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Comue Languedoc-Roussillon : les universités préfèrent un "rapprochement d’établissements"

Guillaume Mollaret
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Les universités Montpellier 1 (à gauche, © Hugues Desmichelle) et Montpellier 2 (à droite, © UM2) doivent fusionner en  janvier 2015.
L'université de Montpellier, issue de la fusion entre Montpellier 1 et Montpellier 2 veut maîtriser sa stratégie. // ©  © Hugues Desmichelle/ UM2
Annoncée vendredi 4 janvier 2019 dans un communiqué commun des présidents des quatre universités fondatrices, la nouvelle a surpris les personnels jusqu’au rectorat.

"La Comue Languedoc-Roussillon Universités (Comue LR) ne parvient pas à donner satisfaction aux partenaires universitaires qui la composent. Trop lourde dans son fonctionnement institutionnel, trop onéreuse, assimilée à une superstructure sans grande valeur ajoutée, elle n’apparaît pas en mesure d’impulser une véritable dynamique de site et brouille l’image et les projets des établissements qui en sont membres."

Lapidaire, la formule émise vendredi 4 janvier 2019 dans un communiqué commun cosigné des présidents des universités de Montpellier, Paul-Valéry, Nîmes et Perpignan-Via-Domitia, établissements fondateurs de la Comue, a surpris les observateurs et choqué les 40 personnes y travaillant.

Le rapprochement d'établissements privilégié

Depuis la publication de l’ordonnance ministérielle annonçant la réforme des Comue, la Comue Languedoc-Roussillon s’attendait à ce que les choses bougent… mais avec un peu plus de diplomatie. L’envoi du communiqué a surpris jusqu’au rectorat, qui n’avait pas été prévenu en amont de la volonté des présidents d’université. Ceux-ci ont opté pour un "rapprochement d’établissement" permettant de "préserver l’autonomie de chaque partenaire, sans hiérarchie entre eux, tout en faisant l’économie d’une structure aussi rigide qu’une Comue."

"Je ne veux pas trop commenter la forme, certaines choses manquent d’élégance. J'espère que les présidents ne pensent vraiment ce qu’ils ont écrit car en termes de services rendus, les rapports d’activité en attestent, ils ont toujours salué la qualité de notre travail", détaille Gilles Halbout, le président de la Comue. Celle-ci devrait survivre pendant au moins un an encore, le temps que les établissements affirment chacune leurs projets.

"Je vais réunir mon conseil académique et mon conseil d’administration pour définir ce que nous souhaitons reprendre afin de le faire vivre au bénéfice de l’ensemble des établissements", indique Fabrice Lorente, le président de l’université de Perpignan-Via-Domitia. "Certaines initiatives, comme Pepite, qui encourage l’entrepreneuriat étudiant, ont apporté un vrai plus. Personnellement, je salue le travail réalisé par les personnels de la Comue et par son président au premier chef", précise-t-il.

L'université de Montpellier veut avancer seule

Pour l’université de Montpellier, l’enjeu est un peu différent. Le plus grand établissement, en taille et en budget, des quatre membres fondateurs de la Comue estime pouvoir avancer sans les autres. "Chaque établissement doit pouvoir rester maître de sa stratégie. Par contre, nous sommes favorable au fait d'établir des choix politiques communs, avec le portage d’une activité par un seul, au bénéfice de tous les autres. Le modèle choisi pourrait renforcer les partenariats directs, notamment avec l’université Paul-Valéry, sans passer par un intermédiaire", souligne Philippe Augé, président de l’Université de Montpellier, fraîchement réélu lundi 7 janvier 2019.

Le modèle choisi pourrait renforcer les partenariats directs, notamment avec l’université Paul-Valéry, sans passer par un intermédiaire."
(P. Augé)

De fait, quand son établissement a décidé de porter l’initiative Isite Muse, la Comue s’est retrouvée vidée de sa substance scientifique, se retrouvant encore davantage fragilisée, renforçant la légitimité d’un sentiment accentué de pesanteur des lourdeurs administratives générées par la Comue.

Un fonctionnement simplifié sans la Comue ?

Les universités pouvaient également se sentir lésées au détriment de l’établissement public. "Au niveau des crédits de personnel alloués, Perpignan aurait aimé en récupérer autant que la Comue", pointe Fabrice Lorente. Une situation qui n’est pas celle de Nîmes qui a vu ses dotations de personnel fortement augmenter ces dernières années.

À l’université Paul-Valéry, c’est notamment sur le plan de la communication que la présence de la Comue gêne. L’université porte d’importants projets immobiliers**, au moment même où les premières réalisations de l’opération Campus deviennent visibles. Nous avons été contraints de créer la Comue. Et nous avons fait ce que nous pouvons pu depuis", déclare l’un des présidents.

"Nous sommes un établissement public, opérateur de l’Etat", réaffirme pour sa part Gilles Halbout, concluant : "Les moyens de la Comue sont au service de l’action collective. Je ne suis pas attaché à une forme de structure, mais au service rendu aux établissements. Le collège doctoral Paul-Valéry, Nîmes, Perpignan, fonctionne bien. Tout comme l’accueil international. En tous cas, jusqu’à vendredi dernier, personne ne s’en est jamais plaint. Les établissements disent que sans Comue ils iront plus loin dans la collaboration ? Nous verrons. Si cela fonctionne sous une autre forme, j’en serai le premier ravi."

L’inquiétude des membres du personnel de l'Université Bretagne-Loire
Les membres du personnel de la Comue Université Bretagne-Loire sont inquiets et le font savoir dans une lettre ouverte adressée lundi 7 janvier 2019 notamment à Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Lancée en décembre 2014, cette Comue devait notamment fédérer sept universités dans les régions Bretagne et Pays de la Loire.
"Nous œuvrons depuis près de trois ans, selon une feuille de route que vous avez-vous-mêmes définies", écrivent les membres du personnel. "Nous réalisons ces missions en lien avec vos diverses équipes, coordonnant nos compétences réciproques et complémentaires. Mais ce travail n’aurait pu atteindre une telle ampleur et ainsi profiter à l’ensemble de nos territoires et de leurs acteurs sans l'existence de la Comue et de ses personnels. Pourtant certains d’entre vous jugent, à demi-mots seulement, cette action insignifiante. Pourtant certains d’entre vous parlent, à demi-mots toujours, de la fin de l’Université Bretagne-Loire. […] Nous espérons vivement que vous cessiez la stratégie de délitement que vous menez depuis maintenant le mois de juin 2018 alors que vous vous prononciez en faveur du maintien d'une structure birégionale et que vous avez depuis, unanimement validé l'engagement d'instruire le scénario de transformation de l'UBL en Conseil des Membres le 8 octobre dernier”, insistent-ils.


Guillaume Mollaret | Publié le

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