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Sylvie Retailleau : "L’UPSaclay est un modèle international connu et compris des étudiants"

Jean Chabod-Serieis
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Campus Paris-Saclay, perspective aérienne du futur quartier Joliot-Curie
L'Université Paris-Saclay disposera d'un budget d'environ 1 milliard d’euros. // ©  EPA Paris-Saclay / OMA
Sylvie Retailleau préside la Comue Université Paris-Saclay depuis le 2 janvier 2019, préfiguration du futur établissement qui verra le jour le 1er janvier 2020, au sud de Paris. Elle évoque les dossiers qui l’attendent, ses ambitions pour la recherche, ses visées internationales et l’arrivée de cet établissement monstre dans le paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche français.

Quelles sont les prochaines échéances à votre agenda ?

Sylvie Retailleau, présidente de la Comue Université Paris-Saclay. // © UPSaclay

Avec mon équipe, nous devons d’abord déposer les statuts de l’UpSay (Université Paris-Saclay) à la fin du mois de janvier, afin que les décrets puissent paraître au "Journal officiel" en mars. Ensuite, je vais poursuivre la coordination de la quinzaine de groupes métier (finances, communication, ressources humaines, innovation pédagogique, etc.) qui travaillent en mode projet depuis la rentrée.

Ils identifient les actions mutualisées entre tous les acteurs et la façon de les concrétiser au sein de l’UPSaclay. Parallèlement, des groupes de travail académiques ont vu le jour :celui sur les "graduate schools et pôles", pour adosser la formation à la recherche en masters et en doctorat, et celui sur le premier cycle. L’objectif étant de déposer, pour l’ensemble, nos nouvelles maquettes de formations avant l’été.

Y aura-t-il des recrutements sur ces groupes de travail ?

Non. Nous travaillerons avec les ressources internes des établissements amenés à fusionner. Nous sommes cependant accompagnés par un cabinet RH qui achèvera son diagnostic en février, avant de nous soumettre un bilan, puis des propositions.

Saclay : un territoire, deux mastodontes de l’ESR
L’université Paris-Saclay, qui s’est fixé un "modèle-cible", rassemble trois universités (Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, Paris-Sud et Évry), quatre grandes écoles (AgroParisTech, CentraleSupelec, ENS Paris-Saclay et l’Institut d’optique graduate school) et sept organismes de recherche (CEA, CNRS, IHES, Inra, Inria, Inserm et Onera). À quelques kilomètres du campus de l’UpSaclay, un autre mastodonte devrait bientôt voir le jour, issu de la scission avec l’université Paris-Sud : NewUni – une dénomination temporaire –, qui regroupe Polytechnique, l’ENSAE, l’ENSTA ParisTech, Télécom ParisTech et Télécom SudParis.

De par sa taille et la variété des organismes qui la compose, l’UpSaclay est atypique. Comment harmoniserez-vous tout cela ?

C’est la robustesse du système : nous avons créé des actions communes tout en gardant l’autonomie au niveau des établissements. La Comue, qui a été la préfiguration de l’UPSaclay, est une surcouche qui induisait des difficultés dans nos processus ; c’est pourquoi elle va disparaître pour laisser la place à l’université à proprement parler.

La future UpSaclay sera une "université dérogatoire expérimentale". Qu’est-ce que cela signifie ?

L’État a publié une ordonnance valable dix ans, permettant à l’UpSaclay de fonctionner différemment d’une université classique. Pour prendre un exemple précis, le Code de l’éducation qui définit le fonctionnement des universités indique que le conseil d’administration (CA) doit être composé à plus de 80% d’élus dans une université classique.

Le Sénat a récemment permis d’y déroger pour que l’UpSaclay puisse expérimenter un nouveau modèle de gouvernance. Notre conseil d'administration sera composé de 50 % d’élus et de 50 % de personnalités extérieures. Au bout de dix ans, nous établirons un bilan de l'expérience : si elle a fonctionné, cela pourra être appliqué à d’autres universités et devenir légal.

Notre conseil d'administration sera composé de 50 % d’élus et de 50 % de personnalités extérieures.

L’université n’existe pas encore, mais elle délivre déjà des diplômes de master et de doctorat.

Depuis 2015, plus aucun établissement membre de l'Université Paris-Saclay n’a d’école doctorale en propre. C’est la Comue qui, en tant qu’EPSCP (établissement public à caractère scientifique), les mutualise et qui diplôme tous ses doctorants. Idem pour 95 % des masters.

Pour les étudiants, n’y aura-t-il pas un risque de confusion entre les écoles membres et l’UPSaclay qui les englobe ?

Le jour où l’UPSaclay existera, il n’y aura pas de confusion pour les étudiants. Partout dans le monde, des universités abritent des écoles. En France, elles abritent déjà des IUT (Instituts universitaires de technologie), des écoles d’ingénieurs Polytech, des IAE (Instituts d’administration des entreprises)…

Pour un étudiant anglo-saxon, il y aura "la school d’ingénierie", "la school de médecine", etc. C’est un modèle international connu et compris des étudiants. Et lorsqu’un étudiant décrochera le diplôme de CentraleSupélec, par exemple, ce sera le "diplôme de CentraleSupélec de l’UPSaclay".

Quel est objectif international poursuivez-vous ?

Notre ambition est de placer la France sur les radars à l’étranger pour qu’elle y figure encore dans cinquante ou cent ans, afin que nos étudiants puissent partir facilement dans d'autres établissements dans le monde et que nous restions attractifs auprès des chercheurs internationaux.

Vous devez avoir en tête les classements internationaux, comme celui de Shanghai…

Les classements sont une conséquence de ce que nous faisons, mais ce n’est pas ce que nous visons directement. Dans le classement de Shanghai, Paris Sud était 35e il y a peu, et 42e aujourd’hui. Nous risquons de disparaître des 50 premières places.

Daniel Egret, astronome et chargé de mission à l’Université PSL (Paris Sciences et Lettres), réalise chaque année une simulation reprenant les critères du classement chinois, avec comme postulat la fusion des établissements du sup. Dans ces simulations, l’UPSaclay remonte à la 20e place du classement.

Quels sont vos projets pour la recherche ?

La future université comptera plus de 9.000 enseignants-chercheurs et chercheurs des organismes membres (CEA, CNRS, IHES, Inra, Inria, Inserm, Onera). Ces derniers représenteront 50 % du total des chercheurs. Une proportion énorme par rapport aux modèles classiques. Mon ambition est de bâtir avec eux une politique commune. Des départements de recherche ont été créés au sein de la Comue.

Leur stratégie tourne autour de deux axes : la mise en exergue de thématiques (santé, climat) pour fédérer les appels à projets –, avec une orientation naturelle vers l’industrie du fait de notre emplacement au sein d’un cluster avec des industriels –, d’une part, et les plates-formes, à l’instar de notre pôle biologie, dont les unités et équipes travaillent sur les sciences de la vie et leurs interactions.

Parallèlement, le campus accueille le synchrotron Soleil et, bientôt, le laser Apollon, qui sera le plus puissant au monde. Nous ne pouvions pas créer l’UpSaclay ailleurs que sur ce territoire. Nous sommes bien les continuateurs d’Irène et Frédéric Joliot-Curie, qui avaient investi ce site avec la même ambition, dans les années 1950.

Nous ne pouvions pas créer l’UpSaclay ailleurs que sur ce territoire.

Quel sera votre budget ?

Il sera composé du budget consolidé de ses membres, soit environ 1 milliard d’euros. À titre de comparaison, le budget de l’université Paris-Sud est de 450 millions d'euros. Pour l'aménagement, nous bénéficions d’une dotation financière de 1,8 milliard d’euros.

Par ailleurs, nous disposons, via la FCS (fondation de coopérations scientifique) Campus Paris-Saclay, du contrat Idex (Initiative d’excellence) Paris-Saclay, doté d'un capital de 950 millions d'euros. Capital que nous avons placé et qui génère environ 30 millions d’euros d’intérêts par an, dont 12 millions d'euros fléchés vers nos 11 laboratoires d’excellence.

Quel est votre message pour l'enseignement supérieur et la recherche, tout juste un an avant la naissance de l’UpSaclay ?

Je suis très investie avec tous mes collègues universitaires pour que l’UpSaclay soit une université de rang mondial bâtie sur un nouveau modèle, qui illustre bien la dynamique du secteur. La naissance de l’UpSaclay n’est pas une exclusion des autres établissements, ni une différenciation : nous voulons travailler ensemble pour créer un modèle nouveau. Je veux que l’UPSaclay entre dans le paysage international, tout en étant cohérente dans le paysage français.

Lire aussi : La biographie EducPros de Sylvie Retailleau


Jean Chabod-Serieis | Publié le

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Frida.

Le bon plan en ce moment, c'est le modèle Polytech : - Polytech Paris-Sud sera dans UPS, - M. Altrad Polytech Montpellier (30ème fortune française) - M. Patrick Landais Polytech Orléans : Haut Commissaire à L'Energie Atomique etc