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Sélection : l'Unef dénonce une université à deux vitesses

Aurore Abdoul-Maninroudine, Infographie : Etienne Gless
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Cour de la Sorbonne - Université Paris 4 Paris Sorbonne - Octobre 2015
L'université Paris-Sorbonne est, selon l'enquête de l'Unef, celle qui compte le plus de filières sélectives. // ©  Camille Stromboni
Quatre universités sur cinq sélectionneraient de manière illégale à l'entrée de la licence, selon l'enquête annuelle de l'Unef, publiée jeudi 19 juillet 2016. Le syndicat étudiant relance ainsi un débat qui perdure, année après année.

"Sélection sur dossier, entretiens d'évaluation, demande de prérequis, développement de parcours sélectifs"... Les "pratiques illégales" des universités à l'entrée de la licence sont monnaie courante, dénonce l'Unef dans son enquête annuelle, publiée le 19 juillet 2016.

Le syndicat étudiant dresse le bilan de la situation dans l'Hexagone, enjoignant le gouvernement à mettre fin à ce qu'il qualifie de "scandale".

QUATRE universités sur CINQ accusées de sélection "illégale"

Avec 60 universités utilisant ces méthodes pour au moins une de leurs filières, ce sont quatre universités sur cinq qui seraient dans l'illégalité, selon l'Unef. L'organisation pointe également le fait que quinze universités concentrent 200 filières sélectives sur 336 à l'échelle nationale.

Parmi ces quinze universités, la moitié est en Île-de-France : l'université Paris 4 Paris-Sorbonne est en pole position avec 33 filières sélectives, suivie par l'université Paris-Diderot (18 filières) et par l'université Paris-Est-Créteil (17 filières). En région, les universités de Nantes, Savoie-Mont-Blanc ou Valenciennes arrivent respectivement aux cinquième et sixième places.

Face à ce constat, l'Unef dénonce "une université à deux vitesses" avec "des formations d'élite bénéficiant de taux d'encadrement et de nombre d'heures de cours élevé par rapport aux autres filières".

Moins de 4 % d'étudiants entrant en licence concernés

Face au constat dressé par l'Unef, le ministère confirme que la mise en place de prérequis pour une inscription en licence de langue ou l'obligation faite aux étudiants d'être issus de telle ou telle filière au baccalauréat "ne sont pas normales". Il demande donc "aux recteurs de veiller à ce que les règles soient respectées".

Il rappelle également que des parcours sélectifs autorisés existent mais qu'ils concernent "moins de 4 % des étudiants entrant en licence". Il s'agit des CMI (cursus master en ingénierie), de parcours d'excellence en droit, de parcours internationaux en échange avec une université étrangère, ou encore de doubles licences.

Enfin, certains exemples cités par l'enquête de l'Unef sont contestés par l'entourage de Najat Vallaud-Belkacem : à l'université de Limoges, mentionnée pour la diminution des capacités d'accueil, les trois quarts des licences sont ouvertes en procédure complémentaire, faute d'être remplies, tient à préciser le ministère.

la sélection, pour attirer les meilleurs bacheliers

Paris-Sorbonne conteste également le nombre de filières sélectives que l'Unef lui attribue. Alain Tallon, vice-président pour la formation et la scolarité de l'université, assume pleinement l'existence de 22 formations sélectives à l'entrée de la licence, contre 33 évoquées par l'enquête Unef, "une liste qui n'a rien de secret et qui permet d'offrir des cursus exigeants à de très bons étudiants".

Car c'est bien de cela dont il s'agit en creux : comment l'université peut-elle attirer les meilleurs bacheliers face à la concurrence des prépas et écoles ? "Nous en avons plus qu'assez de l'hypocrisie du système français qui permet à certains de sélectionner et pas à d'autres", martèle-t-il. D'autant plus que les pré-requis relèvent souvent "du bon sens" : "exiger un niveau minimum en anglais pour une licence 'Histoire et anglais' n'est pas aberrant", argumente Alain Tallon.

LA CPU regrette de ne pas pouvoir orienter les étudiants

De son côté, la CPU, par la voix de son président Jean-Loup Salzmann, estime que "l'Unef entretient volontairement la confusion" entre inscription en licence et inscription dans un parcours spécifique : "Il est tout à fait légal de demander des prérequis à des étudiants souhaitant s’inscrire dans un parcours particulier tel que les bi-licences", assure ce dernier.

"À partir du moment où l'étudiant obtient une place dans le parcours dit 'général' de la licence, la sélection à l'entrée de certains parcours n'est pas illégale", poursuit le président de la CPU. Avant de rappeler que "tous les parcours proposés sur la plate-forme APB ont été validés par le rectorat". "Les universités veillent à respecter l'esprit et la lettre des textes même si nous regrettons de ne pas pouvoir orienter nos étudiants", conclut-il.

Il est tout à fait légal de demander des prérequis à des étudiants souhaitant s’inscrire dans un parcours particulier tel que les bi-licences.
(J.-L. Salzmann)

Tirage au sort Dans 37 universités

Dans son enquête, l'Unef dénonce également la pratique du tirage au sort comme mode de sélection des étudiants. L'organisation recense 32 formations qui y ont eu recours cette année. Les Staps sont particulièrement touchées avec 22.000 places disponibles pour 29.000 premiers vœux émis.

Le syndicat répertorie ainsi 37 universités qui déclarent avoir au moins une filière sous tension. L'écart entre les capacités d'accueil et les demandes est particulièrement fort à l'université Lyon 2, où "près de 47 % des filières ont reçu plus de demandes en premier vœu que de places disponibles, constate le syndicat. Au total, 30 % des étudiants ayant choisi une formation de l'université en premier vœu se verront refuser l'accès à la filière de leur choix."


Aurore Abdoul-Maninroudine, Infographie : Etienne Gless | Publié le

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François Vatin.

Votre proposition est claire : les universités doivent s’adapter à leur public qui, souvent, n’a ni les capacités, ni même le désir de mener des études que nous appelons classiquement « universitaires ». Pourquoi pas ? Nous n’en sommes d’ailleurs pas loin. Cela signifie simplement que ce que l’on continuera quelque temps par inertie à appeler « universités » n’en seront plus au sens classique et international du terme, lieux d’accueil de formations étroitement adossées à la recherche. Il faut toutefois bien prendre la mesure des conséquences de cette orientation, tant pour la nation que pour le corps universitaire : 1. Parce que la nature a horreur du vide et qu’une grande nation développée comme la France a besoin d’institutions de type « universitaire », celles-ci vont se développer à la marge de ce que nous appelons actuellement « universités ». Elles seront soit totalement privées, soit semi-publiques à la manière de nos « grands établissements » qui parviennent à se financer sur le marché en-sus des dotations publiques par l’effet d’image de marques dont ils disposent. On aura donc échangé une université publique contre des établissements payants. 2. Dans un tel cadre, on ne pourra maintenir le « statut universitaire » aux actuels personnels de l’université. Il est absurde en effet de payer des enseignants-chercheurs avec un service de 192 heures « équivalent-TD » par an pour faire de la remédiation scolaire, ce à quoi correspond concrètement votre projet de « mise en conformité » du public actuel (et a fortiori futur dans la dynamique du système). Ce que je soutiens c’est qu’un tel projet est socialement profondément régressif. Cela revient en fait à confier au Public la prise en charge de la population la moins bien formée, en laissant des structures privées ou semi-public la charge de la formation des élites. L’enseignement supérieur public (i.e. les universités) doit conserver (ou plutôt tenter de retrouver) sa place dans la formation des élites françaises. C’est ainsi aussi qu’il pourra assurer la promotion de la fraction de la population dont le cursus scolaire fut difficile, soit pour des raisons personnelles, soit pour des raisons sociales, mais qui, avec le temps, a acquis l’appétence du savoir. L’enseignement supérieur ne peut à lui seul compenser toutes les inégalités sociales. Il faut s’y résigner. Mais il peut y contribuer si on lui en donne un tant soit peu les moyens, financiers, mais aussi institutionnels. On tourne le dos aujourd’hui à une telle politique.

Didier.

Proposer pire au prétexte de réformer un système imparfait devient donc la norme : supprimons la seconde session (en prétextant une évaluation continue intégrale plus juste qu'un examen couperet et porteuse d'innovation pédagogique), sélectionnons à l'entrée (en créant des cursus d'excellence à capacité limité), augmentons les frais de scolarité, … et instituons de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs. Oui, mais voilà, l'ECI n'a fait que progresser les notes et pas vraiment le nombre de reçus, les filières d'excellence provoquent l'engouement au moment de leur création et rapidement déçoivent les étudiants, qui ne sont pas la recherche de conditions de travail similaires à celles des classes préparatoires, mais de formations leur offrant plus de perspectives. Finalement, les bi-licences et autres cursus master ingénierie ne sont que des opportunité de financement supplémentaires mais éphémères. Attendons que ces formations survivent aux idex qui les ont fait naître, avant d'en vanter les mérites et d'en programmer la généralisation,. Et si l'enjeu pour l'université n'était pas de s'assurer de pouvoir récupérer les meilleurs, mais de faire progresser même les médiocres ? Les bacheliers que nous accueillons ne sont pas conformes à nos attentes, alors conformons-les. En une année, cela devrait être envisageable. L'idée n'est pas de ressusciter propédeutique, mais plutôt de s'inspirer du cycle précédent (2nde, 1ère, terminale). En L1, construction du socle spécifique au grand secteur disciplinaire choisi et détermination de la spécialité de licence qui sera poursuivie en L2 et 3. Plus de tri à l'entrée, plus question de meilleurs et de moins bons, mais la confrontation des capacités et des motivations de chacun aux prérequis pour une réussite dans chacune des spécialités proposées dans le secteur disciplinaire retenu. Gageons que cette prise de conscience des réalités débouchera sur des choix d'orientation plus pertinents et plus motivants pour ceux qui ne les feront, plus par défaut mais par volonté.

Thomas.

Pour le dire simplement: l'exception française, ce ne sont pas les classes prépas, c'est l'université ouverte à tous les vents.... Allez dans n'importe quel autre pays: les universités sélectionnent leur étudiants...

François Vatin.

Quand comprendra-t-on que l’enseignement supérieur n’est pas l’université ? Seuls 40 % des étudiants français sont aujourd’hui inscrits dans un cursus universitaire véritable, c’est-à-dire LMD (on exclue les facultés de médecine qui relèvent de fait du système classes prépa/école). Or, les étudiants qui vont à l’université, y sont à la suite d’un tri négatif. Ce sont les moins « bons » des bacheliers. Ainsi, notamment, seuls 20 % des bacheliers « S » vont à l’université (hors médecine) : 10 % en sciences, 10 % ailleurs. Et ce sont les moins « bons » de ceux-ci. Le taux n’est plus que de 10 % chez les bénéficiaires d’une mention « bien » ou « très bien » au baccalauréat. De façon générale, quel que soit le baccalauréat, le taux d’inscription à l’université diminue quand le niveau du baccalauréat, mesuré par la mention, augmente. Autrement dit, l’enseignement supérieur à deux vitesses existe bel et bien. L’opposition est entre l’Université (au sens strict : cursus LMD), qui n’a pas le droit de sélectionner, et tous les autres cursus qui en ont le droit. Cette césure est d’autant plus injuste que, comme l’Etat n’augmente plus le nombre de places dans l’enseignement public sélectif, les cursus sélectifs sont, de plus en plus souvent, privés. Aussi, l’enseignement supérieur privé croit à un rythme exponentiel. Il représente aujourd’hui 20 % des effectifs d’étudiants en France. Si l’Unef se préoccupait véritablement de la justice sociale dans l’enseignement supérieur français, il exigerait donc, non la suppression de la sélection à l’université là où elle existe, mais sa généralisation. Laisser entrer à l’université les bacheliers professionnels sans sélection, alors que 5 % à peine d’entre eux obtiennent une licence au bout de quatre ans (c’est-à-dire en considérant une année de plus que le cursus normal) n’est pas là faire œuvre sociale. C’est tromper délibérément cette population. Le seul bénéfice de cette politique est de peser à la baisse sur le taux de chômage apparent des jeunes. Les universités françaises sont en grand danger. Leurs présidents, après avoir longtemps laissé faire, commencent à prendre la mesure de ce danger. Les pouvoirs publics feraient bien d’en faire de même, d’arrêter d’instrumentaliser l’Université dans sa politique du chiffre du chômage et de s’appuyer à cette fin sur l’Unef comme d’un épouvantail pour empêcher toute évolution. François Vatin Professeur à l'université de Paris Ouest Nanterre

Magliulo.

À mes yeux, le vrai scandale n'est pas l'extension des pratiques de sélection à l'entrée des universites, mais la gabegie d'espoirs et de moyens provoqués par l'insupportable taux d'échec en premiere annee DES universités. Pres d'un étudiant engagé generale en premiere annee sur deux ne parvient pas à la licence. Il en résulte un système absurde fait de facilité à l'entrée et de tri sévère ensuite. À quoi bon maintenir un tel système ? Bruno Magliulo Auteur, dans la collection L'Etudiant de : Bien choisir sa formation à l'université