La future réforme de la voie professionnelle inquiète les syndicats

Malika Butzbach
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La future réforme de la voie professionnelle inquiète les syndicats
La voie professionnelle devrait être profondément réformée pendant le deuxième mandat d'Emmanuel Macron. // ©  DEEPOL by plainpicture/Sigrid Gombert
Pour le lycée professionnel, Emmanuel Macron veut "un partenariat plus étroit avec les entreprises". La ministre déléguée, Carole Grandjean, a annoncé plusieurs évolutions à venir pour la rentrée prochaine, notamment l’augmentation des temps de stages, et une concertation à partir d’octobre. Réunies en intersyndicale, les organisations représentantes de la voie professionnelle s’inquiètent de ces orientations politiques.

Après avoir été transformé sous le précédent quinquennat, le lycée professionnel fera à nouveau l’objet d’une réforme. La voie professionnelle "ne doit pas être une voie par défaut mais une voie par choix", a énoncé Emmanuel Macron devant les recteurs le 25 août, ajoutant qu’il souhaitait "un partenariat plus étroit avec les entreprises".

Les pistes dessinées par l'exécutif inquiètent plus qu’elles ne rassurent. Cinq jours après ces annonces, une intersyndicale réunissant l’ensemble des organisations (CGT Educ’Action, CNT-FTE, SE-Unsa, Snalc, Snuep-FSU, Snetaa-FO et Sud Éducation) s’est tenue. Dans leur communiqué, elles évoquent un constat unanime : "l’inquiétude est réelle en cette rentrée et ces annonces présidentielles laissent planer une menace forte pour l’avenir des lycées professionnels, des PLP (professeurs de lycée professionnel) et des élèves de la voie professionnelle au sein du service public d’éducation."

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Plus de stages, moins de cours en pro ?

Pour l’instant, la feuille de route demeure floue. Lors de la conférence de rentrée du ministère de l’Éducation nationale, Carole Grandjean, nouvelle ministre chargée de l’Enseignement et la Formation professionnels, a énoncé trois objectifs : "réduire le nombre de décrocheurs ; faire progresser le taux d’insertion dans l’emploi et faciliter les poursuites d’étude".

Cela se traduirait entre autres par l’augmentation d’au moins 50% des stages des élèves et la mise en place, pour ces périodes, d’une gratification financée par l’État. L’intersyndicale demande des "clarifications rapides" sur ces projets du gouvernement.

Actuellement, 22 semaines de stage sont prévues en bac pro et 12 à 14 semaines en CAP. "Augmenter ces temps en entreprise implique de diminuer le temps de présence à l’école, et donc les chances des élèves à réussir leur examen", regrette Sigrid Gerardin, co-secrétaire générale du Snuep-FSU.

Augmenter ces temps en entreprise implique de diminuer le temps de présence à l’école, et donc les chances des élèves à réussir leur examen. (S. Gerardin, Snuep-FSU)

"Nos élèves n’ont pas besoin de plus d’entreprises mais de plus d’école, de culture et d’enseignement général, bref, de temps de base scolaire", clament les organisations de l’intersyndicale.

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L'apprentissage, pas un modèle pour l'enseignement pro

Alors que le gouvernement cible l’objectif d’atteindre un million d’apprentis, les syndicats refusent que l’apprentissage serve de modèle pour l’enseignement professionnel. "Les entretiens d’embauche trient les élèves, et l’on sait que certaines pratiques de discrimination ont cours dans les entreprises", estime Sigrid Gerardin.

Un sentiment que partage Pascal Vivier du Snetaa-FO. "Les élèves les plus fragiles ne sont pas pris en apprentissage. Or, nous accueillons des jeunes en multi difficultés, ayant subi une orientation par défaut et dont l’échec scolaire est collectif : malgré la primaire et le collège, nous avons échoué à leur donner les bases scolaires."

Vers une carte des formations pro en adéquation avec le marché du travail

L’autre enjeu porte sur la révision de la carte des formations, une "nécessité" selon le gouvernement qui la souhaite davantage en phase avec le marché de l’emploi. "Il faudra assumer ensemble de fermer celles qui ne fonctionnent pas et développer celles qui marchent. Et en créer de nouvelles sur les métiers qui recrutent", a insisté Emmanuel Macron.

Il faudra assumer ensemble de fermer [les formations] qui ne fonctionnent pas et développer celles qui marchent. (E. Macron)

Une perspective que redoute le Snuep-FSU. "Il y a la volonté de calibrer les filières professionnelles en direction des métiers qui peinent à recruter, parce que les conditions de travail y sont défavorables", s’inquiète Sigrid Gerardin.

Pour Force Ouvrière, il y a aussi un travail à faire en termes de poursuite d’études. "Les bac pro tertiaires attirent beaucoup, notamment pour le secrétariat. Pourtant, l’accès à ce métier se fait à bac 2, d’où le besoin de poursuite d’études", pointe Pascal Vivier. Pour lui, l’enjeu est notamment d’ouvrir davantage de places en BTS alors que ces élèves sont souvent exclus des filières sélectives sur Parcoursup.

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Une concertation à venir

Carole Grandjean a annoncé lancer, dès l’automne 2022, des échanges sur cette réforme de la voie professionnelle avec l’ensemble des acteurs, notamment les personnels éducatifs, élus locaux, et acteurs de l’emploi et de la formation. Mais les syndicats demeurent méfiants : "Il ne suffit pas d’annoncer la concertation pour qu’elle se fasse", tranche Pascal Vivier. Pour la FSU, cette réforme est encore menée par le haut : "les discussions porteront seulement sur sa mise en place. Les acteurs du terrain n’ont pas été écoutés au préalable."

Nous appelons à une réforme profonde et globale du lycée pro. (P. Vivier, FO)

Regrettant la mise en place de la réforme de la voie professionnelle de 2019, nombreux sont les syndicats souhaitant une réforme de la voie professionnelle. "Nous appelons à une réforme profonde et globale du lycée pro", souligne Pascal Vivier. Pour le syndicaliste, cela passe notamment par une réflexion sur le collège. Alors que le gouvernement a annoncé une demi-journée hebdomadaire consacrée à l'orientation en lien avec les entreprises en classe de 5e, celle-ci suscite également inquiétudes et critiques.


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