Approche par compétences : les écoles d’ingénieurs accélèrent le mouvement

Clément Rocher
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Approche par compétences : les écoles d’ingénieurs accélèrent le mouvement
Centrale Marseille applique l'approche par compétences depuis une dizaine d’années. // ©  Google Street View
Lors du colloque annuel de la Commission des titres d’ingénieurs qui s'est tenu le 11 février dernier, les écoles se sont engagées dans une réflexion collective autour de l’approche par compétences et de l’alignement pédagogique. L’occasion pour la CTI de faire le point sur cette démarche engagée depuis plusieurs années.

S'engager dans l'approche par compétences devient une nécessité dans les écoles d'ingénieurs. La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, qui s'exprimait dans une vidéo diffusée lors de l'ouverture du colloque annuel de la Commission des titres d'ingénieurs (CTI), le 11 février dernier à Bordeaux, considère même qu'il s'agit "d'un défi que nous devons collectivement relever et qui va changer grandement les pratiques pédagogiques".

L'approche par compétences désigne un modèle d'apprentissage basé sur le développement des savoir-faire. Selon la CTI, "chaque école doit avoir clairement identifié les aptitudes générales et professionnelles, essentielles et spécifiques qu'elle transmet à ses élèves et dont elle certifie l'acquisition par la délivrance de chacun de ses diplômes".

De son côté, la présidente de la CTI, Elisabeth Crépon, soutient que "les écoles d’ingénieurs ont progressé dans la mise en œuvre de la démarche par compétences". Ce concept fait partie intégrante du processus d’accréditation d’une école d’ingénieurs depuis 2006. Mais aujourd’hui, où en est-on exactement ? Et comment intégrer cette approche dans un programme pédagogique ?

Les écoles d’ingénieurs s'impliquent dans l’approche par compétences

Les écoles d’ingénieurs se sont engagées à leur rythme dans un mouvement général lié à l'approche par compétences. "La mise en place de cette méthode nous occupe depuis plusieurs années, elle est importante pour l’évaluation des formations d’ingénieurs et illustre la dynamique entre les écoles et la CTI", explique Elisabeth Crépon. Une évolution qui s’est notamment renforcée ces dernières années avec le label européen EUR-ACE.

Pour Carole Deumié, directrice de l’Ecole centrale de Marseille, ce thème "était important et pertinent pour l’ensemble de la communauté". L'établissement est rentré dans ce dispositif depuis une dizaine d’années. "Nous nous sommes engagés de façon volontaire. Il faut avoir une bonne vision de la direction et cela nécessite un accompagnement de terrain avec le recrutement d’un ingénieur pédagogique."

La question de l’approche par compétences s’est posée dès 2002 pour Gabrielle Landrac lorsqu’elle travaillait à Télécom Bretagne. Aujourd’hui elle occupe le poste de directrice des formations au sein de l’Institut Mines Télécom. "Nous avions commencé à réfléchir à un nouveau programme de formation et la pédagogie par projet s’articulait bien avec cette méthode. L’intérêt c’est de dialoguer à la fois avec les étudiants, les enseignants-chercheurs et aussi avec les industriels."

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Une démarche qui prend du temps

Mais comment expliquer que les écoles d’ingénieurs ne sont pas toutes au même niveau d’avancement ? Selon la directrice de Centrale Marseille, la formalisation représente la première difficulté rencontrée par les écoles. "Le système doit s’adapter aux spécificités de chaque école. Il n’y a pas un seul métier d’ingénieur et donc il existe plusieurs manières de décliner un référentiel. Cela nécessite de l’énergie, une dynamique soutenue."

Les écoles d’ingénieurs doivent aussi prendre conscience que le processus est long. "Cela prend du temps pour que les enseignants comprennent notre démarche. Mais il est plus facile de s’y mettre dès maintenant plutôt que d’être précurseur dans l’approche par compétences. Il faut convaincre en interne que cette démarche est importante. Il est primordial que la direction soutienne. Nous avons toujours du pain sur la planche pour faire passer le message", poursuit Gabrielle Landrac.

La rédaction de la fiche RNCP constitue ainsi un enjeu prioritaire pour les écoles d’ingénieurs dans la mise en place de l'approche par compétences. "La fiche RNCP donne un cadre rigide et trop difficile à mettre en place. À Centrale Marseille, nous avons un panel de métiers qui est immense et chaque étudiant a un parcours individuel", continue Carole Deumié.

Les écoles d’ingénieurs qui innovent en matière de pédagogie

Un accompagnement pédagogique à mettre en place

L’alignement pédagogique se retrouve au centre de la démarche par compétences. Les écoles d’ingénieurs devront définir les aptitudes puis mettre en place une évaluation du niveau de développement des compétences des étudiants et leur donner les moyens de les développer au travers de nouvelles situations.

Cette réflexion autour de l’approche par compétences demande aussi aux écoles d’ingénieurs d'être vigilantes sur plusieurs points, notamment sur la conception du programme pédagogique. "Les compétences structurent le programme et non l’inverse. Il faut concevoir un programme qui s’exprime en termes d’objectifs d’apprentissage et qui représente des compétences", rappelle Benoit Escrig, conseiller pédagogique à Toulouse INP.

"Les évaluations sont liées à des mises en situation et à l’évolution des méthodes pédagogiques. Il y a des mises en situation assez évidentes comme les stages en milieu professionnel mais aussi l’apprentissage par projet", poursuit-il.

De plus en plus d’écoles d’ingénieurs pourraient prochainement se doter de conseillers pédagogiques afin de les accompagner dans la mise en œuvre de l’approche par compétences. "Si nous voulons un alignement pédagogique, il faut créer des situations complexes et multidisciplinaires. Il est pour cela utile d’avoir un accompagnement pédagogique", explique Jean-Louis Allard, membre de la CTI.


Clément Rocher | Publié le

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Guy Anseaume.

https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2655 Une école "pas intelligente" : https://www.binge.audio/le-bizutage-ma-marque-a-vie/

Alex Leblanc.

Visiblement bas de plafond, ton analyse manque d'argument. Retourne à l'école et passe ton brevet au lieu de parler de ce que tu ne connais pas.

Guy Anseaume.

Mais que vont faire les écoles qui n'apportent aucune plus-value à leurs étudiants ? Je pense par exemple aux Batards&Métèques sur concours CS, aux Epeufs parasites des campus, à toutes ces boites à fils à papa : ECE, IPSA, etc