L’appartenance territoriale, un enjeu pour les universités hors métropoles

Marion Floch
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L’appartenance territoriale, un enjeu pour les universités hors métropoles
L'université de Corse, dont la fondation siège à Corte, a établi des liens étroits avec les entreprises locales. // ©  Université de Corte
Beaucoup d’étudiants déménagent dans les métropoles après avoir obtenu leur diplôme. Un enjeu pour les universités et grandes écoles des petites villes qui déploient des moyens pour garder ces jeunes diplômés.

Le ministère de l’Enseignement supérieur et Régions de France viennent d’annoncer leur souhait d’accompagner les universités pour mieux répondre aux besoins des entreprises. Une nouvelle qui intervient dans un contexte où les petites villes perdent encore beaucoup de jeunes diplômés, au profit des métropoles. Une situation à laquelle font face les universités et grandes écoles situées en dehors de ces villes d’affluence.

Des formations pour répondre aux besoins du territoire

Pour la Conférence des grandes écoles (CGE), qui vient de créer la commission Grandes écoles et territoires, "il est important de participer au maillage des territoires". "Les grandes écoles sont par définition profondément ancrées sur leur territoire, tout en ayant une visibilité nationale et internationale", explique Sophie Commereuc, présidente de la commission.

Selon la Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises (Fnege), cette double visibilité peut avoir un impact négatif sur certaines écoles. "On a observé un phénomène d’éloignement alors on a créé le BSIS (Business school impact system) qui permet de rappeler que les écoles ont un rôle important pour leur territoire", explique Michel Kalika, directeur du BSIS. Créé en 2012, il était réservé aux écoles de commerce. Depuis, il a été développé pour les écoles d’ingénieurs, les universités et à l’international.

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Les écoles IMT-Mines en sont de bons exemples, puisqu’elles ont été fondées pour redynamiser le territoire après la fermeture des mines de charbon. "À Albi, nous avons fait une étude afin de répondre aux besoins du territoire. Elle a montré des besoins en valorisation des déchets et nouvelles énergies, en alimentation et nutrition et aussi en organisation des entreprises. Mais nous n’avons pas eu besoin de l’étude pour identifier l’aéronautique spatial, on pouvait difficilement se tromper pour cette thématique", précise Narendra Jussien, directeur d'IMT-Mines.

L’Université de Corse, l’università di Corsica Pasquale-Paoli, répond aussi aux besoins de son territoire mais il n'est pas nécessaire de faire une étude pour les identifier. Étant donné qu’elle est le seul établissement d’enseignement supérieur de sa région, les professionnels locaux savent à qui s’adresser. Ils expriment eux-mêmes leurs demandes, "Les gestionnaires du port nous ont demandé une formation spécifique, c’est ainsi que nous avons ouvert un D.U. gestion des ports de plaisance", explique Vanina Pasqualini, vice-présidente Formation et vie universitaire.

Les diplômés quittent leur région

Malgré ces actions, l’exode des jeunes diplômés est toujours majeur. "À Sigma Clermont, 85 à 90% des étudiants quittent la région après avoir obtenu leur diplôme", constate Sophie Commereuc, également directrice de l’école. "Nous travaillons surtout avec les entreprises locales pour l’apprentissage, ça crée un lien étroit entre elles et les étudiants et même pour les jeunes, c’est mieux en termes de mobilité".

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Ces partenariats intéressent le BSIS car ils participent au développement économique du territoire. C’est un sujet qui fait partie de la première phase de ce système. Il va collecter des informations sur l’impact de l’école sur l’écosystème, l’éducation, la responsabilité sociétale, les finances, les recherches académiques, l’image du territoire et le développement économique du territoire. "Les résultats sont propres à chaque école, il n’y a pas de classement, ni de jugement. On voit les collectivités publiques changer de comportement car elles ne se rendent pas compte de l’impact de l’école avant. On voit aussi que les écoles se sentent valorisées. On leur remet un label renouvelable tous les trois ans et elles communiquent beaucoup dessus."

À l’IMT-Mines Albi, ils sont entre 25 et 30% des jeunes diplômés à rester dans le territoire du Tarn. "Nous devons aider le département à se développer, on veut attirer les jeunes mais aussi les faire rester", explique Narendra Jussien. L’école semble avoir réussi, puisque plusieurs entreprises des environs ont été créées par des alumni. "Il y en a une dizaine, ça représente environ 150 emplois, il y en a même une qui est devenue sous-traitante de premier niveau d’Airbus", continue le directeur.

L’université de Corse, voient aussi beaucoup de ses diplômés partir. "Nous avons 4.750 étudiants qui viennent de plusieurs pays mais ceux qui partent après leur diplôme sont surtout ceux originaires de France métropolitaine". Pour Vanina Pasqualini, "c’est à cause de l’effet d’insularité", c’est-à-dire quitter une île à cause de son caractère isolé. Paradoxalement, l’université encourage beaucoup ses étudiants à sortir de l’île. "Nous proposons des stages à l’étranger et nous avons plusieurs doubles diplômes avec des universités internationales", énumère la vice-présidente Formation et vie universitaire.

L’université de Corse a ouvert un nouveau D.U. Architecture, Qualités environnementales du cadre bâti en milieu méditerranéen. "Jusqu’à maintenant, nous n’avions pas de formation en architecture, il fallait quitter l’île pour en suivre une", explique Mme Pasqualini. Expérimentée depuis la rentrée 2019, cette formation compte une quinzaine d’inscrits et est en partenariat avec l’École nationale d’Architecture de Montpellier (Ensam). À terme, l’université de Corse espère ouvrir sa propre école.


Marion Floch | Publié le

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