraux soient incompréhensibles, il l'est pour nous aussi, admissibles des concours ; ce n'est pas seulement injuste mais aussi douloureux d'avoir beaucoup travaillé et de voir les règles du jeu changer en cours de partie. Nous sommes nombreux à vouloir le maintien des oraux. Avant de dénigrer encore et encore les professeurs, voyez les conditions. Nous subissons une maltraitance institutionnelle ainsi qu'un prof bashing de la part de personnes qui n'y connaissent visiblement pas grand chose.

Toubib.

C'est une honte de demander la suppression des oraux en sachant que pour certaines matières comme les langues c'est la compétence PRINCIPALE demandée. Je connais des profs de langues étrangères qui ne maîtrisent même pas la langue mais qui sont profs vu la faible moyenne à cause du niveau des candidats. Maintenant en plus il n y aura pas d'oraux pour évaluer un minimum la maîtrise de la langue? Une HONTE. C'est ça des enseignants? Comment pourrions nous demander des hausses de salaire et de moyens si déjà l'accès à ce métier est un cadeau? Aucune légitimité. Il fallait tout simplement reporter les concours cette année et doubler les postes l'année prochaine dans des conditions normales.

Big bils.

Bande de faignants!! Les oraux ont tj existés le covid n'est pas un prétexte pour passer entre les mailles du filet !!!! Déjà que les concours ne valent plus grand chose vu la faiblesse des moyennes qui vous permettent d'accéder à la profession mais en plus maintenant il faudrait supprimer le dernier filtre pour vous permettre de rester peinard l'été à la maison... pauvres choux !! On ne transforme pas une charrette en voiture de course et vous ne faites que le prouver. Enseigner n'est pas une mince responsabilité, je trouve regrettable que l'accès à cette noble profession ait été dévalorisé à ce point. Ça me fout la gerbe rien que de lire les geremiades de ces faignants, faudra pas s'étonner de sombrer encore plus bas aux prochaines évaluations internationales vu la perspicacité des futurs instructeurs de nos enfants...