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Se développer à l'international : une priorité pour l'ESR

Clément Rocher
Publié le
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ESCP Europe - campus de Londres © ESCP Europe
L'école de commerce veut faire de ses étudiants des leaders transnationaux.
L’internationalisation serait-elle devenue la nouvelle priorité des établissements français ? Depuis plusieurs années, les universités et grandes écoles poursuivent leur logique de mondialisation à travers le développement de campus et définissent leurs propres modalités d’action.

"C’est par l’international que passe l’avenir de l’établissement […]. La nouvelle implantation sera facteur d’une attractivité renforcée", déclare Isabelle Huault, présidente de l’université Paris-Dauphine, lors de l'inauguration du nouveau campus à Londres. L’établissement affiche son ambition : associer parcours international et exigence académique à la française. Forte de sa présence à Madrid, Tunis et Casablanca, l’université renforce ainsi sa marque en plein cœur de la capitale britannique avec une stratégie multi-campus qui semble porter ses fruits.

Depuis l’ouverture du campus au Royaume-Uni en 2014, le nombre d’étudiants connaît un taux de croissance constant. Le moment était venu de s'installer dans de nouveaux locaux en capacité d’accueillir tous ces jeunes étudiants, principalement français, qui ambitionnent de travailler à l’international. "On veut recruter davantage d’étudiants internationaux, en particulier les britanniques", souhaite Cécile Sansalone, directrice du campus londonien Paris-Dauphine.

À l'image de l'université Paris-Dauphine, les établissements d’enseignement supérieur français ont intégré cette nouvelle donne dans leur stratégie de développement à l’international : l’internationalisation ne concerne plus uniquement les flux physiques de personnes, mais représente désormais un enjeu pour renforcer la marque de l'établissement.

À lire aussi : Pour ses 50 ans, l'université Paris-Dauphine s'offre une restructuration et un nouveau logo

Développer la marque de l’établissement

Chaque établissement cherche à étendre sa marque à l’international. La principale conséquence de cette visibilité à l’international est la résonance que peut avoir le campus sur le marché de l’enseignement supérieur. "Très peu d’établissements développent une vraie approche stratégique", explique Alice Guilhon.

La directrice de Skema Business School confirme qu’il existe une réelle "volonté d’internationalisation" de la part de son établissement, dont l’ambition est de rayonner sur tous les continents. L’école de commerce peut déjà se targuer d’un campus aux États-Unis, en Chine, au Brésil et, prochainement, en Afrique.

Il faut préparer les futurs leaders à se mouvoir entre les cultures.
(L. Laulusa)

Sylvain Orsat, directeur de l'EIGSI (École des ingénieurs en génie des systèmes industriels) associe l’implantation d’un campus sur un autre territoire comme "une forme aboutie du développement à l’international". Il partage cette volonté "d’être maître de notre projet et d’être complètement indépendant", afin de pouvoir dispenser une qualité de formation identique à celle disponible en France. L’école d’ingénieurs est présente au Maroc avec un campus dans la ville de Casablanca.

Favoriser une mobilité interculturelle

"Nous sommes une école pan-européenne", déclare Léon Laulusa, directeur-général adjoint en charge des relations internationales d'ESCP Europe, qui encourage cette mobilité inter-campus. La mobilité des étudiants et l’interaction interculturelle se retrouvent au cœur des enjeux de l’école de commerce.

"Il faut préparer les futurs leaders à se mouvoir entre les cultures", explique-t-il, car les étudiants seront confrontés au cours de leur avenir professionnel à différentes formes d’intelligence. Dans ce contexte de mondialisation, la principale conviction de l’établissement est de "faire des étudiants des leaders transnationaux" qui participeront à la construction d’un nouveau monde.

Bien définir son territoire

Attractivité économique et sociale, rayonnement scientifique et culturel, niveau d’urbanisation de la ville… Le choix d'un lieu d'implantation à l'international repose généralement sur des critères similaires.

On travaille comme un acteur local […]. On joue le jeu du pays.
(A. Guilhon)

Les établissements recherchent d'abord un territoire à forte croissance économique, en ciblant principalement des technopoles, ainsi qu'une synergie entre les campus et les entreprises afin de pouvoir "créer de la valeur sur place", explique Alice Guilhon.

Les campus doivent en effet être en mesure d’assurer une insertion professionnelle dans le pays à leurs futurs diplômés, en s’entourant de partenaires "en phase avec la philosophie de l’établissement".

C'est dans cette optique que l'EIGSI a jeté son dévolu sur le Maroc, où l'école a pu nouer des partenariats avec les industriels qui s'étaient préalablement implantés dans le pays et profiter du soutien du gouvernement marocain dans le cadre d'un plan de développement à l’international. Le pays accueillera également prochainement le premier campus à l'international de l’école d’ingénieurs Arts et Métiers Paris Tech.

Un programme ancré dans le territoire

Si les programmes pédagogiques sont sensiblement identiques entre l’établissement français et son campus à l’international, il arrive que des adaptations soient nécessaires en fonction du lieu d'implantation.

"On travaille comme un acteur local […]. On joue le jeu du pays", confirme Alice Guilhon, dont l’établissement a développé une gamme de programmes d'enseignement qui permet d’être mobiles et d’inclure la coloration propre à chaque pays. Cette volonté d’adaptation et d’enracinement demande davantage de temps : "Notre but est de devenir local, c’est évidemment plus complexe."

"Les filières de spécialisations sont différentes d’un campus à un autre", souligne Léon Laulusa. L’école de commerce tient à conserver un contrôle sur la partie académique afin de s’assurer de l’harmonisation des contenus pédagogiques. Une adaptation qui permettra au diplôme de bénéficier d’une reconnaissance académique locale.

En définitive, l’enseignement supérieur français semble avoir mesuré les enjeux stratégiques de cette nouvelle dynamique. Chaque établissement cherche ainsi à étendre son réseau sur tous les continents pour renforcer sa présence.

Les campus français à l'étranger
En 2016, Campus France a réalisé une cartographie qui recense l’ensemble des campus implantés à l’étranger. L’organisme dénombrait ainsi 133 sites d’enseignement supérieur français dans le monde (tout type d'établissement confondu), mais de nouveaux chiffres seraient attendus pour l’année prochaine. De son côté, la CGE (Conférence des grandes écoles) compte 78 campus délocalisés en 2019.


Clément Rocher | Publié le

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