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Le CV Europass n’a pas (encore) franchi les frontières de l’entreprise

Johanna Bouquet
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50 millions de CV Europass ont été créés depuis 10 ans. Leur objectif : expliquer les compétences d'un candidat pour faciliter sa mobilité.
50 millions de CV Europass ont été créés depuis 10 ans. Leur objectif : expliquer les compétences d'un candidat pour faciliter sa mobilité. // ©  Wiktor Dabkowski/ZUMA/REA

Le portfolio européen des compétences Europass fête ses 10 ans. S’il facilite la mobilité des étudiants et diplômés en Europe, son existence reste encore méconnue et le dispositif peine à séduire les entreprises. Pour y remédier, sa simplification est à l’étude.

Expliquer Europass relève du défi. Même les directeurs des centres nationaux s'y perdent. L'objectif de ce portfolio de compétence est pourtant simple. Il s'agit de faire comprendre, dans 33 pays, ce que signifient chacune des qualifications acquises, à travers cinq documents : le CV Europass, le passeport de langues, le supplément au certificat, l'Europass mobilité et le supplément au diplôme.

50 millions de CV Europass ont été réalisés depuis son lancement en février 2005, mais les chiffres ne sont pas connus pour l'ensemble du dispositif. Celui-ci reste pourtant méconnu, aussi bien du grand public et du corps académique que des employeurs.

Un outil peu connu...

Les universités n'informent pas assez leurs étudiants sur l'existence d'Europass. Le supplément au diplôme, qui permet de notifier toutes les compétences acquises par un étudiant pendant son parcours universitaire et ainsi de le rendre compréhensible à l'échelle européenne, est le document Europass le plus utilisé dans l'enseignement supérieur, mais il n'est pas encore délivré de façon automatique.

Des progrès ont été faits : 90% des universités françaises le délivrent aujourd'hui contre "moins de 50% il y a six ans", précise Sébastien Thierry, directeur adjoint de l'Agence Erasmus France.

Corinne Fichet-Clairfontaine, professeur d'anglais au lycée professionnel Frédéric-Mistral à Marseille, ne dit pas le contraire. Positive sur l'outil en lui-même, elle considère qu'"une meilleure communication autour de [lui] devrait être faite".

Côté employeur, les agences Pôle emploi, n'ont à ce jour, par exemple, pas le réflexe de proposer l'utilisation d'Europass ou même de délivrer un Europass mobilité lors d'un stage à l'étranger.

Les employeurs voudraient tout savoir sur un format carte de visite et il est difficile de concilier l'inconciliable.
(S. Thierry)

... Et peu utilisé par les recruteurs

À cela s'ajoute le fait que le CV Europass est jugé trop long et indigeste par les entreprises. "Les employeurs voudraient tout savoir sur un format carte de visite et il est difficile de concilier l'inconciliable, car nous souhaitons réellement conserver cet aspect qualitatif d'Europass", justifie Sébastien Thierry.

Pour Matthieu Cisowski, directeur des ressources humaines pour l'entreprise Ceratizit, entreprise spécialisée dans les produits en carbure basée au Luxembourg, "le CV Europass démontre un manque de créativité de la part du candidat, comme si celui-ci ne savait pas réaliser de CV.lui-même". Il ajoute "Europass a des années de retard face à des outils comme LinkedIn ou Facebook".

En dehors des institutions européennes, le CV Europass est ainsi peu demandé. Pourtant, le retour d'expériences reste positif. Marina Novel a pu partir en stage en Angleterre pendant son bac professionnel. Elle est sûre que c'est grâce à l'Europass mobilité qui lui a été délivré qu'elle a été admise en BTS : "C'est aussi cela qui a fait la différence pour que je décroche un stage de deux mois à Malte en mai". Europass reste ainsi un excellent moyen d'effectuer un autodiagnostic de ses propres compétences.

Europass a des années de retard face à des outils comme LinkedIn ou Facebook.
(M. Cisowski)

Vers une simplification d'Europass ?

La simplification du portfolio Europass, "pour permettre une lecture compréhensible par tous", est sans doute l'un des défis des prochaines années, souligne Sébastien Thierry. L'idée est de lier Europass à "l'employabilité. On doit arriver à trouver le moyen de présenter les choses de façon à ce que les recruteurs sachent les lire".

Autre évolution envisagée : la mise en avant des compétences transversales sur le CV. C'est-à-dire toutes les expériences et centres d'intérêts annexes au parcours académique et professionnel.

Cela permettrait de développer Europass dans un esprit plus en phase avec celui des recruteurs, selon Sébastien Thierry : "Il faut travailler sur la reconnaissance de ces compétences et les rendre légitimes auprès des employeurs."

Les 10 ans d'Europass célébrés par la Commission européenne
Les trois agences Erasmus+ francophones (France, Belgique, Luxembourg) se sont réunies pour dresser le bilan et les perspectives d'Europass lors d'un colloque intitulé "Reconnaissance des compétences et employabilité en Europe", les 13 et 14 octobre à Bruxelles.

Johanna Bouquet | Publié le

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