La prépa créée par l’ENA pour des étudiants boursiers fait un flop

Jessica Gourdon
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Les locaux de l'ENA à Paris
Les locaux de l'ENA à Paris
Ledébat reprend sur les résultats de la classe préparatoire créée par l’ENA pour des étudiants boursiers. Comme EducPros vous l'annonçait début février 2011, aucun étudiant de la première promotion n’a réussi le concours d’entrée, malgré ce dispositif.

Inaugurée en octobre 2009 avec tambours et trompettes par Eric Woerth, alors ministre de la fonction publique, la classe préparatoire à l’ENA réservée aux boursiers a fait chou blanc. Au terme de sa première année d’existence, aucun des quinze poulains n’a obtenu son ticket pour l’école strasbourgeoise. Seul un étudiant a franchi le cap des épreuves écrites – mais il était déjà arrivé à cette étape l’année précédente, sans l’aide de la prépa.

L’ENA, qui espérait ainsi diversifier les origines sociales de ses admis, avait pourtant bien fait les choses. Ces étudiants boursiers, issus de masters universitaires (droit, économie, gestion…) ou d’IEP avaient été durement sélectionnés : 15 dossiers retenus sur 150, sur critères académiques. Le programme (21 heures hebdomadaires), dispensé dans les locaux parisiens de l’école, a été pensé sur le modèle de la prép’ENA de Sciences Po , avec des interrogations écrites et orales. Les étudiants bénéficiaient d’un logement à proximité fourni par le Crous, d’un ordinateur portable, de visites « culturelles » dans les ministères et autres lieux de pouvoir. Reste que cette année, la marche a été trop haute.

Des étudiants reçus ailleurs

Les étudiants de cette première promo ne sont pas tous restés le bec dans l’eau. L’un d’eux a été reçu à l’EN3S (école nationale supérieure de la Sécurité Sociale), un autre a décroché celui d’attaché territorial. Un troisième étudiant a été admis au concours d’adjoint de direction de la Banque de France. D’autres se sont arrêtés à la porte des oraux : deux ont été admissibles au concours d’attaché de la Ville de Paris, deux autres à celui de directeur des services pénitentiaires. Cette année, trois d’entre-eux ont été autorisés à redoubler, et trois autres ont intégré la prép’ENA de Paris-1.

Face à ces résultats, l’ENA relativise. « Nous sommes sur la bonne voie, ces étudiants ont énormément progressé, et montreront leur potentiel lors d’une deuxième tentative », affirme Françoise Camet, directrice de la formation de l’école. Elle ajoute : « Il est difficile d’avoir l’ENA du premier coup. Dans la promotion de cette année, 52% ont passé le concours au moins deux fois ». Rien d'étonnant : seuls 7% des candidats ont été reçus en 2010.

Un concours fait pour les étudiants d’IEP

Autre obstacle : le concours de l’ENA, avec des épreuves de questions internationales, droit public, économie, culture générale s’adapte particulièrement aux étudiants issus des Instituts d’études politiques (IEP). « Parmi les reçus de cette année, 35 sur 40 en étaient issus », rappelle Françoise Camet. Or, les étudiants de filières universtaires – plus spécialisés dans une discipline – formaient la majorité de la classe prépa de l’ENA. Difficile, pour quelqu’un qui n’a pas touché au droit public pendant ses études, de rattraper le niveau. A cela s'ajoutent des exigences méthodologiques très fortes, pas toujours évidentes à appréhender.

Serait-ce un problème de capital culturel qui pénaliserait ces étudiants par rapport à ceux de Sciences Po ? "Au concours de l'ENA, ils ont tous eu des notes proches de l'admissibilité en culture générale, c'est à dire 11. C'est en économie ou en droit qu'ils étaient en dessous", répond Françoise Camet.

"Ces étudiants n'étaient pas tous très bons, mais il y en a 5 ou 6 sur lesquels on misait vraiment, alors forcement j'ai été un peu déçu. Mais ce concours recèle toujours une part d'aléatoire", témoigne un des intervenants dans la prépa, haut-fonctionnaire.

"Starification"

Un autre professeur, qui enseigne également à Sciences Po, avance un autre argument : « Comme c’était la première promotion, ces étudiants ont été assez exposés médiatiquement. Il y a eu un certain phénomène de starification. Du coup, certains avaient l’impression d’avoir atteint leur but, alors que ce n’était que le commencement ». Il ajoute : « L’environnement n’était peut-être pas assez compétitif. Il manquait sans doute cette forte émulation qu’on trouve à Sciences Po, et qui pousse les gens vers la réussite. »


Jessica Gourdon | Publié le

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