L’Injep dresse un premier bilan en demi-teinte des Cités éducatives

Malika Butzbach
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L’Injep dresse un premier bilan en demi-teinte des Cités éducatives
Le collège Paul Eluard fait partie de la Cité éducative de Nanterre inaugurée en octobre 2021. // ©  Mathilde MAZARS/REA
Dans un rapport sur les 80 premières Cités éducatives, labellisées en 2019, l’Injep constate une "appropriation inégale" des enjeux de ce programme selon les acteurs et les territoires. Face à l’hétérogénéité des projets, la question de l’évaluation semble épineuse : comment construire des indicateurs pour mesurer l’impact de ces cités ?

Trois ans après leur mise en place, le bilan des Cités éducatives s’avère complexe, tant les projets sont hétérogènes, souligne l’institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep) dans son premier rapport concernant l’évaluation de ce programme. Si, en 2019, 80 cités éducatives ont été mises en place dans les quartiers prioritaires de la ville, on en compte actuellement 200.

200 cités éducatives pour lutter contre l'inégalité des chances devant l'école

Chaque projet vise à "intensifier la prise en charge des jeunes de 0 à 25 ans de leur naissance à leur insertion professionnelle avant, pendant, autour et après le cadre scolaire". Pour lutter contre les inégalités de chances devant l’école, les cités s'appuient sur une "grande alliance éducative" associant plusieurs acteurs locaux : les établissements scolaires, les services de l’État, les collectivités territoriales, les associations, les familles…

Le rapport de l’Injep, publié en mai 2022 et présenté lors d’une conférence de presse le 30 juin, se veut un point d’étape des 80 premières cités éducatives. Il démontre une "appropriation inégale" des enjeux du programme selon les territoires et les acteurs.

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Le cadre des cités éducatives volontairement trop large ?

L’Injep se penche sur trois axes du programme : la mise en œuvre de la continuité éducative, les parcours d’orientation, d’insertion et de formation pour les 11–25 ans, ainsi que la place des familles. "Ces orientations nationales sont volontairement larges pour laisser la possibilité aux acteurs locaux de se les approprier, précise Tana Stromboni, chargée d’études et d’évaluation à l’Injep et co-auteure du rapport. L’idée est de les décliner en prenant en compte les besoins et priorités propres à chaque territoire, dans une logique de politique 'bottom up'."

L’idée est de décliner les Cités éducatives en prenant en compte les besoins et priorités propres à chaque territoire. (T. Stromboni, Injep)

Revers de la médaille, certains acteurs craignent de ne pas répondre à toutes ces attentes nationales et ne s’autorisent pas toujours à hiérarchiser les actions en fonction des ressources et du contexte local. "D’autant que, pour une part non négligeable de Cités, le manque de perspectives à long terme et le manque de moyens humains limitent le programme à un 'levier financier'", souligne Tana Stromboni.

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Renforcement des actions en place plutôt que l’innovation

Ainsi, si les parcours d’orientation, d’insertion et de formation sont affichés comme priorités du programme, cet axe se retrouve dilué parmi d’autres. "Seulement 12% des actions menées par les Cités relèvent de cette thématique, indique Romane Urbano, qui a également signé le rapport de l’Injep. Surtout, on constate que ces actions ne sont pas forcément innovantes, elles visent surtout à renforcer l’existant."

D’ailleurs, l’axe de l’orientation fait davantage l’objet de développement, parfois au détriment de l’insertion et de la formation, précise le rapport. Conséquence, les partenariats entre les Cités éducatives et les acteurs de l’insertion que sont les missions locales ou Pôle emploi, "restent limités".

Si l’intégration des familles fait consensus pour l’ensemble des acteurs, "il y a peu de réflexions sur cette question", souligne aussi Tana Stromboni. Les actions menées auprès de ce public sont diverses et variées, allant des usages au numérique, aux liens avec l’institution scolaire en passant par l’accès à la culture ou la santé. "Mais ces actions visent davantage la montée en compétences des familles que leur réelle participation."

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Des indicateurs à construire au niveau local

Les acteurs ont interprété la notion de continuité pédagogique comme la continuité entre les différents temps des jeunes dans la journée, qu’ils soient scolaires, périscolaires ou extrascolaires. Concernant la deuxième interprétation possible, à savoir éviter les ruptures du parcours scolaire et faciliter le passage d’un cycle à un autre, les efforts ont surtout porté sur la transition entre le primaire et le collège.

"On constate de vraies divergences entre les acteurs et les projets sur la place donnée au référentiel scolaire, précise Tana Stromboni. Doit-on prioriser la réussite scolaire, c’est-à-dire l’acquisition des savoirs et apprentissages à l’école, ou une réussite éducative au sens plus large ?"

On constate de vraies divergences entre les acteurs et les projets sur la place donnée au référentiel scolaire. (T. Stromboni)

Cette question apparaît d’autant plus cruciale que se pose la question des indicateurs pour mesurer l’impact de ces cités sur le devenir des jeunes qui en bénéficient. "L’hétérogénéité des projets rend la mesure de leur impact difficile. Les indicateurs sont à construire mais peut-être davantage au niveau local que national, pour prendre en compte les objectifs de chaque Cité." Un enjeu de taille alors que l’évaluation de ce programme se poursuit jusqu’en 2023.


Malika Butzbach | Publié le