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L’Institut Montaigne veut placer le numérique au cœur de la machine "enseignement supérieur"

Céline Authemayou
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L’Institut Montaigne veut placer le numérique au cœur de la machine "enseignement supérieur"
Pour l'Institut Montaigne, le numérique doit permettre à l'enseignement supérieur français de gagner en performance. // ©  plainpicture/Cultura/Monty Rakusen
Simplification administrative grâce à un libre accès aux données, développement de la pédagogie numérique et de la formation des enseignants, utilisation des learning analytics pour contrer l’échec en licence… Dans un rapport publié le 28 juin 2017, l’Institut Montaigne formule dix propositions pour "permettre aux universités de relever le défi numérique".

Le numérique, un moyen d'accroître l'autonomie des universités ? C'est en tout cas ce que promet l'Institut Montaigne. Le think tank de pensée libérale a rendu le 28 juin 2017 un rapport consacré à l'enseignement supérieur et aux défis que ce secteur doit relever, en matière de numérique. Présidés par Gilles Babinet, entrepreneur et "digital champion" de la France auprès de la Commission européenne, et Édouard Husson, vice-président de la Comue PSL (Paris Sciences et Lettres), les travaux menés dans le cadre de ce rapport ont accouché de dix propositions.

Des propositions qui placent le numérique au cœur de l'enseignement supérieur pour le rendre plus performant tant en matière de pédagogie et de formation que d'insertion professionnelle ou encore d'organisation et de gouvernance. "La révolution digitale remet tout en cause, justifie Gilles Babinet. Difficile, dans de telles conditions, de ne pas aborder la question de manière globale."

"La révolution digitale remet tout en cause"

La gouvernance. C'est le premier point abordé par le document, qui souhaite voir l'autonomie des universités "parachevée". "Le niveau ministériel doit se concentrer sur les enjeux de cohérence nationale du système d'évaluation, de reconnaissance des grades, d'égalité des chances, de coordination entre le supérieur et le secondaire, etc. Les universités et les écoles doivent définir la stratégie des contenus – le pilotage étant à coordonner avec les organismes dans le cas de la recherche. Pour ce faire, l'administration centrale a besoin d'une révolution culturelle en termes de partage de l'information et de développement d'outils d'aide au pilotage".

Et cela passe par trois propositions : simplifier la tutelle des établissements grâce à de nouveaux outils d'aide au pilotage, instaurer le libre accès aux données issues de la recherche et consacrer un pan du PIA (Programme d'investissements d'avenir) au développement d'une "souveraineté numérique".

Avec ces pistes, l'Institut Montaigne espère inscrire les universités au cœur de la compétition mondiale. "Le secteur de l'enseignement supérieur français sort de quinze ans de réformes structurelles. Or, le paradoxe est qu'aujourd'hui le reste du monde est déjà engagé dans une autre révolution, numérique cette fois, constate Édouard Husson. Il serait dommage que la France prenne encore du retard..."

Le nécessaire accompagnement des enseignants et étudiants

Pour entrer de plain-pied dans cette "troisième révolution industrielle" qu'est le numérique, l'Institut Montaigne appelle de ses vœux une réflexion globale portant sur les formations et les outils pédagogiques à mettre à disposition des enseignants. Si les auteurs souhaitent voir se développer l'offre de formation numérique, via des "contenus dynamiques, évolutifs et collaboratifs", ils assurent que cela ne pourra se faire sans un accompagnement présentiel des étudiants. "Comme dans d'autres domaines de l'activité humaine à l'ère numérique, le 'purement virtuel' n'existe pas", insistent-ils. 

Un plaidoyer assumé pour le "blended learning", qui nécessitera de la part de l'État la révision de "certaines de ses certitudes" : "Quand bien même une université serait dotée de tous les logiciels et applications connectant ses étudiants et ses enseignants en temps réel, la flexibilité acquise au sein de l'institution ne doit pas buter sur les rigidités d'une législation ou d'une réglementation nationale." Et l'Institut de citer le cas des référentiels de licence, qu'il juge "anachroniques", avec leurs 500 heures de cours en présentiel obligatoires.

Pour mener ces changements, qui impacteront les enseignants, l'Institut propose de faire évoluer la formation initiale et la formation continue de ces derniers : "Des aménagements doivent être introduits pour faciliter la mutation du métier de l'enseignant en généralisant les possibilités de CRCT (congés pour recherches ou conversions thématiques)", propose le rapport, qui rappelle que, selon une étude de l'OCDE, "l'utilisation d'outils numériques par les élèves n'aide pas à l'apprentissage s'il n'est pas accompagné d'une pédagogie adaptée".

Du point de vue des étudiants cette fois, le think tank souhaite voir développer les learning analytics. Déjà utilisée par certaines start-up EdTech, l'analyse des traces d'apprentissage pourrait "améliorer la performance générale du système éducatif", en permettant aux établissements de "proposer un accompagnement plus personnalisé aux étudiants".

La formation continue, l'enjeu à venir

Mais l'enseignement supérieur français ne saurait s'inscrire dans la compétition mondiale sans miser également sur la formation continue. "D'ici à 2020, 2 millions d'emplois seront créés par le numérique et 7,1 millions détruits", rappelle l'Institut, qui souhaite voir l'université s'ouvrir à de nouveaux publics et à de nouvelles ressources financières grâce à la formation continue, qui, avec l'apprentissage, représente un marché de 32 milliards d'euros en France.

"Écrire sur la page largement blanche de la formation continue universitaire pourrait permettre de mettre en place d'emblée une formation continue d'un nouveau type, celle de l'ère digitale", promettent les auteurs.

Vers un passeport numérique européen des formations ?
Alors que l'Europe s'apprête à fêter, en 2018, les 20 ans du processus de Bologne, l'Institut Montaigne souhaite voir se mettre en place un passeport numérique européen, qui permettrait aux étudiants et diplômés de stocker à la fois les crédits ECTS obtenus, mais également les compétences acquises au cours de leur formation.

Une carte d'apprenant "tout au long de la vie", qui permettrait, selon le think tank, de créer des synergies plus fortes entre les espaces d'enseignement supérieur et de recherche européens.

Céline Authemayou | Publié le

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Julie.

Je suis aussi d'accord avec Jipé. Néanmoins, lorsque l'on voit l'évolution de l'enseignement notamment à l'étranger, on ne peut nier qu'il y'a un entre deux à faire naître & qui potentiellement, serait la solution.

Jipé.

Je n'ai pas l'habitude de faire commentaire sur le Web, mais cet énième rapport de l'Institut Montaigne est proprement exaspérant. Plaidoyer pro domo des entreprises du numérique et de quelques institutionnels de l'enseignement supérieur éloignés du terrain, ce document confond analyse et slogans, passe sous le boisseau des études invalidant ses prémisses, et se trouve en décalage avec les problèmes aigus que les personnels des universités doivent essayer de résoudre du fait de la sous-capacité de ces établissements ; la masse des recalés de l'APB 2017 et de l'entrée en Master ayant le mérite de la rendre criante. En quoi l'autonomie croissante des universités, la suppression du Conseil National des Universités, etc., seraient des conditions nécessaires, et semblent-ils pour les auteurs : suffisantes, pour palier cette sous-capacité, mystère... Comme toujours avec les préconisations réalistes de cet institut, il n'y a aucun chiffrage. A croire que le coût serait une catégorie à ne jamais évoquer et préciser dans les rapports d'un institut pourtant proche des grandes entreprises. Les universités françaises ont-elle les moyens de digitaliser leurs formations ? Les rares expériences menées par des collègues montrent qu'il s'agit d'un investissement au coût global significatif, incertain dans ces effets pédagogiques, donc risqué, et requérant des moyens allant bien au delà de l'octroi des quelques congés pour recherches ou conversions thématiques (CRCT) préconisé par les auteurs du rapport. Le couplet sur le libre accès des données de la recherche publique est un classique des industriels du numérique : rendez tout disponible, on fera notre marché, et pour équilibrer l'échange, on daignera passer de rares contrats de recherche ou CIFRE. On retrouve là le paradoxe de la connaissance dans lequel sont empêtrés la plupart des laboratoires de pensée libéraux. Financées par les impôts, les universités doivent tout publier, et rapidement, mais comme les financements étatiques se tarissent (ce qui est vu comme un bien par certains libéraux), elles doivent dans le même temps se comporter en agent marchand et contractualiser le plus possible avec des entreprises, donc protéger leurs résultats de recherche. Le médias relaieront le constat, supposé accablant, et les conclusions, supposées fracassantes, de ce rapport. Pour ma part, je pense qu'il y a de bien meilleures lectures pour cet été.

Banu.

Merci !

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