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Le boom des rentrées décalées

Catherine de Coppet
Publié le
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Étudiants Ipag
Depuis quatre ans, l'Ipag a instauré une année accélérée pour le programme grande école. // ©  IPAG

Répondre à une demande forte des étudiants tout en se positionnant sur un marché en pleine expansion. Tel est le pari que font de plus en plus d'écoles en proposant des "rentrées décalées" en janvier ou février. Au point d'intégrer un jour APB ?

Les premiers s'y sont mis depuis une dizaine d'années et la vague ne s'arrête pas depuis. Les établissements du supérieur sont de plus en plus nombreux à proposer des cursus en "rentrée décalée", c'est-à-dire avec une intégration en janvier, en février, voire en mars. Concernant principalement les écoles, ce phénomène touche également certains IUT, notamment dans le cadre des réorientations soutenues par le plan licence.

Au sein de ces établissements, les formations proposées sont généralement des cursus de première année s'adressant à des étudiants souhaitant se réorienter après un échec ou ayant mis du temps à trouver leur voie.

Des profils de plus en plus nombreux. "Nous souhaitions répondre à l'afflux d'étudiants nous posant la question d'une intégration en cours d'année", explique David Boulinguez, directeur du campus de l'Isen Lille, école d'ingénieurs qui propose pour la quatrième année consécutive une rentrée décalée.

Des premières années intensives

La plupart du temps, ces cursus en rentrée décalée s'apparentent à des premières années intensives ou accélérées, à destination d'un petit groupe réunissant entre 10 et 50 étudiants. Le groupe IGS a ainsi mis en place une promotion spécifique, accessible sur concours, permettant d'intégrer ensuite six de leurs programmes, directement en deuxième année de Bachelor ou de master.

Idem à l'Isen Lille, où la "classe prépa rebond" accueille une trentaine d'étudiants sur dossier (et entretien), leur permettant ensuite de poursuivre en deuxième année ou d'intégrer un autre établissement. À chaque fois, les frais de scolarité sont équivalents ou presque à ceux d'une première année classique avec rentrée à l'automne.

ISEN

En contrepartie, le rythme est plus intensif pour les étudiants, qui ont des semaines bien chargées. "On se situe à une trentaine d'heures de cours par semaine", souligne Christine Rhodes, directrice des relations extérieures de l'Ipag, qui a instauré depuis quatre ans une année accélérée pour le programme grande école.

Une densité qui peut avoir des conséquences au niveau pédagogique. À l'Ipag, les cours de la promotion décalée sont ainsi proposés sous forme de séminaires réunissant plusieurs disciplines apparentées, pour un enseignement plus cohérent et fluide.

De son côté, le groupe IGS souligne la nécessité d'un accompagnement renforcé de la part des enseignants, afin de favoriser l'adaptation des étudiants accueillis en février.

Nous captons ainsi des jeunes issus d'un cursus universitaire, souvent de familles plus modestes. Cela représente une ouverture sociale.
(A. Le Blanc)

Des étudiants plus motivés

Légèrement contraignants en termes d'organisation (occupation des locaux, disponibilité des enseignants), ces cursus intensifs constituent, malgré tout, une opportunité pour les établissements.

"Nous captons ainsi des jeunes issus d'un cursus universitaire, souvent de familles plus modestes. Cela représente une ouverture sociale", souligne Arnaud Le Blanc, directeur du programme rentrée décalée du groupe IGS. "Nous accueillons beaucoup d'étudiants issus des facultés de médecine. Leur esprit scientifique est différent et enrichit les promotions", indique Christine Rhodes pour l'Ipag.

En tout état de cause, les établissements s'accordent à dire que les étudiants des rentrées décalées sont souvent plus motivés et très compétents. "Ils sont conscients de leur chance et se retrouvent en haut des classements à la sortie de l'école", indique Sébastien Arcos, directeur du campus de Paris de l'Idrac, qui offre plusieurs programmes avec une rentrée décalée, moyennant une adaptation des calendriers.

Une année en un semestre ?

À côté des cursus accélérés, on trouve en effet également des programmes adaptés, que les étudiants intègrent en cours d'année. "Avec la rentrée décalée de notre Bachelor visé, les étudiants intègrent directement le second semestre en février, et rattrapent le premier semestre l'été par le biais d'un stage", indique Sébastien Arcos.

Une adaptation qui concerne aussi des niveaux plus élevés, comme à l'IGS-RH, où les étudiants peuvent rejoindre la troisième ou la quatrième année en janvier. "Ils commencent par le second semestre et enchaînent sur le premier semestre en septembre. Ils sortent ainsi avec six mois de décalage", indique Arnaud Le Blanc.

Autre exemple de programme adapté, à Pigier Nantes, pour certains BTS en alternance. "Les étudiants sont sélectionnés sur dossier et rejoignent les cours des promotions rentrées à l'automne, moyennant une journée de cours supplémentaire par mois", indique Isabelle Esnault, directrice.

Les petites entreprises sont nombreuses à se préoccuper de leur recrutement au dernier moment, les rentrées en janvier les arrangent. (I. Esnault)

Une façon de répondre aux besoins des étudiants, qui peinent parfois à trouver un employeur pour leur contrat en alternance, mais aussi des entreprises elles-mêmes. "Les petites entreprises sont nombreuses à se préoccuper de leur recrutement au dernier moment, les rentrées en janvier les arrangent", poursuit Isabelle Esnault.

Considéré par les établissements comme un avantage concurrentiel non négligeable, les rentrées décalées devraient se développer dans les années à venir. Y compris au sein des établissements qui mettent déjà en œuvre.

"Nous réfléchissons à étendre la formule à d'autres programmes pour proposer de vraies solutions aux étudiants", indique Arnaud Le Blanc. Sébastien Arcos en est convaincu : "les titres certifiés pourraient également être concernés par une rentrée en décalé, il y a un potentiel." Un potentiel qui ne va pas tarder à être exploité.

APB, les banques de concours... Sont-ils compatibles avec les rentrées décalées ?

Pour les établissements, l'instauration d'une rentrée décalée peut poser problème concernant le maintien dans une banque de concours, ou pour rejoindre le portail Admission postbac.

Exemple avec l'Ipag, qui a négocié avec le concours Sesame pour y intégrer sa rentrée de février. "Sesame nous a désignés du coup comme école pilote pour les rentrées décalées", souligne Christine Rhodes. "Le concours est le même que celui pour intégrer l'école à l'automne, à l'écrit comme à l'oral. Si cela fonctionne, d'autres écoles seront peut-être autorisées à proposer une rentrée décalée."

Un arrangement contraignant en termes de communication : "Sesame nous demande de ne pas communiquer dans les salons sur la rentrée décalée, avec l'idée que la rentrée décalée ne s'adresse pas aux mêmes publics. On ne pas donner l'impression aux jeunes intéressés dès le départ par nos cursus qu'ils peuvent prendre le temps de choisir !" souligne Christine Rhodes.

Autre exemple à l'Idrac, dont le Bachelor visé vient de rejoindre APB. "Le passage sur APB implique que nous renoncions à organiser une rentre décalée en 2017 pour ce programme, car APB ne les autorise pas", indique Sébastien Arcos. "Le passage sur APB représente un véritable atout pour nous, c'est un choix !"

Catherine de Coppet | Publié le

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