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La Cour des comptes plaide pour un meilleur accueil des étudiants étrangers

Amélie Petitdemange
Publié le
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La Cité internationale universitaire de Paris veut accueillir davantage d’étudiants avec son programme Cité 2025. Dix nouvelles maisons vont ouvrir, soit 1.800 logements supplémentaires.
La Cité internationale universitaire de Paris veut accueillir davantage d’étudiants avec son programme Cité 2025. Dix nouvelles maisons vont ouvrir, soit 1.800 logements supplémentaires. // ©  Amélie Petitdemange
La Cité internationale universitaire de Paris organisait ce vendredi 18 octobre une table ronde sur l’accueil des étudiants internationaux dans l’enseignement supérieur. Une matinée de réflexion qui s'est tenue un mois après la parution d’un rapport préoccupant de la Cour des comptes sur la mobilité internationale des étudiants.

Avec 343.400 étudiants étrangers accueillis en 2017–2018, la France est le 4e pays d’accueil, derrière les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie. Elle est ainsi le premier pays d’accueil non anglophone. Un résultat qui reste cependant bien loin de l’objectif de 500.000 étudiants étrangers d’ici 2027 fixé par le gouvernement. Pour évoquer ce sujet, la Cité internationale universitaire de Paris organisait, vendredi 18 octobre, une table ronde qui faisait notamment suite à la publication d'un rapport alarmant de la Cour des comptes.

"Les partenariats avec des universités étrangères doivent être multipliés et mis en place avec une orientation claire. Aucun organisme n’a explicitement pour mission de développer la mobilité sortante, c’est une anomalie à corriger", pointe Géraud Guibert, coauteur du rapport de la Cour des comptes sur la mobilité internationale, publié le 10 septembre dernier. Le rapprochement de Campus France et d’Erasmus+ à l’horizon 2020 pourrait également être étudié.

Les magistrats de la rue Cambon plaident aussi pour la généralisation de l’utilisation de la plate-forme "Études en France" et pour une meilleure information sur les cursus. Ils proposent par exemple d' "intégrer une mention indiquant clairement si la formation proposée par l’établissement permet d’obtenir un diplôme national ou un diplôme d’établissement."

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Investir 1 milliard d’euros

À l’enjeu quantitatif s’ajoute un enjeu qualitatif : les universités sont-elles prêtes à accueillir correctement ces étudiants internationaux ? "Si on veut plus d’étudiants étrangers, il faut des financements. Une formation coûte entre 7.000 et 12.000 euros, il faudrait 1 milliard d’euros pour atteindre l’objectif du gouvernement", affirme François Germinet, président de l’université de Cergy Pontoise.

Celle-ci est l'une des rares à avoir appliqué la hausse des frais de scolarité pour les étudiants extracommunautaires. "Nous ne donnons pas notre avis sur ces prix différenciés. Mais, en contrepartie, l’accueil doit être amélioré", réagit Géraud Guibert.

L’université s’est engagée dans un projet de campus international, afin de mieux rendre visibles les formations dispersées à Cergy. "Un milliard d’euros sera investi entre 2015 et 2030. Nous travaillons sur l’accueil des étudiants internationaux et l’offre culturelle et sportive. Nous lançons aussi un plan de formation à l’anglais dans l’administration", détaille le président.

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Traduire la "langue administrative"

L’administration est une barrière infranchissable pour certains étudiants. "C'est une langue à part entière. Elle est déjà compliquée pour les étudiants français, imaginez pour les étrangers…", souligne Marie-Christine Lemardeley, adjointe à la mairie de Paris en charge de l’Enseignement supérieur.

Un guichet unique a donc été mis en place dans le centre Acc&ss de la Cité internationale universitaire de Paris pour renouveler ou délivrer les visas des étudiants internationaux, résidant ou non sur ce campus.

La CAF est aussi présente dans ce centre, afin d’éviter les non-recours. "Nous voulons accompagner tous les étudiants et 20% de nos 60.000 bénéficiaires sont étrangers", souligne Thérèse Yessoufou, responsable d’un centre de gestion à la caisse d’allocations familiales de Paris.

Réduire l’écart de réussite

La Cité internationale universitaire de Paris a également mis en place des cours de français. Un accompagnement crucial pour la réussite des étudiants internationaux. La Cour des comptes a révélé dans son rapport un écart de 15 points entre le taux de réussite des étudiants internationaux et des étudiants français en licence. En master, l’écart se réduit à 6 points. "L’écart diminue, mais il ne devrait pas exister. Cela doit être un objectif des universités", enjoint le rapporteur Géraud Guibert.

Les étudiants étrangers doivent dépenser 800 à 1.000 euros par mois pour vivre en France. (J-M. Bonnisseau)

Selon Pierre Van de Weghe, vice-président chargé des relations internationales de l’université Rennes 1, ce décalage est notamment dû aux méthodes d’enseignement et d’évaluation très différentes de la France. Des spécificités qui posent aussi problème aux étudiants qui veulent faire reconnaître leurs diplômes. "Nous sommes le seul pays à noter sur 20", souligne Jean-Marc Bonnisseau, président du Campus Condorcet.

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Informer sur les bourses

Selon Jean-Marc Bonnisseau, les dépenses liées aux études sont aussi un frein à la mobilité. "Il ne faut pas cantonner le problème aux frais de scolarité. Les étudiants doivent dépenser 800 à 1.000 euros par mois pour vivre en France".

La Cour des comptes dresse d’ailleurs un constat alarmant sur l’octroi des bourses, trop dispersées. "Des efforts doivent être faits pour que les étudiants soient davantage au courant", explique Géraud Guibert.

Elle conseille également de privilégier le critère académique pour l’octroi de ces bourses. Elle préconise enfin "d’améliorer le ciblage des crédits au profit des étudiants les plus éloignés d’une logique de mobilité internationale dans le programme Erasmus 2020–2027".


Amélie Petitdemange | Publié le

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