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Attentats à Paris. Arts et Métiers ParisTech sur le terrain des valeurs

Céline Authemayou
Publié le
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Un cours à Arts et Métiers ParisTech
Dans un établissement regroupant plus de trente nationalités, les actes perpétrés le 13 novembre restent incompréhensibles. // ©  Arts et Métiers ParisTech

Sur le campus parisien de l’école d’ingénieurs Arts et Métiers ParisTech, où se côtoient chaque jour une trentaine de nationalités, étudiants et enseignants se sont mêlés lundi 16 novembre pour observer une minute de silence. Au-delà de l’émotion, tous partagent un même objectif : continuer d’étudier et d’apprendre, pour défendre les valeurs de la République.

Quelques minutes avant midi, la cour carrée ouverte aux quatre vents se remplit silencieusement. Par petits groupes, les étudiants et les enseignants sortent des salles de cours, pour venir observer une minute de silence. Les conversations se font à voix feutrée, quelques rires fusent ici et là.

À 12 heures, Laurent Carraro, directeur général d'Arts et Métiers ParisTech prend la parole. Le discours est bref : la veille, il a adressé aux personnels et aux élèves un message. "Vendredi soir, ce n'est pas seulement notre pays qui a été attaqué, mais c'est tout notre nation, dans la définition qu'elle a de plus noble, écrivait-il. Ce sont les symboles de notre vivre-ensemble, de notre liberté qui ont été visés". Puis le silence se fait. Et les têtes se baissent, respectueusement.

Avant de quitter la cour, quelques étudiants entonnent la Marseillaise, rejoints par d'autres camarades. Parmi eux, Maël et Paul. À 20 ans, ils sont tous deux en première année du cycle génie industriel. "On se sent totalement impuissants face aux événements, mais c'est par des petits gestes que nous pouvons faire preuve de solidarité envers tous ceux touchés par le drame."

Priorité à la gestion opérationnelle

Lundi matin, dès 8 heures, le campus parisien d'Arts et Métiers ParisTech a ouvert ses portes, pour laisser la vie reprendre son cours. Ce week-end, comme tous les établissements publics d'Île-de-France, il avait été fermé au public, engendrant la suppression de bon nombre d'événements. "Nous avons passé le week-end à gérer des dossiers administratifs et opérationnels", concède Laurent Carraro.

L'école, qui compte huit campus répartis sur tout le territoire français, a dû jongler avec les décisions préfectorales locales pour prendre les mesures de sécurité qui s'imposaient. "Nous avons peu, voire pas d'informations sur les règles à appliquer en province, note, démuni le directeur général. Nous avons donc décidé de dupliquer les mesures prises dans le cadre de l'alerte attentat à tous nos sites". Des actions qui se concrétisent par exemple par le contrôle des sacs à l'entrée.

Plus que d'explications, les jeunes avaient surtout besoin de parler, de se sentir soudés et unis.

prendre des nouvelles des étudiants

Au-delà de la gestion administrative des événements, les équipes ont aussi et surtout passé leur week-end à prendre des nouvelles des étudiants et de leurs collègues. "Samedi, j'ai contacté tous mes élèves par mail, raconte Ricardo Noguera, enseignant en mécanique des fluides et référent pour les étudiants venus d'Amérique latine. Je leur ai demandé de me répondre au moins "bonjour", pour m'assurer qu'ils étaient sains et saufs. Tous m'ont répondu."

Alors que la génération des 18-30 ans a été particulièrement touchée par les attentats, les enseignants appréhendaient particulièrement le relevé des présences, ce lundi. " Ce matin, tous mes étudiants étaient là", note, soulagé, Farid Bakir. Cet enseignant a passé son week-end à se demander comment aborder le sujet des attentats avec ses élèves. "J'avais deux solutions, énumère-t-il. Soit on se comprend avec les yeux, soit on en parle dès la première heure de cours."

Finalement, il a opté pour un entre-deux, ouvrant les discussions à la fin de son cours. "Il est très difficile pour un enseignant de trouver les bons mots, regrette-t-il, la gorge nouée. Nous sommes également touchés, émus... Mais finalement, plus que d'explications, les jeunes avaient surtout besoin de parler, de se sentir soudés et unis." Une analyse que partagent Maël et Paul. " Nous sommes choqués, mais la fatalité n'a pas pris le dessus, affirment les étudiants. Personne n'entend baisser les bras, bien au contraire. Nous sommes tous décidés à continuer de vivre, à continuer d'étudier."

Dans un établissement qui regroupe plus de trente nationalités, les actes perpétrés vendredi 13 novembre sont incompréhensibles. "Nos labos de recherche sont par définition multiculturels, multiconfessionnels, se désole Philippe Rouch, enseignant et directeur de l'institut de biomécanique humaine Georges Charpak. Cette barbarie va à l'encontre même des valeurs que nous portons".

La création d'espaces, pour libérer la parole

Passée l'émotion des premiers jours, il faudra accompagner les personnes les plus fragilisées, leur offrir un lieu d'écoute. Comme il l'avait fait en janvier 2015 lors des attentats perpétrés contre Charlie Hebdo, l'établissement va mettre en place une cellule psychologique dans les prochains jours. "Cette initiative répond à un vrai besoin, note Laurent Carraro. Certains personnels, certains étudiants sont très choqués. Le choc est beaucoup plus terrible qu'en janvier. Ici, la violence est aveugle, diffuse...".

L'école réfléchit également à l'organisation d'évènements, à la mise en place d'espaces dédiés à la parole. Des initiatives devaient être proposées lundi 16 novembre, lors du comité exécutif de l'établissement. "On se sent désarmés face à la situation, avoue Maël. Et pourtant, nous avons envie d'agir, d'être présents les uns pour les autres". L'étudiant a décidé d'aller donner son sang. Et aussi et surtout, de continuer d'aller en cours. " Les dictatures prolifèrent grâce à l'abrutissement des populations. L'enseignement doit être le premier rempart à la barbarie."

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Céline Authemayou | Publié le

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