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La formation des enseignants revue et corrigée par Terra Nova

Marie-Caroline Missir
Publié le
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Formation des enseignants - Espé - Evry
Le think tank de gauche Terra Nova suggère de revoir les concours de l'enseignement. // ©  Camille Stromboni

Une note de Terra Nova, rendue publique le 10 septembre 2015, propose de conférer aux Espé le statut d'établissement public au sein des Comue, de professionnaliser le contenu des épreuves des concours enseignants, et de modifier les modalités de titularisation.

Moins de deux ans après la mise en place de la réforme des Espé (École supérieure du professorat et de l'éducation), Terra Nova doute de sa réussite : "en remplaçant les IUFM, qui n'avaient pas démérité et pouvaient encore évoluer, par des Espé [les concepteurs de la réforme] ont voulu afficher leur grande espérance : celle de faire radicalement évoluer le métier d'enseignant, notamment dans le second degré, pour l'adapter aux réalités des élèves et de la société d'aujourd'hui, et de lutter ainsi contre les inégalités et les discriminations sociales (...). À observer les deux premières années de mise en œuvre de cette réforme, on doit constater que ce combat est loin d'être gagné".

Rédigé par cinq experts es formation des enseignants, Jean-Pierre Obin, Jean-Louis Auduc, Philippe Watrelot, Gilles Langlois et Gérard Phelippeau, le rapport rendu public le 10 septembre analyse en une trentaine de pages les points faibles de la formation – initiale et continue – des différentes catégories de personnels de l'Éducation nationale, en commençant par les enseignants.

Des pratiques pédagogiques à revoir

Le rapport s'interroge en premier lieu sur la "formation des formateurs" et "la pédagogie pratiquée dans les Espé" : "on forme les élèves comme on a été soi-même formé", écrivent-t-ils. "En d'autres termes, les pratiques pédagogiques des formateurs (en ÉSPÉ, en établissement) influent fortement sur les pratiques pédagogiques de stagiaires qui auront tendance à reproduire ce qu'ils ont vécu et observé. Or, force est de constater que les pratiques des formateurs en Éspé relèvent souvent de la pédagogie frontale". Le rapport préconise donc des dispositifs de formation plus coopératifs et actifs.

Le contenu des épreuves de concours, trop disciplinaires, doit être revu pour des épreuves plus professionnelles. Enfin, les épreuves d'admissibilité des concours devraient être placées en fin de M1 et les épreuves d'admission en fin de M2 et la titularisation placée au terme d'une première année d'enseignement à temps plein.

Les Espé au sein des Comue

Autre difficulté de taille : "la viabilité administrative, financière et pédagogique d'institutions conçues sur des principes contraires entre lesquels il faudrait trancher ; des institutions souvent divisées, et auxquelles on devrait permettre de trouver une unité, une simplicité, et donc une efficacité au service de ce grand projet national". En d'autres termes, les Espé, rattachés aux universités, souffrent de "graves difficultés" de gouvernance.

Au nombre de ses propositions, le rapport de Terra Nova préconise donc de leur conférer le statut d'établissement public dans le cadre d'une Comue, "sans lequel elles resteront des cadres vides ou des structures balkanisées, (...) en guérilla permanente avec des universités qui contrôlent les inscriptions administratives et pédagogiques des étudiants, disposent des moyens d'enseignement et, pour certaines, convoitent leurs locaux pour les affecter à d'autres usages".


Marie-Caroline Missir | Publié le

Vos commentaires (3)

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Julien.

"Il n'y a jamais été dit que l'on voulait tuer le disciplinaire" mais c'est ce qui se passe concrètement quand on analyse finement sur un grand nombre d'années les productions des candidats au concours... Et quel rapport avec la suite de votre discours ? Aucun, parce que quelle que soit la pédagogie employée par un maître, s'il ne maîtrise pas les connaissances qu'il est censé transmettre, ça ne marchera pas. Cela fait des lustres que l'on nous parle des bonnes façons d'apprendre aux élèves mais le constat est sans appel, une partie importante des futurs professeurs ne maîtrise pas toutes les connaissances élémentaires, et on pourra leur parler de pédagogie, du savoir-vivre, de la laïcité pendant des dizaines ou des centaines d'heures, ça en fera peut-être de bons animateurs, de bons encadrants, ils ne seront jamais professeurs au vrai sens du terme !!! Quitte à redire une évidence que visiblement vous refusez de voir (ou parlez sans savoir), chaque année des gens réussissent à passer le concours sans connaître précisément ce qu'est une subordonnée relative, ce qu'est un nombre relatif, sans rien comprendre aux notions scientifiques élémentaires comme par exemple les états de l'eau, et on pourrait en faire une liste longue comme le bras...

Nicolas.

Je ne sais pas ce qu'est une subordonnée relative... Je sais que cela existe et je pense en utiliser quand j'écris. Quoique... Mais cela ne m'empêche pas d'écrire, de lire, de m'exprimer, d'oser prendre la parole en groupe,...En faite, le disciplinaire n'existe pas, ou si peu. Si on nous laissait un peu vivre, faire nos propres choix( avec nos erreurs, nos essais,...), on constaterait que l'on apprend aussi bien. Et du coup le disciplinaire augmenterait (ou plutot les capacités dans ce langage)...

Thomas.

Keep calm and drink cool Vous avez raison, mais la journaliste ne fait que rendre compte des propositions d'un organisme ouvertement idéologique, donc très éloigné des nécessités et des vérités de terrain, qui ne sont d'ailleurs pas toujours bonnes à entendre. Faisons confiance à l'exécutif et au législateur pour ne pas laisser l'idéologie pédagogiste et égalitariste emporter le socle de connaissance dont les générations futures auront besoin.

Julien.

Assez de voir au concours PE des candidats qui sont très loin d'avoir les connaissances élémentaires en français et en mathématiques et qui pourront tout de même devenir enseignants parce qu'on leur facilite la vie en arrêtant d'exiger de leur part ces fameuses connaissances disciplinaires !!! Continuez à baisser la part du "contenu trop disciplinaire" et vous pouvez être surs que l'école continuera de partir en vrille !!! C'est pas possible que des gens puissent continuer de croire cette absurdité qu'il y a trop de disciplinaire quand on a des jeunes profs qui font autant de fautes d'orthographe, qui ne comprennent pas la grammaire, qui ne savent pas résoudre des problèmes de mathématiques de cycle 3 et sont incapables d'enseigner cette matière ; vous avez quoi dans la tête ??????

Nicolas.

.Il n'y a jamais été dit que l'on voulait tuer le disciplinaire. Par contre, les études récentes montrent que on n'apprend pas en écoutant ou en réalisant une tache qui n'a que peu de finalité pour soi. Je pense que si on s'analyse en se posant la question : comment j'apprends ? Dans quelles conditions je refuse de faire ? Comment faire pour transposer cela dans ma classe ? ".... D'ailleurs, une étude récente vient de montrer que dans le primaire, les résultats sont meilleurs dans les ....classes uniques alors que c'est là qu'il y a le moins de frontal. Bon courage dans vos classes.